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Un risque excessif de cancer à Rouyn-Noranda, même en imposant la norme | Arsenic Rouyn-Noranda


Un calcul effectué par Radio-Canada avec des experts en santé publique révèle que même en respectant les normes, le risque de cancer du poumon sera au moins 50 fois plus élevé que le risque considéré comme négligeable au Québec, soit un cas de cancer en excès. sur un million de personnes exposées au cours de leur vie.

Maryse Bouchard, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, explique que la situation de la Fonderie Horne est assez unique, il n’y a pas beaucoup de cas comme celui-ci au Québec et au Canada où une multitude de contaminants sont émis.

 » Il s’agit d’un scénario qui n’était pas vraiment prévu lors de l’élaboration des normes, à savoir que les personnes sont exposées à la concentration maximale autorisée non pas pour un, mais pour plusieurs polluants cancérigènes simultanément. »

Une citation de Maryse Bouchard, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Le nord du quartier Notre-Dame est situé à 100 mètres de la Fonderie Horne.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

La Fonderie Horne est le principal émetteur québécois d’arsenic (36 tonnes, l’an dernier), de nickel (10 tonnes) et de cadmium (811 kg). Ce sont trois agents cancérigènes connus qui augmentent le risque de cancer du poumon.

Le Québec établit une norme d’émission pour chacun d’eux. La plus connue est celle de trois nanogrammes d’arsenic par mètre cube dans l’air (ng/m3). Chacune de ces normes est associée à un facteur de risque.

Méthodologie

Santé Canada, comme d’autres organismes dans le monde, évalue le coefficient de risque unitaire excédentaire pour le cancer (Nouvelle fenetre) par inhalation d’un contaminant en suspension dans l’air. Nous avons multiplié chaque coefficient de risque par la norme québécoise pour l’arsenic, le cadmium et le nickel. Ensuite, nous avons ajouté ces résultats.

Ce calcul, qui donne 52 cas de cancer en excès par million, est très conservateur, car il n’inclut pas les facteurs de risque d’ingestion et d’inhalation de poussières au sol. De plus, il n’inclut pas les particules fines qui sont aussi reconnues cancérigènes pulmonaires, mais pour lesquelles Santé Canada n’a pas de coefficient de risque.

Les données montrent que le nombre excessif de cas de cancer directement attribuables à une surexposition aux métaux (arsenic, nickel, cadmium) dépasse de loin ce qui est considéré comme acceptablenote Maryse Bouchard.

D’ailleurs, le 6 juillet dernier, à Rouyn-Noranda, l’Institut national de santé publique (INSPQ) évoquait l’hypothèse que les mélanges de substances pourraient avoir des effets multiplicatifs et pas seulement des additifs.

Mardi, ni le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, ni le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, ni leINSPQ n’a pas répondu à nos questions à ce sujet.

Lundi, le conseil municipal de Rouyn-Noranda a adopté à l’unanimité une résolution pour exiger que Québec impose à la Fonderie Horne l’atteinte des normes québécoises pour tous les métaux lourds et particules fines rejetés dans l’air. C’était une demande répétée des citoyens depuis plusieurs semaines.

L’année dernière, la concentration moyenne d’arsenic à la station de mesure la plus proche de l’usine était de 87 ng/m3loin de la norme de 3 ng/m3 que nous avons pris en compte dans notre calcul.

Pour le moment, la Fonderie bénéficie d’une exception qui lui permet d’émettre 100 ng/m3 en moyenne par an, soit 33 fois la norme. Pour tous les autres métaux qu’elle rejette dans l’air, l’entreprise n’est soumise à aucune norme.

Luc Boileau dévoilera le plafond qu’il préconise

Selon nos informations, le directeur national de la santé publique fera connaître mercredi sa recommandation d’un objectif à imposer à la Fonderie Horne d’ici cinq ans. Le plafond que proposera Luc Boileau se situera entre la norme de 3 ng/m3 et les 20 ng/m3 que l’entreprise prétend pouvoir réaliser au mieux de ses capacités technologiques et financières.

Un objectif annuel de 20 ng/m3 cependant, ne garantirait pas l’absence d’effets neurodéveloppementaux pour les enfants (Nouvelle fenetre). Cela nécessiterait de fixer la barre à 15 ng/m3 ou moins.

Une limite journalière

Comme mentionné le mois dernier, le gouvernement du Québec envisage également d’imposer un plafond d’émissions quotidiennes à la Fonderie. La norme annuelle étant une moyenne, le chiffre peut cacher des variations considérables. Par exemple, certains jours, les émissions d’arsenic atteignaient parfois plus de 1000 ng/m3Comme révélé Le devoir. Pour sa recommandation, Luc Boileau pourra s’inspirer de ce qui se fait en Ontario et au Nouveau-Brunswick, avec une norme de 300 ng/m3 plus de 24 heures.

Malgré la conférence de presse du Dr Boileau à 14 h, c’est le ministère de l’Environnement du Québec qui aura le dernier mot sur la cible à imposer. Le ministre Benoit Charette doit également faire connaître sa position la semaine prochaine et des consultations publiques auront lieu par la suite.

mercredi, leINSPQ doit aussi dévoiler un supplément à son étude sur les risques associés aux métaux lourds à Rouyn-Noranda. À la suite de la publication d’un rapport sur le risque excessif de cancer du poumon le mois dernier, des chercheurs en santé publique se sont penchés sur l’association entre les métaux lourds et le risque de maladie pulmonaire obstructive chronique, de retard de croissance in utero ainsi que les bébés de faible poids.

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