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Votre eau du robinet est polluée ?


Un Français sur cinq a bu l’année dernière de l’eau contaminée. Les deux sondages du Monde et de franceinfo sont à glacer le sang. De là à se diriger vers un scandale sanitaire ? Éléments de réponse…

[Mis à jour le 22 septembre 2022 à 22h14] Le constat est clair. L’eau du robinet est loin d’être toujours de bonne qualité en France. Deux enquêtes réalisées par Le monde et la revue Complément d’enquête dénoncent la présence de nombreux résidus de pesticides. Pire encore, ce sont les dysfonctionnements dans le suivi de la qualité du réseau d’eau potable lui-même qui sont pointés du doigt par les deux médias.

Combien de Français sont concernés ? France Télévisions comme Le monde évoquent une contamination particulièrement répandue, avec environ 12 millions de Français, basés en France métropolitaine, concernés, soit près d’un Français sur cinq. « Un jour, il faudra rendre des comptes. Ce n’est peut-être pas de la même ampleur que l’affaire du sang contaminé, mais ça pourrait devenir le prochain scandale de santé publique », estime Michel Laforcade, ex-directeur général de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, qui a pris sa retraite en 2020.

Autre constat et non des moindres, un an plus tôt, en 2020, seuls 6 % des Français, contre 20 % en 2021, étaient concernés. Sur ce point, l’enquête sur la Monde a un début d’explication. Ce n’est, semble-t-il, pas tant la situation qui s’est détériorée d’une année sur l’autre, mais plutôt nos connaissances qui ont évolué. Mickaël Derangeon, le vice-président d’Atlantic’eau, le syndicat de l’eau de Loire-Atlantique, n’hésite pas à s’adresser aux Monde d’un « choc des connaissances ».

De leur côté, les équipes de franceinfo et magazine Complément d’enquête de France 2 estiment que près de 25 % des communes de France étaient approvisionnées en 2021 avec une eau dépassant les normes de qualité. Infos France mettre en ligne une plateforme compilant des données publiques, issues du ministère de la Santé, sur la qualité de l’eau distribuée en France. Cet important travail leur a permis de mettre à la disposition de tous un moteur de recherche permettant d’obtenir des informations ville par ville. De quoi déterminer très rapidement si l’eau potable qui coule dans votre commune – et de fait dans vos canalisations – est de bonne qualité ou contaminée par des pesticides.

Le monde, qui s’appuyait sur les chiffres des agences régionales de santé (ARS), des agences de l’eau ou des préfectures – données publiques, mais non communiquées au public de manière agrégée -, a clairement démontré que ce problème de santé publique est très variable d’une région à l’autre, et souvent même d’un département à l’autre, voire sur un petit territoire. Les régions les plus touchées par les eaux contaminées par les pesticides sont les suivantes :

  • Hauts de France : 65% de la population concernée
  • Bretagne : 43% de la population concernée
  • le Grand-Est : 25,5% de la population concernée
  • Pays de la Loire : 25% de la population concernée
  • Bourgogne-Franche-Comté : 17% de la population concernée
  • Île-de-France : 16,3 % de la population concernée
  • Normandie : 16% de la population concernée

Si la situation paraît si alarmante, c’est parce que Le monde et franceinfo se sont intéressés aux métabolites de pesticides, qui sont plus solubles que les pesticides eux-mêmes. Ces produits n’ont été voulus par les autorités sanitaires qu’en 2021. Les derniers chiffres révèlent donc un problème d’une nature et d’une ampleur bien plus importante que prévu. Très peu d’études ont été faites par des scientifiques et des toxicologues sur ces métabolites, on ne connaît pas réellement le niveau de leur dangerosité. Certains n’ont probablement pas d’effets délétères sur la santé, mais certains sont déjà considérés comme potentiellement dangereux par la Direction générale de la santé.

Autre écueil : comme le souligne Benoît Vallet, directeur général de l’ARS Hauts-de-France, dans Monde, « le seuil de 0,1 µg/l (seuil fixé pour déterminer un dépassement – NDLR) n’est pas une norme sanitaire. La seule norme sanitaire est la « Vmax », qui indique une concentration dans l’eau susceptible de déclencher des problèmes de santé ». Mais comme indiqué Le mondele manque d’études scientifiques sur le sujet crée une situation délicate : il n’y a parfois aucun élément sérieux pour fixer une « Vmax » avec pertinence : on ne sait donc pas à partir de quand l’accumulation de certains pesticides dans l’eau est nocive.

C’est la question ennuyeuse. Et Le monde ne mâche pas ses mots à ce sujet, évoquant des études « fragiles et fragmentées ». Dans ces circonstances, et alors que nous en apprenons chaque jour davantage sur les différents pesticides et métabolites, les autorités comme les scientifiques peinent à définir précisément les risques sanitaires. Faute d’études, certaines molécules et leurs effets à long terme sont totalement inconnus. « Les effets à long terme sur la santé d’une exposition à de faibles doses de pesticides sont difficiles à évaluer », admet le ministère de la Santé lui-même.

La meilleure solution reste, semble-t-il à ce jour, de multiplier les études scientifiques pour élargir nos connaissances et prendre ensuite les décisions qui s’imposent. Mais en attendant, afin de limiter les dégâts, en décembre 2020, la Direction générale de la santé (DGS) recommandait, en cas de résidus dépourvus de valeur sanitaire maximale, de « restreindre [tout simplement] les usages de l’eau » dès que le seuil de qualité de 0,1 microgramme par litre est dépassé.

Problème, soulagement franceinfo, en respectant ce principe de précaution, les autorités se retrouveraient à restreindre l’usage de l’eau du robinet à des millions de Français. Pour ne pas se retrouver dans cette fâcheuse situation, les autorités sanitaires ont donc trouvé une alternative : la mise en place d’un nouveau seuil dit « valeur sanitaire transitoire ». Fixé à 3 microgrammes par litre, il est donc… 30 fois supérieur au seuil de qualité. A noter, par ailleurs, que lorsque cette nouvelle limite est franchie, il n’est toujours pas question d’interdire la consommation d’eau du robinet. Seule la surveillance est renforcée.

GrP1

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