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Sport, littérature, tradition… : ces marqueurs culturels qui forgent l’identité irlandaise


Rock, voix de la contestation

Du groupe Eux (Gloria, voici la nuit…), le chanteur belfastois Van Morrison a été l’un des premiers à donner une identité au rock irlandais à la fin des années 1960, avec des chansons mêlant mysticisme et sensualité. En 1995, son tube Des jours comme ça deviendra même l’hymne officieux du mouvement pacifiste. Avec la naissance de U2 au début des années 1980, le rock irlandais tient son drapeau : premier tube planétaire du groupe en 1983, dimanche sanglant dimanche dénoncent la répression des marches pour les droits civiques en 1972. Le groupe dublinois continue de chanter pour leur pays en organisant un concert dans leur ville natale en 1986 pour dénoncer la misère sociale. Ils seront rejoints sur scène par les Pogues, qui intègrent la musique traditionnelle à leur punk rock. Au tournant des années 1990, d’autres figures de la pop vont s’en mêler, comme Sinéad O’Connor qui n’hésite pas à soutenir publiquement l’IRA en 1988, ou les Cranberries, dont le tube zombi (1994) dénonce la violence des « Troubles » qui secouent le pays depuis trente ans.

Rugby, tout un peuple derrière le XV de trèfle

Et si le rugby avait réuni l’Irlande ? A Ovalia, la verte Erin, habituellement symbolisée par son trèfle à trois feuilles, forme un trèfle à quatre feuilles unissant chaque province : les trois d’Eire (Leinster, Munster et Connacht) et l’Ulster, avec ses six comtés rattachés au Royaume-Uni. Ainsi, à l’Aviva Stadium de Dublin, le stade de l’équipe « nationale » inauguré en 2010, que les supporters soient républicains ou loyalistes, nationalistes ou orangistes, catholiques ou protestants, tous sont irlandais, portant un maillot, un chapeau haut de forme ou une perruque verte, parfois une barbe rousse. Un miracle sportif durable, un siècle après la scission de 1922 : c’est aujourd’hui la seule équipe au monde à réunir deux entités politiques différentes. Pour éviter toute polémique, un hymne a été spécialement créé en 1995 : L’appel de l’Irlande. Avec un palmarès de quatorze victoires, dont trois tournois du Grand Chelem, au Tournoi des Six Nations, l’équipe irlandaise est considérée comme l’une des meilleures équipes nationales au monde.

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La Saint-Patrick, une fête sans frontières

C’est sans aucun doute la célébration la plus importante de l’identité irlandaise, même si ce n’est pas une fête nationale. Chaque année, le 17 mars, la Saint-Patrick est l’occasion de grands défilés et défilés dans tout le pays mais aussi à l’étranger. Longtemps pourtant, ce jour fut considéré comme une fête religieuse : la date tombant en plein Carême, il était impossible aux Irlandais de boire à la santé de leur saint patron pendant cette période de jeûne. C’est aux États-Unis, à Boston, qu’a eu lieu la première célébration de la Saint-Patrick comme fête irlandaise, en 1737. Quant au premier défilé, il a eu lieu à New York en 1762. L’Irlande, la loi de 1961 l’ouverture des bars le 17 mars a contribué à lui donner une tournure plus conviviale et décomplexée, symbole de l’unité d’un peuple.

Musique et danse, avec de vraies racines

Popularisée par les harpistes des clans gaéliques vers le IXe siècle, la musique traditionnelle irlandaise a traversé toutes les époques jusqu’à aujourd’hui. Une longévité qui s’explique notamment par la tradition orale qui prospère dans un pays essentiellement agricole, mais aussi par la diffusion de dizaines de ballades à Dublin au XIXe siècle. Longtemps confiné dans des lieux privés, il est mis en avant après la guerre, d’abord par la chanteuse Delia Murphy (1902-1971), puis par la création, en 1951, de l’association de musique traditionnelle Comhaltas Ceoltóirí Éireann et du Fleadh Cheoil Festival. Quelques années plus tard, les Clancy Brothers popularisent le folk irlandais aux États-Unis et inspirent toute une vague de chanteurs folk, notamment Bob Dylan, avant que des groupes ne prennent le relais en Irlande, comme les Dubliners ou les Chieftains, qui collaborent avec Stanley Kubrick pour le bande son de Barry Lyndon (1975). En 1995, le spectacle théâtral Riverdance et ses numéros de claquettes impressionnants (claquettes) contribuera à faire connaître la musique et le folklore irlandais au monde.

Le gaélique irlandais, un héritage de deux millénaires

C’était un symbole de résistance à l’invasion anglaise : le gaélique irlandais, langue celtique apparue sur l’île au premier millénaire avant notre ère, connut son influence maximale au Ve siècle lorsque l’influence des monastères irlandais répandit la littérature en Occident. Il est aujourd’hui parlé par près de 40 % de la population, soit 1,8 million de personnes. Première langue officielle du pays, devant l’anglais, elle est reconnue depuis 2007 par l’Union européenne. Certaines zones rurales, le Gaeltacht, en ont même fait la seule langue d’enseignement et celle de la signalisation routière et de la publicité. Comme le folklore ou la musique traditionnelle, le gaélique doit en partie sa survie aux initiatives nationalistes de la fin du XIXe siècle, comme le mouvement Athbheochan na Gaeilge, « le renouveau gaélique », dans lequel la Société pour la préservation de la langue irlandaise ( 1876), l’Union gaélique (1880) ou la Ligue gaélique (1893), fondée par Eoin Mac Néill et Douglas Hyde, futur premier président de l’Irlande.

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Contes et légendes, l’âme de la « Erin » verte

Quels exploits accomplit Cuchulainn, l’Hercule irlandais au javelot éclair ? Pourquoi les enfants de Lir ont-ils été transformés en cygnes ? Comment Fionn mac Cumhaill, géant d’Ulster, a construit une chaussée à travers la mer pour combattre le géant d’Ecosse ? Tous ces personnages font partie des légendes et des contes de la mythologie celtique ainsi que de la religion chrétienne, et qui se transmettent oralement depuis des siècles. Aujourd’hui, ils sont toujours solidement ancrés dans la culture irlandaise grâce à des mouvements de revalorisation de la littérature irlandaise comme le Celtic Revival, fondé en 1896 par Lady Gregory, John Millington Synge et William Butler Yeats. Ce monde fabuleux peuplé de lutinsces petits lutins roux et barbus vêtus de vert, fées ou encore pookas, créatures polymorphes souvent représentées à cheval et dont la crinière flotte au vent, constituent l’un des socles culturels de l’île.

James Joyce, le mythe de l’écrivain maudit

James Joyce (1882-1941) a eu une relation longue et tumultueuse avec l’Irlande, son pays natal. A 20 ans, il avait décidé de la quitter, pour échapper à l’influence conservatrice de l’Eglise. Dans Portrait de l’artiste en jeune homme (1916), il décrit sa patrie comme « une vieille truie qui dévore sa litière ». Et en 1922, lors de la parution de son livre à Paris Ulysse, hommage monumental à Dublin, l’œuvre fut interdite en Irlande, qui la jugea obscène. Il faudra attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que Joyce soit reconnu pour son génie dans son pays. A tel point qu’aujourd’hui, Dublin est parsemée de lieux rappelant l’écrivain, du musée James Joyce Centre au salon de thé James Joyce Room, en passant par un buste à son effigie dans le parc St. Stephen’s Green ou encore les plaques de bronze consacrées sur les trottoirs de la ville. Ils représentent sa silhouette à côté de citations d’Ulysse.

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