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VRAI ou FAUX. Napoléon Bonaparte était-il anti-républicain ?

Deux siècles et demi après sa naissance, l’Empereur suscite toujours la polémique. Lors du 253e anniversaire de Napoléon Bonaparte célébré le 15 août, un hommage de Julien Odoul, député de l’Yonne et porte-parole du Rassemblement national, a suscité la polémique : Napoléon était « le plus grand homme de notre histoire« , le constructeur d’un « La France plus forte que jamais« , déclare Député sur Twitter. Un salut à l’Empereur qui provoque un tollé dans les rangs des Nupes. Il prouverait une attirance du RN pour un régime napoléonien jugé autoritaire et contraire aux valeurs de la République. « On connaît le modèle de l’extrême droite, ce n’est pas la République. Beaucoup moins de démocratie« , a commenté sur Twitter Benjamin Lucas, adjoint Générations dans les Yvelines, en réponse au tweet de Julien Odoul.

« L’extrême droite née avant la honte, défend l’antirépublicain […] Napoléon Bonaparte», s’insurge pour sa part Corentin Gérard, membre des Jeunes Insoumis et leader du comité de soutien LFI de Charleville-Mézières. Est-il cependant possible d’affirmer, comme le font les membres des Nupes, que l’Empereur était contre la République ?

L’accession de Napoléon au pouvoirclôt la période révolutionnaire et les conquêtes démocratiques», justifie auprès de franceinfo Benjamin Lucas. Avec la proclamation de l’Empire le 18 mai 1804, Napoléon met effectivement fin à la Première République en vigueur depuis l’abolition de la royauté en 1792.

Et à bien des égards, le régime napoléonien présente également des caractéristiques autoritaires. La « promesses démocratiquess » de la Révolution ne se tiennent pas, confirme à franceinfo Thierry Lentz, historien et directeur de la Fondation Napoléon. « Les sondages plébiscités« , la forme d’élection privilégiée par l’Empereur, sont « gréé», souligne Vincent Haegele, historien spécialiste de l’époque napoléonienne.Cependant, il n’y avait pas de dictature sous Napoléon», précise Thierry Lentz, grâce à l’existence de contre-pouvoirs sous l’Empire, « laAu Conseil d’Etat, les chambres procéderont à de nombreux votes négatifs.« 

« Environ 2 500 prisonniers d’État ont été incarcérés sous l’Empire et 2 % des livres ont été censurés »

Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon

sur franceinfo

« Un régime policier et la censure a également lieue », concède pourtant Thierry Lentz. L’appareil policier de l’Empire date pourtant du régime précédent, « le Directoire », précise Vincent Haegele : « La plupart de ses membres les plus actifs, comme Fouché, le ministre de la Police, sont tous issus de la gauche, voire de l’extrême gauche jacobine.« 

Comme charge supplémentaire, l’Empereur a rétabli l’esclavage, précédemment aboli en 1794 sous la Convention, en 1802. »Une erreur morale que l’on peut reprocher à Napoléon même 200 ans plus tard« , juge Thierry Lentz. « Napoléon lui-même a admis s’être laissé influencer par le lobby colonial« , pas par racisme »,mais pour des raisons géopolitiques : le commerce des Antilles, qui reposait sur le travail des esclavesreprésentent entre 10 et 15 % du produit intérieur brut français.« 

En matière de libertés individuelles, le régime de Napoléon apparaît donc en rupture avec les idéaux républicains. Pourtant, malgré cette divergence, l’Empire, estiment les historiens, s’inscrit bien dans une continuité avec la République.

« Napoléon a toujours été très clair sur ses sentiments, il a toujours été du côté de la République », insiste Vincent Haegele.Bonaparte était aussi jacobin, proche de la famille Robespierre « , il ajoute. « Jmais le paradoxe est d’avoir mis en place des institutions impériales inspirées par la révolution de 1789« , explique à franceinfo David Chanteranne, historien et directeur du patrimoine de Rueil-Malmaison. « En 1804, lors de l’établissement de l’Empire, l’article premier de la Constitution indique que la République est confiée à un Empereur qui devient Empereur des Français. Cela nous semble paradoxal, mais cela correspond à la conception de la République dans les années 1800 où le système républicain est couronné par un empereur qui le dirige.« 

Pour comprendre ce que recouvrait la notion de République du temps de Napoléon, il ne faut pas automatiquement assimiler « la République à la démocratie comme nous le faisons aujourd’hui », ajoute David Chanteranne. A l’époque de l’Empire, la République était avant tout incarnée par deux principes : « laïcité et égalité de tous devant la loi« Or, ces deux principes républicains sont pleinement réalisés par l’Empereur.

Pour la laïcité, un compromis est trouvé avec le Concordat, accord par lequel «Le culte catholique continue de s’exercer librement sans être considéré comme une religion d’État » Le principe de l’égalité devant la loi est complété en 1804 par l’établissement du Code civil, au moment même où l’Empire est proclamé. Il perpétue l’abolition des privilèges accordés sous l’Ancien Régime aux « aristocrates et ecclésiastiques » obtenu dans la nuit du 4 août 1789.

« L’adoption du Code civil est la victoire de 1789 »

Thierry Lentz

sur franceinfo

L’existence d’une noblesse d’Empire ne contredit pas complètement la fin des privilèges de l’aristocratie. « C’est un système politique qui tient compte du mérite et non de la naissance», explique Vincent Haegele. L’établissement d’une dynastie familiale en Europe (Napoléon mettra ses propres frères sur le trône des pays conquis) correspond à une «déviation progressive vers le pouvoir personnel », tempère pourtant David Chanteranne.

« L’Empire de Napoléon [n’en possède] pas moins un projet révolutionnaire », précis Vincent Haegele. Il est « détruire la féodalité en Europe et renverser les monarchies pour répandre l’idée d’égalité devant la loi ». Un expansionnisme révolutionnaire qui vaudra à l’Empereur d’être surnommé « Robespierre à cheval » par ses ennemis selon l’historien communiste Antoine Casanova. « La plupart des guerres napoléoniennes sont la continuation des guerres révolutionnaires de 1792 et elles ont été portées par la géopolitique, la lutte contre l’Angleterre qui ne voulait pas de puissance dominante en Europeprécise pourtant Thiery Lentz, ce n’était pas une politique généreuse« .

Si la diffusion des idées révolutionnaires réussit à Naples, en Croatie et en Slovénie »où une partie du système organisationnel [napoléonien] continue d’exister», pointe David Chanteranne, il échouera de manière sanglante dans d’autres pays comme en Espagne où la population se soulèvera contre les troupes françaises.

A franceinfo, Benjamin Lucas député du Nupes précise son jugement sur Napoléon : « Jje trouve curieux que [les membres du RN] qui donnent des leçons de République à tout le monde font une déclaration d’amour à Napoléon, dont on ne peut pas dire qu’il soit un personnage républicain ou un grand démocrate : il était empereur ! ironiquement le député Nupes. L’extrême droite cherchera en permanence pour son projet politique des modèles totalitaires ou autoritaires.« 

Le portrait de Napoléon dressé par les historiens semble cependant plus nuancé que ce que veulent retenir les membres des Nupes et du RN. L’Empire de Napoléon s’inscrit bien dans la continuité de la République, mais cela doit être compris dans le contexte de l’époque. Il faut donc se méfier des comparaisons hasardeuses, insiste David Chateranne : « Nous utilisons toujours l’histoire comme référence pour essayer de trouver des justifications aux actions menées aujourd’hui, note l’historien. Mais il faut toujours se garder d’interpréter avec nos yeux contemporains des situations qui n’ont rien à voir [avec notre actualité]. Malheureusement pour les partis politiques, cela tourne souvent à la caricature.« 



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