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Une visite éclairante de la cité des électriciens à Bruay-la-Buissière

Pas de cliché sur les villes minières. Tel semble être le credo de la Cité des Électriciens. Construite entre 1856 et 1861 à côté de la fosse n°1 qui se trouve en bas de la colline, la plus ancienne agglomération subsistante du Pas-de-Calais a été réhabilitée et ouverte au public en mai 2019.

Contrairement aux grands ensembles qui seront érigés à partir des années 1950, l’habitat ouvrier ici n’est pas écrasant. La configuration initiale de la ville, qui compte sept « bars », a été conservée. Le terme désigne un alignement de maisons mitoyennes et identiques. A l’exception d’une frise sous le toit, les façades sont sans fioritures : les encadrements de portes et de fenêtres sont peints en blanc, les volets en vert. Leur style s’inspire des fermes environnantes : en brique, de plain-pied, même si les combles servent de chambres, et une porte de ferme à deux vantaux indépendants favorise la circulation de l’air. Parce que la propreté était importante.

150 m2 de jardin alloués à chaque foyer

Les rues sont également légèrement escarpées, permettant aux femmes de l’époque de « faire le ruisseau » : tous les samedis, à la même heure, elles lavent leurs trottoirs à grande eau. Elle doit briller, le système paternaliste y veille. Pour leur hygiène morale, il vaut mieux que les hommes soient au grand air plutôt qu’à la taverne. Une parcelle de terrain et 150 m2 de jardin sont donc attribués à chaque ménage et leur entretien est obligatoire. Le travail est moins discuté lorsque, à la main, la fourchette remplace le verre. Mais le jardinage est aussi une source de fierté et de bien-être, et la ville actuelle cultive plusieurs jardins.

La « capitale polonaise »

Et puis, à l’extérieur, l’espace est moins restreint. La quarantaine de petites maisons (de 30 à 44 m2) abritent des familles nombreuses (huit enfants en moyenne), auxquelles il faut souvent ajouter des grands-parents et des « pensionnaires », des hommes seuls. Entre-deux-guerres, les rues portent le nom d’érudits, Ampère, Volta ou encore Edison. Pour les locaux, la ville devient celle des « électriciens ». Dans le même temps, les entreprises font venir massivement de la main-d’œuvre étrangère. Bruay devient Czestochowa, la « capitale polonaise ». Plusieurs nationalités cohabitent donc ici mais aussi de multiples métiers, des lampistes aux jardiniers en passant par les infirmiers.

Chaque maison possède une cave où sont entreposés les vivres et le charbon auxquels ont droit tous les mineurs. Une acquisition du statut de mineur obtenue à la Libération en échange de la mobilisation exceptionnelle des « soldats de l’abîme » lors de la « bataille du charbon » qui doit permettre à la France de se redresser. Le logement à vie est également un avantage.

Le passé rencontre le futur

Lorsque les travaux ont commencé en 2013, le lieu était en partie à l’abandon, mais quelques familles y vivaient encore. Dix logements sociaux ont été conservés aujourd’hui. En plus de la fonction mémoire, de nouveaux usages ont été créés. Une partie des « carins », les dépendances qui servaient de buanderie mais aussi de poulailler et de clapier, ont été transformées en résidences d’artistes et logements insolites qui ont rencontré un grand succès.

Un bâtiment contemporain conçu par l’architecte Philippe Prost symbolise parfaitement cette volonté de raconter le passé tout en incarnant l’avenir du territoire. Ses tuiles vernissées rouge rubis font bien sûr écho à la teinte rouge cerise du badigeon d’origine des briques retrouvées. Il propose un parcours à travers le paysage du bassin minier, des origines de la révolution industrielle à la fin de la dernière fosse. Celui de Bruay a fermé en 1979.

Un revêtement couleur lazurite

Un ancien bar donne un aperçu des intérieurs, sans reconstitution ni mise en scène. Un « écorché » expose l’évolution des matériaux utilisés du sol au plafond. Depuis les années 1920, le papier peint a traversé les époques mais les motifs ont évolué, des fleurs à Mickey Mouse. Avant cette date, les murs étaient recouverts d’un enduit à la chaux couleur lazurite, un bleu azur qui tranche avec le noir campagnard. La Cité des Électriciens réussit parfaitement à mettre en valeur la beauté du patrimoine industriel. Une mission qui n’est pas mineure.

Trois escales pour découvrir le pays minier

  • La cité des électriciens

Rue Franklin, 62700 Bruay-la-Buissière.

  • La piscine Art Déco Roger-Salengro

716, rue Augustin-Caron, 62700 Bruay-la-Buissière. Inaugurée en 1936 sous le Front populaire, cette magnifique piscine extérieure est la seule de ce type en France encore ouverte à la baignade. Il se transforme en hiver en bassin nordique.

  • Les « tas de pays à part »

Lorsque vous visitez la ville, vous pouvez voir les terrils jumeaux d’Haillicourt en arrière-plan. 389 marches ont été aménagées pour permettre l’accès au sommet et la vue imprenable sur les paysages de l’Artois et la chaîne des terrils.

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