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Sadek Hadjères.  Un communiste au parcours exceptionnel

De son vivant Sadek Hadjerès était déjà entré dans l’histoire de l’Algérie. Une histoire qu’il avait aidé à écrire. Depuis l’annonce de sa mort le 3 novembre dernier, les hommages ne se sont pas taris, saluant un homme politique de grande envergure, un monument, une école de militantisme, un combattant de longue date, un révolutionnaire, un père fondateur, etc. Sadek Hadjeres est tout de celui-ci à la fois, une grande figure du communisme, en théorie et en action, un intellectuel visionnaire, un humaniste. Son engagement prend racine dans la période coloniale pour se prolonger dans la période de l’Algérie indépendante.

Né le 13 septembre 1928 à Larbaâ Nath Irathen, en Kabylie, il est mort le jeudi 3 novembre dans un hôpital parisien. Il avait 94 ans. Dirigeant emblématique du Parti communiste algérien puis de son héritier, le Parti de l’avant-garde sociale (PAGS) qu’il a co-fondé, Sadek Hadjerès n’a jamais cessé de militer, de penser, d’agir, d’écrire, de questionner. Il laisse un précieux héritage d’analyses, de témoignages et d’idées.

Petit-fils et fils d’enseignants, il choisit d’étudier la médecine à l’université d’Alger, après une scolarité – à l’école française et dans les medersas – suivie selon les affectations de son père. Dès l’âge de 15 ans, il s’illustre comme dirigeant des Scouts Musulmans d’Algérie, association liée au Cercle du Progrès d’Alger. Un an plus tard, il rejoint le Parti populaire algérien, PPA-MTLD et se retire en 1949, en raison de la soi-disant crise berbère. Il participe alors à l’élaboration d’une plate-forme doctrinale intitulée L’Algérie libre vivra. Publié sous le nom collectif d’El Watani (le patriote), il revendique, indique Le Maitron, « une Algérie plurielle intégrant les cultures populaires, faisant place aux Juifs et aux Européens qui témoigneraient de leur patriotisme et d’une citoyenneté civile séparée de la religion. »

Président de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord, le militant adhère au Parti communiste algérien en 1951. Il rejoint la cellule universitaire Politzer, du nom du philosophe communiste français. Il devient membre de sa direction et aux côtés de Fernand Iveton et Henri Maillot, il suit une école du parti dispensée par Henri Alleg.

Condamné par contumace aux travaux forcés en 1955, Sadek Hadjeres devient l’un des leaders des « Combattants de la libération », branche armée du PCA. Avec le secrétaire général du parti, Bachir Hadj Ali, il sera le négociateur en 1956 de l’intégration des communistes, à titre individuel, au sein du FLN. C’est ainsi qu’en 1956, il rejoint la lutte armée. A l’indépendance, le PCA est de nouveau interdit, puis toléré et de nouveau interdit en 1965 avec le coup d’Etat de Houari Boumediene qui renverse Ahmed Ben Bella. Sadek Hadjeres se retrouve à nouveau dans la clandestinité, cette fois pendant 24 ans. Membre de l’Organisation de résistance populaire, ORP, il participe à la création, en 1966, du Parti d’avant-garde socialiste (PAGS), qu’il dirigera pendant de longues années. Suite aux émeutes de 1988 ouvrant la voie au multipartisme, le PAGS est légalisé le 13 septembre 1989. Sadek Hadjerès sort enfin de sa cachette. Il a 61 ans. Le congrès de décembre 1990 élit une nouvelle direction dirigée par Hachemi Chérif. Un an plus tard, le Front islamique du salut remporte les élections municipales, puis législatives. Cette période marque le début de la décennie noire avec son lot d’attentats, d’assassinats et de départs en exil. Sadek Hadjeres s’installe en France.

Au final, comme le note l’historienne Malika Rahal, « il a passé trois décennies dans la clandestinité, alors qu’il avait aussi un métier, celui de médecin, dont il a renoncé à l’exercice, et une famille, avec des enfants qu’il n’a pas vu grandir ». Cela avait pesé lourd, Sadek Hadjeres en était conscient. Ainsi, expliquait-il : « Toute la vie des partis communistes algériens a été bouleversée par des périodes de clandestinité et de légalité, de courtes périodes de légalité où nous n’avions pas la possibilité de prendre stock, de remonter les périodes passées pour en tirer des enseignements. A partir de 1994, l’ancien dirigeant communiste se consacre à l’enseignement et à la recherche, et notamment aux travaux géopolitiques menés avec le géographe Yves Lacoste. En 2014, il publie, avec Linas, le premier tome de ses mémoires « Quand une nation s’ éveil.1928-1949.Loin de son pays, Sadek Hadjeres continue de témoigner et de contribuer aux débats et aux luttes, notamment à travers son site Social-Algérie.Il sera enterré dans sa terre natale.

Latifa Madani

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