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une série télévisée sur la polygamie et le mariage religieux fait polémique


Une série télévisée traitant de la polygamie et diffusée pendant le ramadan a suscité la polémique en Tunisie, pays arabe pionnier en matière de droits des femmes, où de multiples unions sont interdites depuis des décennies. Disant un chapelet, Wannas, le personnage principal de la série Bara (Innocence), affirme dès le troisième épisode vouloir s’unir avec une seconde épouse. Devant sa femme et ses enfants, il revendique le droit au nom de charia, la loi islamique, qui est, dit-il, « au-dessus de toutes les autres lois ». Diffusée sur la chaîne privée El Hiwar Ettounsi après la rupture du jeûne depuis le début du ramadan, le mois sacré des musulmans, la série a suscité la polémique en abordant deux pratiques interdites par la loi tunisienne : la polygamie et le mariage religieux. « orfi ».

« Il n’est pas question de remettre ces questions en discussion »depuis le Code du statut personnel (CSP) promulgué le 13 août 1956 par l’ancien président Habib Bourguiba « a décidé de ces pratiques », a dénoncé dans un communiqué le Parti libre destourien (PDL), une formation anti-islamiste. Le CSP, promulgué cinq mois après l’indépendance du pays, est une législation révolutionnaire qui a accordé aux femmes tunisiennes des droits sans précédent dans le monde arabe. Il abolit la polygamie, interdit la répudiation et institua le divorce judiciaire. Seul le mariage civil est reconnu par la loi. Pour le PDL, « ces délits« (polygamie et mariage coutumier, ndlr) passibles d’un an d’emprisonnement sont réapparus dans la société tunisienne depuis l’arrivée au pouvoir en 2011 du parti d’inspiration islamiste Ennahdha. appelle à la dissolution, met en garde contre « une atteinte à la dignité des femmes dans le cas où des forces obscurantistes seraient aux postes de décision ».

« L’hypocrisie sociale »

La polygamie et le mariage coutumier sont « formes de violence contre les femmes » et leur évocation « normalise la culture de l’impunité », assure l’organisation Aswat Nissa (Voix des femmes) sur sa page Facebook. Cette ONG a sollicité l’intervention de la Haute Autorité tunisienne de l’audiovisuel (Haica), organisme de contrôle des contenus médiatiques. Le sociologue Mohamed Jouili ​​se veut rassurant : la série « est une œuvre d’art dramatique qui ne reflète pas systématiquement la société tunisienne ». Il fournit des outils pour discuter de questions sociales, « parler de polygamie ou de mariage orfi », mais « ne menace en rien les réalisations des femmes », a-t-il déclaré à l’AFP. A ses yeux, la polémique illustre plutôt « l’hypocrisie sociale ».

« On est d’accord pour discuter de ces phénomènes en privé, avec des amis, mais on s’indigne et on se fâche quand on en parle en public. (C’est) une instrumentalisation stupide pour gagner des points sur le plan politique »

Mohamed Jouili, sociologue

à l’AFP

Les réactions « exagéré par contre cette série vise à faire croire que tout ce qui touche à la religion musulmane est rétrograde », Nadia Abdelhak, une fonctionnaire de 28 ans, a déclaré à l’AFP.

une série télévisée sur la polygamie et le mariage religieux fait polémique

Ces questions, qui ne sont habituellement pas abordées, restent des sujets tabous, pourtant ce sont des phénomènes qui existent en Tunisie, assure Foued Ghorbali, un autre sociologue.

« Un art dramatique n’a pas pour vocation de donner une bonne image de la société, il expose un point de vue ou des enjeux de société qui peuvent faire débat »

Foued Ghorbali, sociologue

à l’AFP

« En Tunisie, certains sont pour le concubinage et d’autres approuvent le mariage coutumier »ajoute Foued Ghorbali, pour qui cette polémique reflète « un conflit idéologique entre conservateurs et ceux qui se présentent comme progressistes ».

Après la montée des mouvements islamistes qui a suivi la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali, selon l’expert, « le mariage religieux s’est généralisé dans les milieux universitaires », notamment chez les étudiants qui l’utilisent pour vivre en couple avec validation religieuse. La liberté d’expression acquise après la Révolution de 2011 a même incité certains à appeler au retour de la polygamie, dont un groupe de femmes qui avaient organisé une manifestation début 2018.

Selon les statistiques du ministère tunisien de la justice, 1 718 dossiers de mariage religieux ont été examinés par les tribunaux de tout le pays entre 2015 et 2020.



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