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Migrants.  Cinq choses à savoir sur l’Ocean Viking

L’Europe fait face à une nouvelle crise migratoire, se rapprochant des niveaux atteints en 2015 et 2016, au plus fort de la guerre en Syrie. Une fois de plus, les navires de sauvetage de migrants en Méditerranée sont au cœur de l’actualité. Parmi eux, l’Ocean Viking, que l’Italie a refusé et qui fait route vers les côtes françaises.

Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a finalement annoncé jeudi que le navire serait accueilli à Toulon, mais que seul un tiers des migrants à bord seraient accueillis en France.

Qu’est-ce que l’Ocean Viking ?

L’Ocean Viking est le navire battant pavillon norvégien de l’ONG SOS Méditerranée. Elle mène des opérations de sauvetage des migrants en mer avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge.

Il est au cœur de l’actualité ces derniers jours, entre la passe d’armes qui oppose l’Italie, la France, l’Union européenne et l’ONU sur son sort. Les autres navires récupérant les migrants perdus en Méditerranée ont pu accoster en Italie.

L’Ocean Viking est aussi au coeur de la polémique née à l’Assemblée nationale la semaine dernière, lorsqu’un député RN a lancé « qu’ils retournent en Afrique ».

Ce navire, construit en 1986, était à l’origine utilisé par les industriels des hydrocarbures pour effectuer des missions d’assistance en mer du Nord. Depuis 2019, il succède à l’Aquarius, utilisé de 2016 à 2018 par l’ONG SOS Méditerranée. En juin, elle revendiquait le sauvetage en mer de plus de 35 000 personnes en six ans.

Équipé de trois canots de sauvetage, l’Ocean Viking est mieux adapté à sa mission que les autres navires précédemment utilisés. Il dispose d’un espace médical, d’espaces séparés pour le repos, la lessive, mais aussi d’une petite morgue réfrigérée.

Une passerelle offrant une vue à 360° et équipée d’un radar facilite les opérations de secours. Le navire peut également accueillir un hélicoptère pour les évacuations d’urgence.

Côté équipage, chacune des missions du navire embarque une vingtaine de personnes : un coordinateur, son assistant, 11 secouristes et une équipe médicale d’une dizaine de personnes.

Où est le bateau ?

L’Ocean Viking est en mer depuis la mi-octobre. Trois autres ont pu débarquer en Italie, au grand dam de la Première ministre Giorgia Meloni qui, en campagne, avait promis un « blocus ». Mais pas l’Ocean Viking qui, sans réponse de l’Italie, a quitté les eaux siciliennes pour se diriger vers la France. Ce jeudi midi, il navigue au large de la Corse, le long de la côte Est.

Il accostera enfin à Toulon ce vendredi. La France a, en vain, exhorté le gouvernement italien à respecter le droit maritime : en principe, c’est le port sûr le plus proche qui doit accueillir le bateau.

Nous n’avons pas d’autres solutions, pour le moment, sans réponse de l’Italie, pour aller en France

François Thomas, Président de SOS Méditerranée

Mardi soir, Giorgia Meloni avait « remercié la France » qui, selon elle, avait accepté d’accueillir l’Ocean Viking. En réponse, Paris a d’abord dénoncé « le comportement inacceptable » de l’Italie, « contraire au droit de la mer et à l’esprit de solidarité européenne ». Avant de concéder, jeudi, l’accostage à Toulon.

L’exécutif corse a annoncé mardi soir qu’il était prêt à accueillir le navire, un position « dictée par le devoir d’humanité et d’urgence » :

Je ne peux pas détourner le regard et prétendre que ça n’existe pas

Gilles Simeoni, Président du Conseil Exécutif de Corse

Le maire de Marseille Benoît Payan a également déclaré mercredi « que c’était un honneur pour la France de les accueillir ».

Quelle est la situation à bord ?

La situation est de plus en plus critique après 19 jours de mer. Ce jeudi, trois passagers et un accompagnateur ont été évacués en urgence vers Bastia pour raison médicale. Un hélicoptère de l’armée de l’air avec une équipe médicale a pris en charge ces personnes « dans un état de santé grave et nécessitant des soins hospitaliers », selon l’ONG.

L’un des patients est instable et ne répond pas aux soins à bord. Les deux autres, blessés en Libye, […] sont maintenant susceptibles d’avoir des conséquences négatives à long terme

SOS Méditerranée

Selon un porte-parole de l’ONG, de nombreux migrants bloqués à bord depuis parfois trois semaines souffrent de problèmes respiratoires dus au froid et à l’humidité, auxquels s’ajoutent épuisement et détresse psychologique intense.

Parmi les 231 migrants encore à bord, 52 mineurs dont un bébé de trois mois. Plusieurs présentent « des signes de torture, de violences et d’abus sexuels en raison de leur séjour en Libye », selon l’ONG, qui rappelle également que la nourriture s’épuise.

Les services médicaux signalent des personnes dans un état de « santé physique et mentale qui se détériore considérablement des femmes, des enfants et des hommes bloqués ».

La France a-t-elle déjà accueilli un tel navire ?

Jamais : à ce jour, aucun bateau de sauvetage en mer Méditerranée n’a débarqué un seul migrant dans un port français. Pour des raisons géographiques, d’abord, mais aussi politiques, plus que jamais.

Les pays les plus « conformes » aux règles du droit maritime international font de l’Italie, de l’Espagne ou encore de Malte les destinations les plus logiques, comme le souligne sur France Info la spécialiste des migrations internationales Catherine Wihtol de Wenden : « La plupart des traversées se font entre la Libye et l’Italie ou entre le Maroc ». et l’Espagne. La France n’est pas sur la ligne directe de ces arrivées. »

Sous pression et face à l’urgence – voire à la contrainte politique – la France s’est déjà prononcée, tardivement, en faveur de tels débarquements. Mais les navires avaient finalement accosté en Espagne, comme l’Aquarius en 2018, ou en Italie.

Seule exception notable mais ancienne : le débarquement « sauvage » de 900 réfugiés kurdes en 2001 lors de l’échouement de la mer de l’Est à Saint-Raphaël (Var), un vraquier rouillé.

Si l’Ocean Viking finit par accoster à Toulon, ce sera une première.

Et les autres navires ?

Ces dernières semaines, un millier de migrants secourus en Méditerranée se trouvaient à bord de quatre navires affrétés par plusieurs ONG. L’Ocean Viking a été le dernier à ne pas trouver de solution jusqu’à l’annonce de son arrivée à Toulon.

Mardi matin, le « Rise Above » de l’ONG allemande Lifeline a pu débarquer 89 migrants en Calabre, après une première évacuation sanitaire de six migrants.

Le navire battant pavillon allemand Humanity 1, de l’ONG SOS Humanity, a été autorisé à débarquer 144 personnes, principalement des femmes et des mineurs, à Catane (Sicile). L’Italie avait d’abord refusé d’accueillir 35 hommes adultes, avant de se résoudre à le faire.

Enfin, le Geo Barents, affrété par l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) et battant pavillon norvégien, a également été accueilli dans la Marmite de Catane. A bord, 357 personnes ont accosté dimanche soir à Catane : là encore, le gouvernement italien a tenté de refuser les 215 hommes majeurs, avant de céder.

Les débarquements sélectifs, que l’Italie a tenté d’imposer, sont « incompatibles avec le droit humanitaire et maritime », a rappelé SOS Méditerranée – qui rappelle que cela revient à séparer des familles entières.

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