Divertissement

un festival des lumières met en valeur l’art contemporain à Riyad


Un immense globe rouge brille devant la bibliothèque nationale d’Arabie saoudite à Riyad, des arabesques se reflètent sur les murs d’un fort vieux de 130 ans : une centaine d’installations illuminent la capitale saoudienne, transformée en scène éphémère et magique.

Ailleurs dans la ville, des tiges lumineuses éclairent les rives d’une rivière dans une aire de pique-nique très populaire. Disséminées sur plus d’une quarantaine de sites, ces oeuvres multicolores, créations de la fête des lumières Noor Riyad, cherchent à sensibiliser à l’art les habitants du royaume ultra-conservateur. La monarchie du Golfe tente depuis quelques années de se positionner comme une destination culturelle, attirant de grands noms de l’art contemporain pour des expositions comme celle du Désert X à Al Ula, une région montagneuse et peu peuplée du nord du pays.

Noor Riyad, au contraire, se tient dans une ville de plus de sept millions d’habitants, dont beaucoup n’auraient jamais envisagé de visiter une galerie. En multipliant les manifestations culturelles, le royaume est parfois accusé d’utiliser l’art comme moyen de faire oublier les violations des droits de l’homme et de redorer son blason durablement terni après l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi en Turquie en 2018.

Les oeuvres touchent »différents milieux socioculturels», souligne la Saoudienne Jumana Ghouth, l’une des commissaires du festival, rappelant que son pays n’était pas «vraiment une nation qui a grandi avec l’art« . »Surtout pour ceux qui n’ont pas les moyens de voyager, nous leur apportons l’art», ajoute-t-elle. En envahissant les espaces publics très fréquentés, les installations entrent «leur zone de confort», remarque Gaida Almogren, une autre commissaire.Je pense que c’est le rôle de l’art : te piquer, et voir comment tu réagis« .

Le lancement du festival le 3 novembre a été marqué par un spectacle de lumière dans le parc public d’Al-Salam, orchestré par 2 000 drones, ainsi qu’une rave party dans le désert, à l’extérieur de la ville, avec un DJ mixant sous une pyramide inversée.

Adel Shuker a été émerveillé par l’installation de l’artiste portoricaine Gisela Colon, qu’il a visitée samedi soir avec sa femme et sa belle-sœur près d’un lac artificiel transformé en miroir lumineux. « La lumière, la façon dont elle est installée, comment elle se diffuse, c’est de l’art, vraiment« , raconte ce retraité de 52 ans qui n’a jamais fréquenté les musées et les galeries d’art. »Pour être honnête, je n’y vais jamais« , confie-t-il. « Nous n’avons pas le temps. Ryad est très peuplé, on ne peut pas se déplacer facilement. C’est l’heure de pointe partout, n’importe quand», raconte cet habitant de la capitale.

Le festival réunit plus de 130 artistes de 40 pays, jusqu’au 19 novembre. L’Arabie saoudite a été largement critiquée ces derniers mois pour les lourdes peines de prison infligées à deux femmes qui ont relayé des messages critiques à l’égard du pouvoir sur les réseaux sociaux. Les installations de Noor Riyad, en général, n’abordent pas les questions politiques, même si plusieurs d’entre elles mettent en lumière les ravages du changement climatique.

Le conservateur Hervé Mikaeloff comprend que les artistes internationaux peuvent être réticents à exposer en Arabie saoudite, mais aucun d’entre eux n’a été soumis à des contraintes de contenu, a-t-il déclaré. « Bien sûr, si vous acceptez un emploi ici, vous devez accepter les règles et accepter la situation juridique et politique« . Et pour de nombreux artistes, « un festival comme celui-ci est aussi un geste politique, visant à ouvrir le pays sur le monde« , dit-il encore.

(ASHRAF JAMALI / NOOR)



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