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pourquoi le Hezbollah n’a pas (encore) lancé d’offensive


ENTRETIEN – Le Hezbollah suit de près l’évolution du conflit, estime Didier Leroy, chercheur à l’Ecole Royale Militaire de Belgique.

Didier Leroy est chercheur à l’Ecole Royale Militaire de Belgique et à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Il a soutenu une thèse de doctorat sur l’évolution idéologique et structurelle du Hezbollah libanais.


LE FIGARO.- Le Hamas a lancé un raid de Gaza le samedi 7 octobre, qui a entraîné la mort de plus de 900 Israéliens . Son allié, le Hezbollah, est resté étrangement calme, à l’exception de quelques tirs de roquettes vers le plateau du Golan. Pourquoi une telle retenue ?

DIDIER LEROY. – Le Hezbollah libanais n’a pas manqué de féliciter ce membre de « l’axe de la résistance » pour cette opération audacieuse, qui s’inscrit dans l’agenda partagé par toutes les milices soutenues par les Gardiens de la révolution islamique en Iran. . Le Hezbollah a tiré quelques roquettes sur des positions militaires de Tsahal (l’armée israélienne, ndlr), les fermes de Chebaa, dans une zone sulfureuse séparant le sud du Liban et Israël. Mais les fusillades sont fréquentes dans la région, aucune ligne rouge n’a donc été franchie.

En revanche, ce qui a fait monter les tensions d’un cran, c’est la tentative d’infiltration de plusieurs individus en provenance du Liban. Ils ont été reconnus comme appartenant au Jihad islamique (une milice palestinienne basée à Gaza et au Liban, NDLR) qui nettoie en partie le Hezbollah. En tout état de cause, aucune action palestinienne ne peut être entreprise dans la ligne bleue (la frontière libano-israélienne, NDLR) sans l’accord tacite du Hezbollah. Israël examine attentivement cette frontière pour prévenir d’éventuelles incursions futures. Nous sommes dans une sorte d’entre-deux où la tension monte, mais lentement.

À mon avis, le commandement du Hezbollah surveille attentivement le curseur de désobéissance civile en Cisjordanie et dans les villes mixtes (juives et arabes, NDLR) d’Israël. Le Hamas a appelé à une mobilisation générale, c’est-à-dire une nouvelle Intifada, avec l’espoir d’affaiblir l’appareil sécuritaire israélien en multipliant les fronts. En clair, c’est l’évolution des fronts internes que surveillent les acteurs extérieurs, comme le Hezbollah, et qui pourrait modifier leur bilan et leur éventuelle entrée en scène.

La seule chose qui encourage le Hezbollah à faire preuve de retenue est la situation économique du Liban. Le pays est exsangue depuis 2019 et espère le retour des fonds du Golfe après la détente entre l’Arabie saoudite et l’Iran sous les auspices de la Chine. Par ailleurs, l’exploitation des gisements de gaz au large vient d’être initié. Si le Hezbollah devait provoquer Israël, et finalement provoquer la destruction d’une partie du pays, à un moment où le Liban a des espoirs économiques, il serait très mal accueilli. Le pays est très divisé sur la question palestinienne, voire divisé en deux. Le Hezbollah devrait alors se battre contre Tsahal et la moitié de la population libanaise.

Peut-on estimer l’arsenal du Hezbollah ?

Le Hezbollah est un allié de l’Iran, ce qui explique qu’une partie de son arsenal soit de fabrication iranienne, et l’autre de fabrication locale. Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a annoncé que sa branche armée compte désormais 100 000 combattants. Ce chiffre est sans doute exagéré ; la plupart des analystes citent 25 000 soldats à plein temps, autour desquels gravitent les réservistes. Son arsenal comprend également 130 000 projectiles, roquettes et missiles, ainsi que des chars, drones, lanceurs, etc. Le Hezbollah est la milice la plus redoutable de tout le Moyen-Orient.

Si une insurrection éclatait en Cisjordanie et que le Hezbollah attaquait depuis le Liban, Tsahal pourrait-il y faire face ?

L’armée israélienne espère éviter à tout prix ce scénario ! Elle possède encore, ne l’oublions pas, une certaine supériorité technologique. Elle dispose toujours de F-35, avions de cinquième génération, mais aussi d’un système de défense antiaérienne très efficace et tripartite : le un dôme de ferpour les fusées peu sophistiquées, le système La fronde de David pour les missiles à moyenne portée et le système flèche pour les missiles à longue portée. Depuis plusieurs années, l’armée israélienne promeut également la technologie laser adaptée à la défense anti-aérienne. Ce qui pourrait être un atout, car chaque missile Iron Dome coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars, alors que le laser coûte cinq dollars.

La principale faiblesse d’Israël réside dans l’agitation de sa propre société. Dans certaines régions mixtes, nous assisterons à une plus grande polarisation entre les individus juifs et arabes. Mais au sein de la société juive elle-même, nous avons encore assisté à des manifestations sans précédent concernant la réforme de la justice. Israël est donc un acteur militaire fort, mais fébrile et affaibli. Son principal danger est de voir le lien entre les citoyens s’éroder.

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Gérard Truchon

An experienced journalist in internal and global political affairs, she tackles political issues from all sides
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