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Liberté de la presse. « La mort, le quotidien des journalistes palestiniens »

Ramallah (territoires palestiniens occupés), envoyé spécial.

Les journalistes palestiniens paient un lourd tribut pour la liberté de la presse. Blessés, tués, ils et elles continuent de témoigner de ce qui se passe dans les territoires occupés. Il n’y a aucun domaine où nos sœurs et frères de Palestine peuvent travailler en toute sécurité. Pour preuve, l’assassinat, le 11 mai, de Shireen Abou Akleh, journaliste américano-palestinienne de renom pour la chaîne Al Jazeera, tuée par l’armée israélienne alors qu’elle couvrait une opération militaire à Jénine, en Cisjordanie.

Comment décririez-vous la situation des journalistes palestiniens ?

Les journalistes palestiniens subissent régulièrement les attaques des Israéliens. Depuis 2000, selon nos sources, 50 journalistes ont été tués par l’armée israélienne. Ce qui fait plus de 2 morts par an, ce qui est énorme. C’est un véritable crime, peut-être le plus important contre les journalistes du monde entier. Le syndicat a publié plusieurs rapports sur ces crimes et attentats perpétrés par les Israéliens. De 2013 à juin 2022, on a dénombré pas moins de 7 400 attaques contre des journalistes.

Selon une fondation basée aux États-Unis, les Israéliens sont les principaux prédateurs de journalistes au monde. Je ne pense pas qu’il y ait un pays au monde où les journalistes souffrent autant que les professionnels palestiniens. Quand je dis que nous sommes sous le feu de l’armée israélienne, ce n’est pas une image. C’est malheureusement la réalité. Ils nous ciblent quotidiennement. Ils ne veulent pas que le monde soit témoin de leurs crimes, mais ils ne veulent pas non plus que la lutte du peuple palestinien contre l’occupation soit montrée.

En fait, ce que les Israéliens recherchent, ce qu’ils veulent – ​​et c’est pourquoi ils se comportent ainsi – c’est que seule leur propre version de l’histoire existe. On peut dire que par le passé, ils y étaient parvenus. Mais aujourd’hui ce n’est plus pareil. Il y a les nouveaux médias, les réseaux sociaux. Ils ne peuvent donc plus imposer leurs propos et leurs images au monde. C’est pourquoi ils ciblent les journalistes. Pour tuer la vérité sur ce qui se passe sur le terrain et faire en sorte qu’il n’y ait qu’une seule histoire qui parvienne au monde, la leur.

Est-ce aussi valable pour les réseaux sociaux ?

Bien sûr, l’occupant israélien n’oublie pas de s’occuper des réseaux sociaux et essaie de contrôler en permanence ce qui est affiché. Ce qui est écrit et diffusé sur Facebook ou Instagram, par exemple, les inquiète particulièrement. Récemment, nous avons reçu des plaintes de trois journalistes dont les comptes sur les réseaux sociaux ont été fermés. On considère qu’il y a une connaissance entre le gouvernement israélien et les dirigeants de Facebook, mais aussi ceux des autres réseaux sociaux.

Pensez-vous que ces attaques se sont aggravées au cours des quinze dernières années ?

Sans aucun doute, oui. La responsabilité incombe au gouvernement israélien, aux premiers ministres et aux chefs de l’armée et à ce qu’ils appellent les forces de sécurité. Sur le terrain, il ne faut pas croire que les militaires font ce qu’ils veulent et qu’il s’agirait en quelque sorte d’actes isolés lorsqu’ils tuent ou blessent un journaliste. En réalité – et je ne dis pas cela pour disculper les militaires – ils obéissent aux ordres qui leur sont donnés et aux décisions politiques.

Comment votre syndicat peut-il agir face à ce pouvoir ?

Nous travaillons avec la Fédération internationale des journalistes (FIJ) pour mettre fin à l’impunité israélienne dans ses attaques contre les journalistes palestiniens. Avec la FIJ, nous avons ainsi accès à la Cour Pénale Internationale (CPI). Nous espérons qu’une enquête sera ouverte et qu’une enquête pourra avoir lieu, notamment dans le cadre de l’assassinat, à Jénine, de Shireen Abou Akleh, la journaliste d’Al Jazeera, mais, plus largement, de tous les cas qui nous concernent. Nous attendons la réponse du procureur de la CPI, Karim Khan, et le procès des meurtriers et des commanditaires. Les journalistes palestiniens doivent être protégés. Un jugement de la CPI sera un symbole de la fin de l’impunité pour quiconque dans le monde attaque des journalistes. Nous savons que les journalistes sont avec nous. Ils sont du côté de la justice et de la vérité.

Devez-vous également traiter avec l’Autorité palestinienne ?

C’est un autre problème qui, d’ailleurs, ne concerne pas que l’Autorité palestinienne. Nous publions chaque année un rapport sur la situation en Palestine. Il se compose de trois sections. Le premier traite des crimes les plus importants dont les Israéliens sont responsables. Ils nous tuent, nous blessent et détruisent nos locaux. L’année dernière, trois bâtiments abritant des bureaux de journalistes à Gaza ont subi des frappes aériennes.

En outre, il y a des violations par le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Nous ne laissons passer aucune violation du droit des journalistes à faire leur travail. Nous interpellons le Hamas ou l’Autorité en leur rappelant qu’ils doivent respecter la loi, la liberté d’expression et la liberté de la presse. Mais, honnêtement, ces violations n’ont rien à voir avec ce que les Israéliens nous font subir. Avec eux, nous craignons pour nos vies.

Quel impact cette violence israélienne a-t-elle sur le travail des journalistes palestiniens ?

Ces crimes nous donnent encore plus de détermination à continuer notre travail même s’il est difficile. Nous sommes des professionnels, nous couvrons la réalité. Les journalistes palestiniens sont des reporters de guerre, ils collaborent avec de nombreuses agences internationales. Malheureusement, nous sommes habitués à faire face à des situations difficiles et terribles, mais nous le faisons de manière professionnelle.

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