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Pogacar se rend à La Planche


Le Super Conseil des Belles Filles (Haute-Saône), envoyé spécial.

Et soudain, sous un soleil d’Orient aussi ardent qu’une brindille méditerranéenne en pleine sécheresse, il n’y eut dans leurs fréquences de pédalage saccadées, hachurées par la douleur des corps, qu’une intime exigence de macération – à peine trahie par la ruse de certains, la bravoure des autres et la folie collective d’à peu près tout le monde. Dans le secret de leurs pensées, répandant maladroitement leur désarroi, certains allaient enfin en savoir plus sur eux-mêmes, et une bonne partie du reste du Tour. L’après-midi s’était déroulée courageusement, entre Tomblaine (périphérie de Nancy) et La Super Planche des Belles Filles (176,3 km), qui domine le Territoire de Belfort et une partie du parc naturel régional des Ballons des Vosges.

Longtemps, on a cherché la « bonne échappée », qui a mis plus d’une heure à se former au coeur d’un peloton électrique et survolté, sur un parcours aussi plat qu’une autoroute dans sa première partie, pour s’échouer sur les hauteurs désormais bien connu des Géants de la Route, approchés cette fois par deux cols de troisième catégorie, ceux de la Grosse Pierre et de la Croix. Au fil des années, La Planche des Belles Filles (1ère cat., 7 km à 8,7%) est devenue une sorte de « classique » pour les amateurs de course, tant par sa difficulté que par sa situation géographique, assez éloignée des massifs traditionnels, servant ainsi de « rampe de lancement » pour les étapes de transition. La station de ski de Haute-Saône a également reçu le Tour pour la sixième fois en dix ans, après avoir fait une entrée fracassante en 2012 parmi les sites d’arrivée. Ce jour-là, un certain Chris Froome y écrase la concurrence, ce que Tadej Pogacar réalise de manière encore plus bluffante, en 2020, lors de l’ultime contre-la-montre en montée, qui donne lieu à un revirement. l’histoire avec sa prise de pouvoir définitive aux dépens de son compatriote slovène Primoz Roglic. Depuis lors, Pogacar semble invincible alors qu’il grandit dans son écrasante supériorité.

En vérité, nous attendions cette étape avec quelques frissons. Les grimpeurs et autres grands noms devaient y émerger d’une définition claire, sachant que dans l’apprentissage du pays en dénivelé, les grimpeurs y avaient un avantage hautement incomparable, surtout dans les vraies premières rampes qui cassent les rythmes et atomisent tout le front supports. Brutal. Avant d’atteindre ces sommets de joie, dix braves fugitifs formaient un joli groupe d’éclaireurs (Schachmann, Kamna, Teuns, Durbridge, Pedersen, Barthe, Erviti, Geschke, Ciccone et Asgreen). Derrière, à une centaine de kilomètres du but, les Emirats de Pogacar ont pris le contrôle de la poursuite, à la suite d’un épisode assez surprenant. Alors que le maillot jaune satisfaisait un « besoin naturel », selon l’expression aussi ridicule que consacrée, le peloton ne ralentit pas son rythme, contrairement aux usages. Apparemment, cela a déplu au Slovène. De retour à son poste, il a donc appelé ses coéquipiers à montrer la voie, une façon de dire méchamment : « Qui est le patron ? »

A ce petit jeu, on n’a pas donné grand-chose à l’échappée, et donc, au sort de l’ascension finale dans la Planche des Belles Filles. Mais soyez patient. Rappelons d’abord que le nom charmant du lieu cache une histoire légendaire qu’il convient de raconter. En 1635, en pleine guerre de Trente Ans, des mercenaires suédois massacrent tous les hommes des vallées de la Savoureuse et du Rahin, avant de chasser les femmes de la région. Ils se jetèrent dans les eaux du lac pour échapper à leurs bourreaux. Un seul d’entre eux a réussi à échapper à ce suicide collectif. D’où l’origine du nom : La Planche-des-Belles-Filles… La montagne offre parfois une revanche à l’esprit qui la rend. Du point de vue cycliste cependant, celui-ci a un invariant que le chroniqueur ne risquait pas d’oublier : les quatre derniers porteurs du maillot jaune le soir de La Planche ont toujours remporté l’épreuve parisienne (Wiggins en 2012, Nibali en 2014, Froome en 2017, Pogacar en 2020).

Puisque l’homme, en s’élevant, apprend son propre mystère, comme le Tour l’exige en mode sacrificiel, on s’est rendu compte que le sérieux du combat commençait dans la vallée à un rythme soutenu. Au front, sept braves s’isolent (Geschke, Durbridge, Schachmann, Kamna, Teuns, Erviti et Barthe). Dans le groupe maillot jaune, les EAU ont poursuivi leur travail de sape. En traversant le village de Plancher-les-Mines, là où commence la rampe terminale, nous avons cherché Thibaut Pinot, l’enfant du quartier, tandis que des slogans à sa gloire couvraient littéralement le bitume. La veille, à Longwy, le sniper FDJ avait volontairement laissé filer le temps pour tenter, « chez lui », d’aller chercher la lune sans provoquer la moindre réaction des favoris. Ayant raté l’échappée, comment allait-il réagir ? Pourrait-il juste ?

Une luxation s’est produite. Les fugitifs s’en tirent bien, même si l’Allemand Lennard Kämna tente de résister, hélas en vain. Et quand les cadors ont tourné, Thibaut Pinot a sombré, irrémédiablement. Le vertige de l’espoir était déjà passé. Le nettoyage a commencé, mais à moins de deux kilomètres seulement du sommet, lorsqu’ils ont atteint l’incandescence de ce qu’on pourrait appeler le cyclisme « à l’ancienne ». C’était un spectacle étonnant de voir ces cyclistes « modernes » – souvent à la limite de la robotisation – redécouvrir une portion antédiluvienne : un monticule de route blanc écrasé et damé, avec son passage noyé à 24% dans la poussière.

Sur ces pentes sauvages, Pogacar est passé à l’action, a cassé des planches de bois, fait des copeaux, mais il y a eu un gros « mais ». Juste au moment où on pensait qu’il allait s’envoler seul vers le sommet vers le ciel bleu profond, le Danois Jonas Vingegaard (Jumbo), son dauphin l’an dernier, est venu le chatouiller, l’a dépassé, a même cru un instant qu’il voyait la victoire d’étape à quelques mètres du but, mais Pogacar, dans un dernier sursaut, épuisé, dur et comme un danseur, l’a « sauté » sur la ligne. Duel incroyable; conclusion ouverte. Les deux hommes, essoufflés, se sont retrouvés roue contre roue, presque à l’arrêt. Le Slovène, double tenant du titre, a bien sûr remporté sa deuxième étape consécutive et conforté son maillot jaune. Sauf que, sur ces routes droites qui semblaient vouloir lui frayer un chemin, il n’était pas seul au monde. D’autant que les autres favoris n’ont que quelques secondes de retard (Roglic à 12 », Gaudu et Bardet à 20 »). Le chroniqueur touchait au nœud de l’évidence : Tadej Pogacar domine le Tour, mais ne l’écrase pas encore. Au général, il n’a que 35 secondes d’avance sur Vingaard…

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