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Nouvelles locales

« Pour aider mes frères, je dois être attentif à ce qui se passe en moi »

Dans la vie monastique, quel rapport as-tu avec les émotions ?

Frère Luc : Plus qu’aux émotions, nous sommes sensibles à la question de la pensée dans la tradition des Pères du Désert. Évagre le Pontique énumère ainsi huit pensées autour de la gourmandise, du désir sexuel, de la colère, de la tristesse, du désir d’argent après la vaine gloire et l’orgueil, et enfin de l’acédie. Ce problème des pensées recoupe en partie celui des émotions. La façon de les gérer est unique. Si je veux aider mes frères, je dois être attentif à ce qui se passe en moi. Chaque émotion a un côté positif et un côté négatif. Par exemple, la tristesse est positive quand elle devient compassion pour les personnes victimes de pédocriminalité dans l’Église. Inversement, la tristesse négative est une forme d’apitoiement sur soi. J’ai vécu le deuil d’un frère de sang, plus jeune que moi, qui s’est suicidé. L’une des façons dont j’ai surmonté la tristesse était de pleurer. Une autre manière de transformer la tristesse en mouvement de vie selon l’Esprit Saint est d’en parler à quelqu’un, de la confier à Dieu. La prière remet les choses au bon endroit. Je m’en rends compte lorsque la peur de l’avenir me saisit à cause de la baisse des vocations. Cette peur me dit qu’il y a une réalité à prendre en compte. Mais s’il grandit au point de me faire perdre le sommeil, c’est un danger.

L’autorité et la colère peuvent parfois se heurter. Comment abordez-vous cette émotion ?

FL : Spontanément, la colère n’est pas mon registre. Mais, en tant qu’abbé, je sens qu’il y a de bonnes humeurs. Lorsque les attitudes ou les paroles des frères embarrassent ou blessent les autres, il y a une forme de justice à exercer. Il faut alors oser parler en élevant la voix ou même, si ça résiste, en parlant un peu plus fort. Entrer dans ce mouvement me demande un effort. Extérieurement, je suis en colère, mais deux minutes plus tard, c’est fini. J’ai le sentiment d’accomplissement. Par contre, la mauvaise colère s’exprime chez moi par l’agacement, l’impatience. C’est lié à mon incapacité à accepter les faiblesses. Je dois m’en méfier, être sur mes gardes et écouter dans mon corps, mon ventre, quand ça monte pour ne pas dire des choses que je regretterai plus tard.

En communauté, une certaine retenue s’impose. Comment faites-vous lorsqu’un événement suscite une forte émotion ?

FL : La vie monastique contribue naturellement à une prise de distance vis-à-vis de nos émotions. Dans l’ensemble, il y a une atmosphère de silence dans la maison. On ne peut pas parler dans un couloir, à l’église, au réfectoire… Mais s’il n’y a pas d’endroits pour parler à côté de ce climat, les émotions risquent de sortir de façon éruptive. L’année dernière, le départ d’un frère nous a marqués comme communauté. En même temps, nous avons réagi avec des nuances différentes : certains dans le registre de la tristesse, du découragement ; d’autres dans celui de la colère, de la peur de l’avenir. Pour nous aider à traverser cette épreuve, nous avons eu trois réunions communautaires au cours desquelles nous nous sommes écoutés. Ils ont permis de mettre en évidence ce qui n’allait pas bien, de questionner ceci ou cela, l’abbé en particulier… Au final, plusieurs frères m’ont dit combien il avait été bénéfique de procéder ainsi pour ne pas rester ruminant. Même si j’entends dire que ce départ reste difficile pour certains, nous l’avons porté ensemble. Les autres lieux de parole sont les petits groupes communautaires, une fois par semaine. Quand, entre frères, nous y partageons une joie, cela construit la communion entre nous.

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