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Tourisme : l’inflation ne prend pas de vacances


Ah les vacances ! Rien de moins relaxant pour ceux qui ont de jeunes enfants, auquel s’ajoute cette année le stress de ne pas en faire assez, en raison d’un budget troué par l’inflation.

Julien McEvoy
Le Journal de Montréal

• Lisez aussi : Tourisme : bienvenue dans l’enfer des vacances d’été

Déjà, en juin, les Québécois disaient qu’ils allaient augmenter leur budget vacances de 22 % par rapport à l’an dernier, passant de 1 323 $ à 1 687 $.

S’il s’agit bien sûr d’une moyenne, gracieuseté d’un sondage CAA-Québec.

Cela dit, les chiffres ne mentent pas : tout coûte plus cher, y compris les vacances.

Tourisme : l'inflation ne prend pas de vacances

Le cap des 1000$ rapidement atteint

« Aujourd’hui, tu pars pour deux jours avec une ou deux nuits, c’est dur pour moins de 1000 dollars même au Québec », a lancé Guillaume Bégin, venu de Beauce avec sa famille au Parc Safari, à Hemmingford. , en Montérégie, la semaine dernière.

C’est difficile à croire quand on regarde le prix des chambres d’hôtel : 561 dollars la nuit au simple Hilton de Québec, par exemple. C’est une chambre pour quatre personnes avec deux lits reine.

À Montréal, surprise, la même chambre au Hilton vaut 268$ la nuit.

Tous dans le même bateau

Ajoutez à cela le prix exorbitant de l’essence, qui est aussi plus chère au Québec que presque partout ailleurs en Amérique du Nord, surtout chez nos voisins de l’Ontario.

«Les gens vont faire deux arrêts plutôt que les quatre prévus sur l’itinéraire», a déclaré plus tôt cette semaine un porte-parole de CAA-Québec au sujet des vacances 2022.

Là encore, on n’a aucune difficulté à y croire quand on regarde le prix à la pompe, qui demeure en moyenne à 193,3 $ le litre d’essence ordinaire en sol québécois.

Mais que vous dormiez à l’hôtel ou que vous conduisiez, tout le monde est dans le même bateau.

Des revenus stagnants

Le revenu annuel médian des familles avec au moins un enfant au Québec en 2019 était de 94 040 $.

Par rapport à l’inflation, le chiffre n’a pas changé en trois ans.

Les Québécois doivent donc faire plus avec moins, et jamais autant que pendant les sacro-saintes vacances d’été.

Il ne reste plus qu’à leur souhaiter bonne chance !

Une visite au Safari Park qui coûte près de 300 dollars


Andréanne Richer est une fonctionnaire et mère de famille qui habite Repentigny, dans Lanaudière.  Elle a choisi le Parc Safari, à Hemmingford, en Montérégie, pour réduire ses dépenses.  En effet, il propose plusieurs divertissements en un seul et même lieu.

Photo François Halin

Andréanne Richer est une fonctionnaire et mère de famille qui habite Repentigny, dans Lanaudière. Elle a choisi le Parc Safari, à Hemmingford, en Montérégie, pour réduire ses dépenses. En effet, il propose plusieurs divertissements en un seul et même lieu.

Essence, repas, billets… les familles obligées d’étirer leur budget de 200 $ à 300 $ pour aller voir les animaux au Parc Safari ressentent de plus en plus la pression financière.

François Halin
Le Journal de Montréal

« Tout a monté, donc tu ne veux pas, il faut couper quelque part, donc les vacances, il faut venir jouer un peu dessus », raconte Ylanka Moreau, en vacances pendant le congé de garde de son fils, Jayden.

Repas cher

« Rien qu’aller souper au Parc Safari, ça va coûter 70 $ c’est sûr pour deux personnes et un enfant de deux ans et demi », observe-t-elle, sous un soleil de plomb.

À ses côtés, dans le stationnement bondé du Parc Safari, son conjoint Guillaume Bégin, qui a pris deux jours de congé en famille, songe déjà à se coucher pour être sûr de ne pas se retrouver dans l’eau la nuit. .

Hôtel cher

« Avant, on trouvait des chambres à 100$, 150$, 179$, mais maintenant en dessous de 200$, c’est assez rare de trouver quelque chose », souligne-t-il.

Au Parc Safari, les enfants de moins de deux ans peuvent entrer gratuitement, mais il faut débourser 14,99 $ pour les tout-petits (2-3 ans) et 31,99 $ pour les 4-12 ans. Pour les adolescents et les adultes, il en coûte 48,99 $ par personne.

« Avec les entrées, l’essence et les repas, on doit être près de 250 $ », partage Andréanne Richer, une fonctionnaire enceinte de Lanaudière, que nous avons approchée à l’entrée du parc près des musiciens.

Pour réduire ses dépenses, la mère de famille a opté pour le Parc Safari car le lieu propose plusieurs animations en un seul et même lieu.

« On essaie des endroits payants pour les enfants, comme ici où il y a de l’eau et des activités comme le zoo », partage la mère de famille.

Un peu plus loin, Mohamed Rouissi, accompagné de sa femme et de ses trois enfants, chiffre lui aussi sa sortie à plusieurs centaines de dollars.

« Avec de la nourriture, gaz et tout, c’est une version de 300 $. C’est beaucoup d’argent », conclut l’homme, qui dit voir les prix exploser partout.

Les pédés comprennent, mais pas les autres


Sylvain Rathé, propriétaire d'un marché dans la petite ville de Saint-Philippe, n'a pas l'impression que ses clients sont plus près de leurs sous qu'auparavant.

Photo François Halin

Sylvain Rathé, propriétaire d’un marché dans la petite ville de Saint-Philippe, n’a pas l’impression que ses clients sont plus près de leurs sous qu’auparavant.

Un propriétaire d’un marché à Saint-Philippe, en Montérégie, voit toujours autant de vacanciers qu’avant venir dépenser leur argent chez lui, à l’exception des cigarettes où il a constaté une baisse ces derniers mois.

François Halin
Le Journal de Montréal

« Les gens dépensent comme avant. S’ils ont envie d’acheter de la bière, ils achètent de la bière », résume Sylvain Rathé, propriétaire du Marché, aux allures de magasin général, à Saint-Philippe, dans la MRC de Roussillon.

« Le seul domaine où je ressens une diminution est celui des cigarettes. Ils sont rendus chers. Les gens sont plus prudents », partage celui qui a un commerce planté au cœur de la ville avec cinq campings.

Tendance confirmée

C’est aussi ce que le géant Couche-Tard a remarqué, comme Le Journal le rapportait le mois dernier : avec l’inflation, les fumeurs ont tendance à se tourner davantage vers les cigarettes de contrebande.

« Au Canada, on a vu un peu plus de pression dans la catégorie cigarette. Il semble y avoir un changement dû au marché noir », a noté son directeur financier Claude Tessier.

Selon Couche-Tard, il pourrait aussi y avoir eu une certaine augmentation de la consommation de tabac pendant la pandémie, qui s’est maintenant dissipée.

Pourtant, malgré l’essoufflement pour les cigarettes, le marché de Sylvain Rathé sur la route Édouard VII à Saint-Philippe grouille de vacanciers, qui passent vite comme l’éclair pour acheter des gâteaux, des pâtés McCain et sa « Pizza Québec ».

« Je ne vois pas beaucoup de gens dire : je prends le moins cher. Ils sont toujours en route », observe l’homme entre deux commandes.

A la caisse, entre crème solaire, aloès et casquettes, le propriétaire de l’épicerie de quartier, qui a pris possession du commerce en 2001, n’a pas l’impression que les vacanciers fassent plus de retenue qu’avant.

Même si les conserves, comme les petits pois, ont une majoration de 30 ou 40 centimes, les clients ne s’en privent pas.

« Ce n’est pas long, un petit achat de 60 $ ou 65 $, du bacon, des œufs, des céréales. Il n’y a pas d’impact. Je pense que les gens continuent selon leurs habitudes », conclut l’homme d’affaires.

En mai dernier, l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ) se disait déçue de voir que le budget du gouvernement Trudeau n’avait rien de concret pour limiter les frais facturés aux commerçants par les grosses transactions par carte de crédit.

Des vacances beaucoup moins riches en activités, faute de moyens


Eric Bernatchez et Audrey Jacques passent la saison estivale avec leurs familles respectives dans un camping en Montérégie.  Cette année, ils ont dû changer certaines habitudes, notamment en réduisant la durée des séjours, à cause de l'inflation.

Photo Hélène Schaff

Eric Bernatchez et Audrey Jacques passent la saison estivale avec leurs familles respectives dans un camping en Montérégie. Cette année, ils ont dû changer certaines habitudes, notamment en réduisant la durée des séjours, à cause de l’inflation.

Moins de sorties, moins de restaurants, moins de temps… Quand tout coûte plus cher et que le budget vacances n’est pas extensible, les familles n’ont d’autre choix que d’en faire moins que d’habitude.

Hélène Schaff
Le Journal de Montréal

Avec le prix de l’essence en forte hausse, Eric Bernatchez s’estime d’autant plus chanceux d’avoir sa place chaque été dans un camping à Saint-Jean-Baptiste en Montérégie.

« C’est moins cher que de se déplacer à l’extérieur, explique le préposé à l’entretien de la Société des transports de Montréal. Ici, on est bien, ça évite les week-ends à Pointe-Calumet ou Saint-Sauveur qui coûteraient plus cher. »

Moins de restaurants

Cette année, le père de famille Laval doit couper dans certaines dépenses de vacances alors que les prix sont tous à la hausse.

« À cinq heures au restaurant, ça rapporte 150 $. Avant, on faisait deux restaurants par semaine, maintenant c’est plutôt un toutes les deux semaines », commente le campeur.

Un sondage CAA Québec, réalisé au printemps pour jauger les intentions de voyage des Québécois, montre qu’Éric Bernatchez et sa famille sont loin d’être seuls dans cette situation : 43 % des Québécois ont déclaré que la hausse du prix de l’essence aurait un impact sur leurs vacances.

Nicolas Ryan, directeur des affaires publiques chez CAA Québec, indique que « l’envie de voyager cette année est forte, mais il y a des changements dans la distance de l’itinéraire, les déplacements une fois à destination et les dépenses de nourriture et de divertissement ».

Le reste de l’année aussi

Et pour continuer à s’offrir des vacances, c’est aussi le reste de l’année qu’ils « vont se priver un peu ».

Eric Bernatchez dit que lui et sa famille iront moins souvent au cinéma et sortiront moins en famille ou entre amis, pour compenser.

Audrey Jacques, résidente de Laval, passe également tous les étés au camping. Lorsqu’elle entend son amie assise à côté d’elle parler de sorties, la jeune maman raconte avec une certaine nostalgie : « Les déjeuners en famille le dimanche étaient comme un rituel. Mais on n’y va plus. Qu’on soit en vacances ou pas, tout a augmenté, donc il faut réduire ».

Partir moins longtemps

L’autre tradition familiale dans laquelle l’éducatrice en service de garde a dû retrancher, à regret, la semaine estivale en Gaspésie, la région d’origine de son conjoint.

« Nous partons moins longtemps à cause du prix de l’essence. Avec l’inflation, le budget n’est pas passé, il a pris deux jours de repos. Nous partirons cinq jours au lieu d’une semaine », explique-t-elle.

Ce samedi, ils partiront donc avec leurs bambins de trois et cinq ans pour Carleton-sur-Mer. Huit heures de route sans l’habituelle halte nocturne à Rivière-du-Loup. Ils gagneront ainsi deux nuits d’hôtel et s’offriront malgré tout une balade en bateau autour du Rocher Percé.

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