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« Nous avons une vraie chance de faire bouger les choses »

Cela semble bien loin quand Emmanuel Macron et Marine Le Pen se disputaient la première place chez les jeunes de gauche. Les scores obtenus par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) auprès des 18-24 ans (42%) et des 25-34 ans (38%) au premier tour des élections législatives laissent loin derrière leurs adversaires. Le RN y a obtenu 18 %, tandis qu’Ensemble ! (LaREM et ses alliés) en recueillaient 19% chez les 25-34 ans et seulement 13% chez les plus jeunes, selon un sondage Ipsos. Il faut dire que la coalition de gauche prend leur avenir au sérieux : elle a présenté début juin un « plan d’urgence pour la jeunesse », comprenant notamment une « allocation d’autonomie » de 1 063 euros.

Climat, éducation, féminisme, lutte contre les discriminations, contre la précarité… parmi les jeunes rencontrés à Lille, Saint-Denis et Strasbourg, beaucoup ont ces préoccupations en commun avec Nupes. Mais pour la gauche, le défi n’en est pas moins immense : environ 70 % des moins de 35 ans n’ont pas voté dimanche dernier.

Lille L’Union booste le vote à gauche

« Je viens d’une famille qui vote à droite, voire à l’extrême droite. J’étais déjà désaccordé et puis je suis allé de plus en plus à gauche euh. » Lucie (prénom changé), qui habite le quartier populaire de Wazemmes, à Lille, a voté dimanche pour Adrien Quatennens (FI), tout comme son compagnon, Antoine.

Dans cette première circonscription du Nord, le candidat du Nupes a recueilli plus de 52 % des suffrages, avec 54 % d’abstention. Il sera opposé au second tour à la candidate d’Ensemble !, Vanessa Duhamel (21 % des voix). « Mes études supérieures (en urbanisme, à Lille – ndlr) m’a permis de me détacher des valeurs familiales, de me confronter à d’autres opinions politiques »explique Lucie. « J’ai été attristé que le soufflé de la primaire populaire soit tombé. Le fait qu’il n’y avait pas d’alliance présidentielle à gauche nous a rendu un mauvais service. estime pour sa part Antoine, qui salue la constitution des Nupes.

Le couple affiche la même priorité : « L’urgence climatique devrait être la question primordiale, pas l’augmentation du budget de l’armée ou de la police ! » Antoine ajoute « justice sociale » car « il ne peut y avoir de transition dans l’énergie, les transports et le logement sans transition sociale ». Vito et Alice, 18 ans, étudiants universitaires en sciences politiques, mentionnent également leur inquiétude pour « renouveau démocratique ». « La Nupes est une union sur un programme, félicite Antoine, car s’il ne s’agissait que de garder des sièges, ce ne serait pas intéressant. » L’accord « clarifie la position du PS vis-à-vis de Macron »note Vito, tandis que pour sa compagne, Alice, « ça redonnera vie au Parlement, plutôt qu’à Playmobil (les députés de l’actuelle majorité présidentielle – NDLR) qui votent comme un troupeau ».

A Wazemmes, parmi les jeunes qui ont voté Nupes dimanche, la proposition d’une allocation d’autonomie de 1 063 euros est souvent mise en avant. Même si certains, comme Hema Achab, étudiante en communication de 19 ans, se demandent « si c’est possible ». Pour Garance Jacob, qui attend les résultats définitifs de Parcoursup, l’urgence est là. Parmi les souhaits du lycéen de 18 ans, une « prépa » en droit à Montpellier. « Mais je sais que cela signifierait les tracas (financier), précise le Lillois. Mes parents m’ont dit qu’ils feraient en sorte que je puisse faire ce que je voulais, mais sans me cacher que la fin du mois serait difficile. C’est difficile de se projeter. »

Saint-Denis Le plus jeune loin des urnes

Dans l’effervescence et la chaleur de la rue de la République, rue piétonne et commerçante du centre de Saint-Denis, personne n’a la tête aux élections législatives. Sur un pan de mur, à côté d’une affiche de la Fierté des banlieues, seules les affiches de Stéphane Peu laissent une trace du scrutin du 12 juin. Le député PCF sortant de la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, qui a présenté lui-même sous les couleurs de Nupes, a obtenu, au premier tour, 62,85 %. Pourtant, il n’est pas encore élu : avec 67,21 % d’abstention, il rassemble moins de 25 % des électeurs inscrits et devra affronter, au second tour, la candidate d’Ensemble !, Anaïs Brood (9,05 %).

« Je n’étais pas présent ce dimanche et je n’ai pas eu le temps de faire une procuration », regrette Océane, 32 ans. Beaucoup ne savaient même pas qu’il y avait des élections dimanche dernier.  » J’ai oublié « , sourit Asma, 20 ans. Cette étudiante en sciences de l’éducation à Nanterre a pourtant voté au premier tour de l’élection présidentielle. « J’étais déçu du résultat, je voulais que Jean-Luc Mélenchon gagne. Il avait un bon programme pour les étudiants, il voulait augmenter les salaires des enseignants et faire de l’éducation une priorité, elle explique. Je pourrais peut-être voter si je connaissais les candidats, les programmes. »

Mariam, 22 ans, animatrice dans un centre de loisirs, a également voté pour Jean-Luc Mélenchon le 10 avril, « parce qu’il est à l’écoute des jeunes des quartiers, contrairement aux autres ». « On espère mais, au final, rien », elle glisse. Elle ne sait pas à quoi servent les élections législatives, elle ne connaît pas les couleurs politiques et les noms des candidats en lice. « Avec l’inversion du calendrier électoral, l’élection présidentielle est beaucoup plus visible que les législatives. Avec Macron élu, les jeunes pensent que c’est fini. Nous leur expliquons que nous pouvons le battre et gagner une majorité et un gouvernement de gauche. Nous ne sommes pas condamnés à sa politique pour les cinq prochaines années », confie Stéphane Peu, qui reçoit un « remobilisation pour le second tour ». Le candidat Nupes est sûr : « A gauche, les voix réservistes sont chez les jeunes et les abstentionnistes. »

Achille et Hadrien, la trentaine, sont professeurs d’économie. Ils ont voté Stéphane Peu au premier tour. « Derrière les Nupes, il y a un programme qui a été pensé et construit avec des valeurs et une vision du monde », explique la seconde.

Strasbourg L’espoir de tout changer

Si elle constate que beaucoup de ses amis n’ont pas voté pour les législatives « plus par désintérêt que par opinion », et qu’ils sont « plus abstenu pour les législatives que pour la présidentielle », Julie, étudiante en droit de 20 ans, explique que son petit groupe de proches est, comme les deux jeunes professeurs lyonnais, très intéressé. Elle a voté pour Nupes dans la circonscription du Neudorf à Strasbourg, où Emmanuel Fernandes, le représentant de la coalition, est arrivé en tête du premier tour (36,8 %), offrant une belle chance à la gauche de conquérir cette 2e circonscription du Bas-Rhin tenue par un candidat d’Ensemble!. « La principale leçon est que lorsque la gauche s’unit, elle peut gagner. On a une vraie chance de faire bouger les choses, c’est sympa », Julie s’explique. Pour elle, la question climatique est au premier plan :  » Quand on voit qu’il y a une canicule cette semaine – il fera 30°C à Strasbourg – et que personne ne réagit, je ne suis pas en phase avec la politique actuelle. »

Son espoir est partagé par Sarah, qui travaille comme pigiste en marketing : « On veut que les choses bougent et ce n’est pas en taisant nos voix que ça va changer, car, du coup, on laisse la parole à ceux qui se contentent de ce qu’ils ont. On aimerait tout reconstruire, tout changer. »

De son côté, Rebecca, 31 ans, travaille dans le domaine de la communication, mais en Indonésie. Bien qu’expatriée, elle affirme que « le vote, il faut le passer »exigible « des droits qu’on nous enlève » et de « tout ce qui se dégrade en France ». « Les candidates Nupes sont les seules qui ont pu parler d’écologie ou de droits des femmes, c’est important dans mon travail et dans mon quotidien. Il faut arriver à déconstruire ce modèle de société, qui est totalement capitaliste, et en reconstruire un autre », elle dit.

Une autre Julie, également étudiante à Strasbourg et qui a également voté à gauche, pointe le fait que beaucoup de jeunes « ne sont pas allés voter car ils ne sont plus d’accord avec la politique proposée aujourd’hui et sont fatigués d’être déçus des résultats qui suivent ». « Avoir des jeunes qui représentent la jeunesse, je trouve que c’est quelque chose qui nous manque », Elle ajoute. Mais, « même si c’est un petit pas »pour la jeune femme, le résultat du premier tour de ces élections législatives – dont « beaucoup de gens postent sur les réseaux que c’est un moment important » –, « Ça redonne de l’espoir après la grosse déception qu’on a eue pour la présidentielle ».

Au second tour, le Nupes espère multiplier ces voix. Jean-Luc Mélenchon leur a également réservé un mot, lundi soir, sur France 2 :« Ce n’est pas la peine de venir se plaindre de Parcoursup pour finalement ne pas voter pour ceux qui veulent le supprimer. Et puisque nous partageons le souci de la planète, il est temps d’envoyer des gens à l’Assemblée nationale qui le feront pour de bon et pour de bon. »

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