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Marine Tondelier : « Pendant cinq ans, Marine Le Pen a été une députée fantôme »

Pour la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), certains combats pour les législatives de juin sont des plus emblématiques. C’est le cas du côté d’Hénin-Beaumont, où Marine Tondelier (EELV) affrontera pour la troisième fois la candidate du RN, Marine Le Pen. En 2017, ces derniers avaient rassemblé 46 % au premier tour, et la gauche, dispersée, avait été disqualifiée. Cinq ans plus tard, le scénario est sensiblement différent : « J’ai toujours porté l’union, et là c’est l’union qui me portera », se réjouit l’écologiste.

Vous avez été investi par le Nupes dans une circonscription hautement symbolique puisque vous affronterez Marine Le Pen. Comment abordez-vous cette campagne ?

Depuis cinq ans, on a un député fantôme vu à la télévision mais très absent localement, sauf lors de campagnes ou de quelques commémorations. Nous avons besoin d’un député pour de vrai. Notre territoire n’est pas à court de batailles : les rénovations des cités minières promises par l’État n’avancent pas ; les pollutions graves, notamment sur l’ancien site de Metaleurop, ont des conséquences financières et sanitaires et posent un problème de reconversion… Ces quelques exemples montrent la nécessité d’un député qui défende les intérêts des habitants et travaille de concert avec les élus. L’alliance inédite et historique de la gauche apporte beaucoup d’espoir. L’enjeu maintenant est qu’il ne s’agit pas seulement d’une succession de logos sur papier. Nous allons mettre en place une assemblée populaire de circonscription qui se réunira tous les mercredis pour que les idées et les besoins puissent s’exprimer et se traduire en actes. Ce travail ne s’arrêtera pas au soir du second tour mais se poursuivra tout au long du mandat, pour faire ce que Marine Le Pen ne fait pas.

Le RN s’est emparé de la question du pouvoir d’achat. Que lui opposez-vous ?

Ce sujet touche beaucoup de monde ici. La question est, qu’a fait Marine Le Pen pour nous pendant cinq ans ? La réponse : rien. A l’Assemblée, elle n’a pas réussi à contrer quoi que ce soit ni à faire aboutir une idée, heureusement d’ailleurs. Et localement, son mandat n’a apporté ni changement pour les habitants ni lien avec la circonscription. Après l’avoir battu à la présidentielle, il faut désormais combattre la politique d’Emmanuel Macron : alors que le RN n’aura au mieux que 30 à 40 députés, le seul vote utile pour cela aux législatives est celui du Nupes avec son troisième -dynamique ronde. Et nous mettrons en place dès les élus le Smic à 1 500 euros net, le blocage des tarifs et la retraite à 60 sans décote.

En tant qu’opposant dans une commune RN, vous avez dû composer avec ses modalités d’exercice du pouvoir. Comment réagissez-vous à la progression de l’extrême droite à l’élection présidentielle ?

J’ai été très soulagé qu’ils aient échoué au second tour, et il faudra tout faire pour qu’il en soit de même en 2027. Car j’habite, à petite échelle, à Hénin-Beaumont ce qui donne l’exercice du pouvoir par les Rassemblement national avec un rejet de l’altérité et un sentiment de toute-puissance. Tant que vous ne vous opposez pas de front, tout va bien. Mais sous l’air d’ouverture qu’ils se donnent, ils se sentent autorisés à opposer à ceux qui leur résistent un rouleau compresseur d’intimidation et d’invectives. Le but est à la fois d’essayer de nous faire craquer mais aussi d’en faire un exemple dissuasif. Quand on voit de quoi ils sont capables avec les petits outils d’une ville de 27 000 habitants, on se dit qu’avec les moyens d’une région et a fortiori de l’Etat, ce serait terrible.

Certaines propositions du Nupes, comme la désobéissance aux règles européennes, font grincer des dents une partie du PS, mais aussi certains écologistes ou anciens d’EELV. La rupture est-elle consommée ?

Tout d’abord, ces personnes ne se considèrent pas toutes comme étant de gauche, ou ne sont pas toutes considérées comme étant de gauche. La vérité est que nous avons fait en quelques jours ce qui n’avait pas été fait en plusieurs années. Évidemment, nous ne sommes pas d’accord sur tout, sinon nous serions dans le même parti. Sur l’Europe, il n’aura échappé à personne que notre ligne n’est pas exactement celle des insoumis, et ce sera le débat aux élections européennes. Le terme de désobéissance a fait beaucoup réagir, mais la France désobéit déjà à l’Europe. Par exemple, sur la qualité de l’air, il ne respecte pas les seuils réglementaires fixés par les directives. Il en va de même pour la sacro-sainte règle d’austérité, dont du coup, pendant le Covid, les pays ont pu se passer. Nous sommes profondément favorables à la construction européenne, mais cela ne veut pas dire que cette Union européenne nous convienne parfaitement. Nous voulons y rester, mais le changer.

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