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Ukraine. Dans les décombres de Marioupol, l’espoir d’une nouvelle vie


Marioupol (Donbass), envoyé spécial.

D’immenses blocs de béton, bâchés, se dressent au loin. Les anciennes lettres en bleu et jaune, aux couleurs du drapeau ukrainien, qui révèlent l’entrée de la ville de Marioupol ont été recouvertes. Juste à côté, les deux drapeaux tricolores de la République autoproclamée de Donetsk (DNR) et de la Fédération de Russie ont été hissés. Depuis la ville aux millions de roses, à une centaine de kilomètres, des véhicules profitent du calme relatif de cette zone prise aux forces ukrainiennes pour acheminer vivres, eau potable et produits de première nécessité. Les multiples champs ont été labourés et ensemencés comme si la guerre n’existait plus. « Depuis une vingtaine de jours, la route est rouverte. La situation militaire a évolué rapidement… » dit Denis.

Dans ce port stratégique, situé sur la mer d’Azov, à 800 kilomètres au sud-est de Kiev (Ukraine), les équipes du ministère des Situations d’urgence (MTCHS) s’emploient à rétablir les réseaux de gaz, d’électricité et d’eau. Des groupes de volontaires, vêtus de leur chasuble orange et jaune, proposent également leur aide. « Nous avons tous des amis, des connaissances, qui sont coincés ici depuis des semaines. Nous essayons de ramener un peu de normalité dans leur vie quotidienne., explique Sergueï, la cinquantaine, venu avec des amis des villages voisins. Au milieu des décombres, la vie reprend peu à peu au début d’un quatrième mois de guerre. Dans le « quartier central », qui n’a pas été épargné par les combats, une dizaine de personnes attendent le taxi collectif.

Derrière eux, le décor apparaît, surréaliste. Certains bâtiments semblent à peine tenir le coup. D’autres sont complètement éviscérés ou sans façade. Des traces de balles et de tirs d’artillerie confirment l’intensité des affrontements depuis le début de l’invasion russe le 24 février. Des camions bennes circulent et ramassent les nombreux monticules de gravats, ferrailles, morceaux de bois, fenêtres, qui ont été érigés par les habitants. Dans le centre-ville, des immeubles noircis, en partie détruits, semblent abandonnés. Les résidents sortent chercher de la nourriture. D’autres gardent l’entrée. Derrière une petite table avec deux chaises, Tania (1), épuisée et en colère, proteste : « Comme en 2014, nous sommes les victimes des puissances russe et américaine ! »

« Nous ne sommes pas sortis pendant un mois »

Rue Zelinskoho, les dégâts sont considérables : toitures arrachées, façades carbonisées, balcons brisés, câbles électriques déchiquetés. Devant chaque porte, un tissu blanc a été noué pour signaler la présence d’habitants. Casquette sur la tête, Sacha ne compte pas non plus déserter les lieux. A 70 ans, il vit l’enfer et assiste à la mort d’une dizaine de voisins. « A partir de mars, pendant un mois, nous ne sommes plus sortis du tout. Une seule personne essayait de récupérer des fournitures »dit-il en glissant que Marioupol ressemble à « dans une immense maison de Pavlov » (Bâtiment tenu par les Soviétiques lors de la bataille de Stalingrad – NDLR).

Après avoir subi les tanks, les snipers, les bombardements, nous voulons juste vivre.

Près de 150 000 personnes résideraient encore dans la ville. En plus des combats, ils subirent un siège de plusieurs semaines. Selon le gouvernement ukrainien, 20 000 personnes sont mortes durant ces terribles semaines, mais le retour de certains réfugiés a commencé. Dans le quartier d’Azov, à l’ouest de Marioupol, Ania (1), heureuse de pouvoir enfin se rendre, raconte : « Le manque d’eau nous obligeait parfois à sortir. Seuls les personnes âgées et celles qui n’avaient aucun moyen de s’échapper sont restées. Les choses sérieuses ont commencé lorsque l’armée ukrainienne et le bataillon Azov ont emménagé dans notre bâtiment. Le pire est arrivé aux immeubles de 10 étages, juste derrière nous, où il y avait des snipers et de l’artillerie. » Au milieu des décombres, toute la famille est occupée à ne plus savoir où aller. Ils ont l’intention de rester à Marioupol : « Nous avons déjà vécu le pire. Un de nos voisins qui voulait absolument sortir a été abattu. Pendant toutes ces semaines, nous avons craint de tomber sur les soldats ukrainiens et les forces de la DNR. Une autre voisine s’est pendue »détaille le mari d’Ania.

Dans divers endroits stratégiques de la ville industrielle, l’armée russe et les forces du DNR ont mis en place des points de contrôle. De nombreux conducteurs ont également retiré le drapeau ukrainien de leur plaque d’immatriculation. Après trois jours de pluie, tous les habitants profitent du soleil pour dégager la route des gravats, ferrailles, bris de vitres et de carters. « Il faut tout restaurer avant l’automne et l’arrivée du froid »glisse l’un d’eux.

Dans un autre bloc de logements dont la façade se trouve au pied de l’immeuble, une dizaine de familles continuent d’occuper leurs appartements. Sans électricité, Vitya, lampe à la main, tente de nettoyer : «  Les soldats, surtout ceux du bataillon Azov, sont venus ici, ont tiré, mangé et sont partis. Ils nous ont même menacés quand je sortais pour préparer à manger. « Partez demain », m’ont-ils dit. J’ai juste eu le temps de prévenir tout le monde. Le lendemain, ils ont commencé à nous tirer dessus. Deux vieilles dames, qui n’ont pu fuir, sont mortes. »

L’air rempli de l’odeur de brûlé

Complètement à l’est de la ville, l’hôpital numéro 4 révèle également l’intensité des combats : des centaines de douilles et de morceaux d’obus jonchent le sol. Les maisons tout autour sont partiellement détruites avec des carcasses carbonisées toujours en place. Au bas d’un des immeubles, un homme de 70 ans fait chauffer une marmite sur une plaque de cuisson improvisée avec de l’essence et du bois. Juste à côté, Pavel et sa mère débarrassent. « Mon mari n’a pas survécu. Il a dû être soigné mais tous les médecins et infirmières sont partis. Qu’allons-nous faire maintenant? Voir l’état des bâtiments et comment travailler ? Nous resterons ici assez longtemps pour l’enterrer. Cette guerre doit cesser. Après avoir subi les chars, les snipers, les bombardements, nous voulons juste vivre »elle laisse échapper des sanglots.

Le quartier Livoberezhniya est proche de l’usine Azovstal. Il fume encore et l’air reste largement empli d’une odeur de brûlé. Quelques soldats filtrent le passage. « Mets un drap blanc sur ta manche ! » nous en jette un . C’est toujours dangereux, ne traînez pas. » L’aciérie était le dernier endroit où les soldats ukrainiens et les membres du bataillon Azov se sont réfugiés pendant la bataille. Les derniers membres se sont rendus, a indiqué vendredi soir le porte-parole du ministère russe de la Défense. Un militaire, la quarantaine, veut être plus prudent. « Une partie se cache maintenant aussi dans la ville. Il sera difficile de retrouver ces nationalistes car les habitants reviennent maintenant à Marioupol. Parce qu’il n’y a pas que le bataillon Azov. Il existe plusieurs autres forces du même genre que Pravy Sektor »il dit.

Une partie de Marioupol a été préservée des combats comme à Vinogradye, le long de la mer d’Azov. Autour du théâtre, les bâtiments sont complètement dévastés. Le bâtiment est comme coupé en deux par l’impact des bombes tombées le 16 mars. Des fleurs ont été déposées à la mémoire des centaines de personnes qui auraient péri dans ce bombardement que l’armée russe ne reconnaît pas. Les autorités du DNR ont promis de redémarrer rapidement les usines, les commerces et les services de la ville. Après huit ans d’un conflit sans fin, qui avait déjà fait 15 000 morts, notamment à Marioupol, lors des violents affrontements de 2014, Donetsk parle déjà d’un projet de station balnéaire pour la ville meurtrie. Pour Moscou, il s’agit d’une victoire majeure pour le contrôle de la côte ukrainienne. Après Kherson, il lui assure la mainmise sur la mer d’Azov, le lien avec la Crimée. Pour Ania, peu importe, « Nous avons survécu et nous avons même pu fêter le 7e anniversaire de ma fille. Il est maintenant temps pour les dirigeants de penser à leur peuple et d’arrêter cette guerre. »

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