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Nouvelles locales

Mort de Christian Bobin : écrire l’éternel éphémère

muguet rouge. C’est le titre que Christian Bobin a donné à son dernier recueil, paru en octobre dernier. On n’imaginait pas alors que cette fleur de rêve, écarlate et palpitante de vie, serait déposée sur le cercueil de l’écrivain et poète, décédé vendredi 25 novembre, à l’âge de 71 ans. En son absence, Christian Bobin laisse ce signe de fragilité et beauté, comme s’il l’avait préférée d’avance aux imposantes couronnes funéraires qui semblent toujours prendre la mort trop au sérieux.

Christian Bobin avait prévenu ses fidèles lecteurs : il considérait la mort comme un passage. Vivant, il l’était d’autant plus qu’il tenait la main des morts, sans morbidité, mais avec amour et gratitude. « Les morts n’ont pas laissé la vie mais ses cloisons supposées étanches », il a écrit. Livre après livre, il s’était habitué à l’idée de les suivre. « Un jour, il faudra franchir une vitre sans la casser. L’effort sera terrible, qui changera notre cœur en un rayon de soleil. »

Ce rayon de soleil, Christian Bobin l’avait perçu pour la première fois le 24 avril 1951, au Creusot (Saône-et-Loire). Elle s’était imprimée en lui de manière irréversible, réchauffant cette ville industrielle, « berceau d’acier »marquée par des conditions de travail difficiles et des inégalités sociales. « Je n’ai jamais vu le paradis que contre l’enfer, en contrepoint, contre la chanson »il a noté dans Les différentes régions du ciel.

Une soif de justice

Plutôt que de massacrer violemment un ordre social injuste, Christian Bobin avait refusé d’y consentir. Il avait pris le chemin des mots comme d’autres prennent la mer, pour montrer qu’une autre vie est possible, loin des fausses grandeurs. « Il est temps de remettre au centre névralgique de notre société ceux qui servent la vie, ceux qui raccommodent sans cesse le tissu de la vie », il a confié à La Croixen 2017. « Tout cela peut se faire sans violence, il ajouta. Tout simplement parce qu’on marquerait un profond désintérêt pour ceux qui désapprouvent les budgets et les graphismes. »

Christian Bobin est entré dans l’écriture comme d’autres choisissent la vie monastique, avec conviction et zèle, simplicité et authenticité. Après des études de philosophie, il avait travaillé un temps pour la bibliothèque municipale d’Autun, l’Écomusée du Creusot, puis comme rédacteur à la revue Environnements.

Après avoir publié ses premiers textes avec Brandes et Fata Morgana dans les années 1970, il publie La pièce manquante en 1989 chez Gallimard, exprimant par une écriture modeste les thèmes qui resteront les siens : l’attention à la vie, la quête de l’amour, l’errance des humains, leur endurance, leur espoir…

« Entendre enfin la voix aimante du Christ »

Cette espérance, Christian Bobin ne cachait pas qu’elle s’enracinait pour lui dans l’Evangile. En 1992, Le très bas, sur François d’Assise, avait apporté un souffle nouveau à l’édition religieuse. Il s’y fait l’apôtre de la simplicité évangélique et d’un christianisme qui prend au sérieux l’annonce du Christ qui « Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers » (Matthieu 20.16).

Sous sa plume, la foi chrétienne retrouve fraîcheur et douceur, mais aussi force révolutionnaire et salvatrice. « Nous sommes, comme toujours, à l’époque biblique. Les âmes fondent sous le soleil de la cupidité. L’argent remplace les yeux. C’est maintenant que tout est perdu que nous avons la chance d’entendre enfin la voix aimante du Christ.il a confié à La Croix.

Au fil des années, Christian Bobin s’était davantage préoccupé de l’évolution de la société contemporaine, craignant son matérialisme, son efficacité brutale, sa rapidité – « un grand diable » , auquel il préférait le rythme régulier des saisons. Il l’oppose à une autre façon d’être, plus proche de la nature, fuyant la notoriété pour la solitude, préférant l’écriture au feutre à l’ordinateur, choyant la présence des livres, dont il partage l’amour avec sa compagne. , la poétesse Lydie Dattas.

Dans une société trop bavarde et impulsive à ses yeux, Christian Bobin cultive le silence, la retenue et la joie, dans une attitude vraiment franciscaine. Il choisissait ses mots, comme on compose soigneusement un bouquet. « Ecrire est un art aussi fragile que vivre. Une bagatelle les déforme. »



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