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« On ne peut pas dire que la voiture électrique est idéale », tempère un économiste


« On ne peut pas dire que la voiture électrique est idéale », a déclaré sur franceinfo Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’Observatoire Cetelem, lundi 6 juin, alors que les eurodéputés doivent voter cette semaine pour interdire la vente de voitures thermiques neuves en 2035 dans l’Union européenne. Cette mesure fait partie du « paquet climat » débattu cette semaine au Parlement européen. « Les constructeurs le feront »explique-t-il en évoquant ce passage à l’électrique, mais plusieurs questions se posent selon lui, notamment « l’accessibilité de ces véhicules » et le « concurrence de la Chine ».

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franceinfo : Pourquoi ce texte est-il si difficile à voter ?

Flavien Neuvy : Je ne connais pas le rapport de force au Parlement européen. Je sais que si les constructeurs doivent vendre des voitures 100 % électriques, ils le feront. La question est avant tout de savoir s’ils seront accessibles à tous. Quand on voit que les prix du cobalt et du nickel ont doublé en un an, que le lithium s’envole, on peut se demander quel sera le prix d’une voiture électrique en 2035 quand il n’y aura que ça. La deuxième question concerne l’emploi. De nombreux équipementiers se spécialisent dans la fabrication de moteurs thermiques. Dans 15 ans, s’il n’y en a plus, si vous fabriquez des boulons pour des moteurs, vous ne commencerez pas à fabriquer des batteries. Aujourd’hui, 77 % de la capacité de production de batteries électriques se trouve en Chine. La Chine a 20 ans d’avance dans ce domaine. Donc ça va détruire des emplois pour l’industrie automobile, il faut s’y préparer. Et puis d’un point de vue environnemental, pour que la voiture électrique soit zéro émission, il faut que l’électricité produite soit décarbonée. C’est loin d’être le cas dans plusieurs pays européens. Sans compter que fabriquer des batteries émet du CO2, il faut des terres rares, prendre du cobalt et du lithium, ce n’est pas neutre pour l’environnement. Ce sont des choix politiques. On ne peut pas dire que la voiture électrique soit idéale d’un point de vue environnemental. Il a encore un avantage incomparable sur la qualité de l’air dans les villes.

Les constructeurs ont-ils déjà commencé à s’adapter ?

Ils ont déjà commencé parce qu’ils ont compris que la voie qui était empruntée était l’électrification des marchés. Ils y arriveront. Les interrogations concernent davantage les équipementiers, et surtout les petits qui sont souvent mono-métiers et donc très dépendants d’une partie. Les constructeurs vont s’adapter et gagner de l’argent grâce à la vente de voitures électriques. Mais les gens pourront-ils les acheter ? S’ils sont plus propres mais inaccessibles, c’est un problème. C’est une question centrale, tout le monde ne peut pas conduire une Tesla.

Cette interdiction s’applique uniquement aux voitures neuves. Quelles seront les conséquences sur le marché de l’occasion ?

Il va certainement évoluer. Déjà aujourd’hui, dans les endroits où il y a des zones à faibles émissions, il y a quelques vieux véhicules d’occasion qui ne sont plus proposés à la vente. On les trouve généralement dans les zones rurales ou périurbaines.

Ce texte vous semble-t-il applicable pour les prochaines années ?

A partir du moment où il sera voté, il sera applicable. L’enjeu pour l’Europe est de pouvoir faire de cette transition vers l’électricité une opportunité de développement économique. Le sujet sera alors la concurrence avec la Chine, qui réfléchit à ces questions depuis 20 ans. Les trois quarts des projets d’usines de batteries d’ici 2030 sont en Chine, elle a pris le contrôle du lithium en Amérique du Sud, du cobalt en Afrique. Être plus compétitif que la Chine est un défi gigantesque qui ne peut être gagné d’avance.



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