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Narges Mohammadi, une militante abolitionniste iranienne

Quelques mots ouvrent l’horizon. « Un jour, nous crierons victoire avec joie et délice ! »promet Narges Mohammadi dans une vidéo postée sur Instagram le 12 avril. L’activiste iranienne, qui doit être incarcérée le jour même pour purger huit ans de prison, profite alors de ses derniers instants de liberté pour dire ceci : « Je suis de bonne humeur. Je retourne en détention aujourd’hui sans peur ni frustration. (…) Je me battrai jusqu’à ce que nous parvenions à une transition démocratique respectueuse des droits de l’homme. D’ici là, n’abandonnons pas ! »

On imagine, en coulisses, les tempêtes intimes, les adieux déchirants à sa famille, le moral qui s’affaiblit à l’idée de fêter ses 50 ans derrière les barreaux… Mais, face caméra, rien ne filtre ; l’Iranien affiche un sourire en forme de défi. Les mollahs lui rendent déjà la vie impossible, pas question – qui plus est – qu’ils la croient anéantie !

Une vie contre la peine de mort

De quoi les autorités l’accusent-elles ? Son militantisme sans concession contre la peine de mort. Remettre en question le châtiment ultime relève presque du sacrilège dans un pays qui a condamné l’an dernier 333 personnes à la pendaison (près d’une par jour !).

Quoi qu’il en soit, l’ancienne journaliste – devenue vice-présidente du Centre des défenseurs des droits de l’homme – persiste et signe. En cela, elle marche dans les pas de Jaurès, pour qui la peine de mort était « Contrairement à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé le plus haut et rêvé le plus noble ». Dire qu’en Iran c’est « propagande contre le système » et tomber sous le coup de la loi…

Narges Mohammadi va plus loin, contestant tout l’édifice politico-judiciaire : « Je ne reconnais pas ce système religieux totalitaire, elle dit, ni ces tribunaux tout le contraire de l’idée de justice, ni ces lois contraires aux droits de l’homme. Je crois à la désobéissance civile. » Il faut parfois, disent certains, modérer son discours pour que le temps puisse l’entendre, mais Narges s’y refuse, et ajoute : « Je veux faire des droits de l’homme une réalité. Je ne veux avoir aucun regret. » Fronde en diable !

Une liberté en pointillé

Ces dernières années, elle a été condamnée à de la prison. Depuis 2016, elle n’a passé que quelques mois hors les murs. À cette liberté en pointillés s’ajoutent les coups de fouet. « J’en ai reçu 154 en tout », dit-elle en tenant à jour sa comptabilité morbide. Un traitement d’autant plus inhumain qu’elle souffre de problèmes cardiaques – elle s’est fait opérer du cœur en février dernier. Pour l’occasion, il s’est vu accorder un congé de maladie jusqu’au 12 avril – jour où sa vidéo au sourire coquin a été diffusée sur Instagram.

La militante est mariée à Taghi Rahmani, un opposant au régime qui a également purgé de longues peines derrière les barreaux au début des années 2000. Ils ont des jumeaux, Ali et Kiana, âgés d’une quinzaine d’années. Quand ils étaient plus jeunes, quand le pénitencier les privait de tout contact avec leur mère, ils demandaient parfois à leur père : « A quoi ressemble maman maintenant? » »

En 2020, là encore sans nouvelles d’elle, les deux adolescentes tentent de se mobiliser via les réseaux sociaux pour faire pression sur Téhéran. Dans une vidéo pleine de dignité et de sanglots réprimés, les jumeaux ont lancé aux internautes : « Soyez notre voix afin que nous puissions entendre la voix de notre mère. Nous n’avons pas entendu sa voix depuis onze mois. »

A voir Narges Mohammadi se battre sans relâche, on pense à l’adage – bien connu des militants – selon lequel « Les braves ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas tant qu’ils n’ont pas gagné ».

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