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Préhistoire.  A Marseille, la grotte Cosquer, un joyau à la portée de tous

Pas besoin d’enfiler une combinaison, d’ajuster son masque, de vérifier son détendeur, de descendre à 37 mètres de profondeur, de remonter une galerie de 116 mètres de long, bref d’être un plongeur confirmé, qui plus est, d’avoir l’autorisation. Prenez plutôt le métro, rendez-vous à la villa méditerranéenne, juste à côté du désormais célèbre Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée). Prenez l’ascenseur – pardon, la chambre de plongée fictive – qui descend aussi, semble-t-il, à 37 mètres sous le niveau de la mer, montez dans une nacelle, tel le train fantôme de nos enfances, et laissez-vous (audio)guider pendant un « voyage extraordinaire » selon le directeur du site, Frédéric Prades. Vous n’êtes certainement pas dans la grotte Cosquer, classée monument historique et site majeur de l’histoire de l’art pariétal à l’époque paléolithique, dont « importance scientifique mondiale » est rappelé par Xavier Delestre, conservateur régional de l’archéologie à la direction régionale des affaires culturelles (Drac). Vous êtes dans « Cosquer Méditerranée », sa reconstitution, vingt fois annoncée et enfin réalisée.

Trois ans et 23 millions d’euros plus tard

« C’était même un vrai serpent de mer. On y pense depuis vingt ans. Quand ils m’ont appelé il y a trois ans, je me suis dit que c’était une tentative de plus », se souvient Michel L’Hour, archéologue sous-marin dont les surnoms trouvés sur Wikipédia sont assez éloquents (Indiana Jones en combinaison, Barbarossa aux pieds palmés), également membre du conseil scientifique. Trois ans et 23 millions d’euros plus tard, Cosquer Méditerranée est dévoilé au public depuis le samedi 4 juin.

Comme son nom l’indique, ce lieu unique serait resté totalement anonyme sans Henri Cosquer. Dans les années 1980, cet habitué de l’école de plongée de Cassis entretenait son « jardin secret » à ses heures perdues : creuser dans les calanques. En 1985, du côté du cap Morgiou, il aperçoit une galerie, s’y engouffre, escalade le fameux siphon immergé de 116 mètres, et débouche sur la plage d’une grotte. Il revient ensuite plusieurs fois. Un jour, il pose sa lampe sur un rocher. Le faisceau de lumière éclaire le dessin d’une main. Il venait de découvrir un lieu unique, une grotte si éloignée des autres grottes alors connues. L’exploration totale du lieu révélera une richesse absolument exceptionnelle avec 500 entités d’art pariétal.

Des œuvres réalisées il y a entre 33 000 et 19 000 ans

Il y a 33 000 ans – soit 320 générations, calcule aujourd’hui Henri Cosquer – la grotte était à sec. Le niveau de la mer était de 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui et le rivage était à 12 kilomètres de son entrée. Des groupes d’Homo sapiens y ont d’abord laissé des empreintes de mains. Puis, génération après génération, pendant près de 15 000 ans, leurs descendants ont dessiné des chevaux, des aurochs (l’ancêtre de tous les bovidés, disparu au 17e siècle), des cerfs, des bisons, des cerfs mégacéros, des bouquetins, des chamois, des antilopes saïga et même… des pingouins et scellés. Il fait alors très froid sur les côtes provençales. On y discerne également une vulve, représentations sexuelles constituant un classique de l’art préhistorique.

La datation au carbone 14 montre que les œuvres ont été réalisées il y a entre 33 000 et 19 000 ans. La plupart d’entre eux sont gravés au silex ou aux doigts, une cinquantaine sont dessinés au fusain, une dizaine combinent gravure et fusain. Le pigment rouge est utilisé pour les empreintes de mains. A côté du travail de ces artistes paléolithiques, on trouve des outils en silex, des coquillages marins, dont une coquille Saint-Jacques renfermant un morceau de charbon de bois, une pastille d’argile pétrie aux empreintes distinctes, une plaque de calcite façonnée et servant de lampe, des traces de foyers sur le sol, de souffler des torches.

Une opération de « sauvetage virtuel »

Trente-sept ans après sa découverte, l’inventaire n’est pas encore complet et ne le sera probablement jamais. Un phénomène qui a commencé il y a 10 000 ans s’accélère en raison du réchauffement climatique. Depuis la fin de la dernière période glaciaire, la montée des eaux a englouti 4/5 sommes de la grotte. Le 1/5 e restant est rongé au rythme de 3 millimètres par an. Finalement, ce joyau sera totalement englouti. Selon Geneviève Pinçon, directrice du Centre National de la Préhistoire, « C’est le chantier en France pour lequel on sait qu’on ne pourra pas économiser beaucoup. Chaque jour, quelque chose s’y perd, c’est pourquoi le rechercher est devenu une urgence ».

Cosquer Méditerranée se voit en opération de « sauvetage virtuel ». Dès la création d’un modèle 3D, les équipes en charge du projet, composées d’une centaine de personnes, ont dû surmonter d’innombrables obstacles, notamment celui de conserver les 2 300 m2 de la grotte, qui a la forme d’un huit , au deuxième sous-sol de la villa méditerranéenne, dans un carré de 1 750 m2. Trois ans de travail dantesque et, pour le visiteur, trente-cinq minutes pour déambuler dans ce « Lascaux des mers », comme si on remontait 33 000 ans dans le temps.

Ont sur Arte, le 25 juin, à 22h20 : par Marie Thiry.

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