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Les métiers du bois, du lycée professionnel à la Villa Médicis


Rome (Italie)

De notre envoyé spécial

Sur les 280 jeunes, beaucoup n’étaient jamais allés à l’étranger auparavant. Certains n’avaient même jamais franchi les frontières de la Nouvelle-Aquitaine… Les voici pourtant plutôt à l’aise, éblouis et flattés par l’accueil presque princier qui leur est réservé, pendant une semaine, dans le cadre Renaissance de la Villa Médicis, où les plus grands les artistes se succèdent depuis deux siècles (Ingres, Berlioz, Debussy, Balthus…).

« Plus qu’un voyage scolaire, ce séjour est le point d’orgue de Résidence Pro, une initiative inédite qui mobilise depuis un an les équipes et les élèves de 15 lycées professionnels »déroule Frédéric Chaboche, directeur du Campus Métiers Forêt-Bois de Nouvelle-Aquitaine. « Notre approche est basée sur une pédagogie de projet, parfaitement adaptée à nos jeunes, qui ont parfois du mal avec une approche trop académique. » Au cœur du projet, soutenu notamment par le conseil régional et la région universitaire, se trouve une série de chefs-d’œuvre collectifs mettant en valeur la filière bois, tout en faisant écho au patrimoine romain.

Ce soir, dans les jardins de la villa où paons et perruches donnent la parole, les classes de CAP, bac pro et autres BTS dévoilent leurs projets, vidéos à l’appui. Leurs représentants ont peut-être bénéficié, le matin même, d’un atelier d’éloquence, mais il n’est pas facile de parler. Mais, dans ce public composé d’adolescents habituellement prompts à se mettre au lit, la bienveillance est sans faille.

Il faut dire que les chefs-d’œuvre présentés forcent l’admiration, comme cette mini-maison montée sur roulettes et dotée d’une ouverture pour servir de scène itinérante, ou ce banc couvert prolongé par une grande charpente, à placer au centre-ville, à Rome. ou ailleurs, « apprécier un monument comme un tableau ».

Ces réalisations, qui seront réunies en octobre 2023 lors d’un salon dédié au bois, à Bordeaux, n’ont malheureusement pas fait le déplacement à Rome. A une exception près : le pavillon en bois de 300 m2 qui accueille la cérémonie. Un chapiteau surmonté d’un dôme gonflable de 9 mètres de haut, inspiré du Panthéon et de la Basilique Saint-Pierre.

Conçue par les élèves du lycée Haroun-Tazieff, à Saint-Paul-lès-Dax (Landes), avec l’aide de deux architectes anciens pensionnaires de la villa, cette structure a été réalisée et assemblée « de toutes pièces » dans les établissement. , avant de rejoindre l’Italie. Cette étonnante installation sera présentée lors du Festival des Cabanes, prochainement organisé par la Villa Médicis. Une décision qui reflète la philosophie de Résidence Pro : mettre à l’honneur des formations trop souvent discréditées, choisies par défaut.

Amélie, l’une des rares filles de cet univers très masculin, avait d’abord emprunté la voie générale, « avec l’idée de devenir architecte ». Mais une dépression la rattrape, et avec elle des difficultés à suivre les cours. « J’ai été obligé de passer professionnel. »

Au pied du mur, elle repensa à son défunt grand-père, menuisier, qu’elle assistait parfois très jeune… Qu’aime-t-elle dans son bac professionnel menuiserie ? Mise en œuvre « Très spécifique » l’apprentissage, notamment en mathématiques. Et « stages en entreprise »glisse cet élève du lycée de Sillac, à Angoulême (Charente).

Tresses nouées sur le crâne, tatouage dans le cou, Quentin, lui aussi en première, a quitté la voie générale avant même la fin du collège, pour suivre une troisième découverte des métiers. Il s’initie à la mécanique, la carrosserie, la chaudronnerie, avant de jeter son dévolu sur l’ébénisterie, domaine dans lequel il a depuis obtenu un CAP, avant de se lancer dans un brevet d’artisanat.

« Je travaille avec mes mains. J’ai la satisfaction de voir les travaux avancer petit à petit, jusqu’à la dernière couche de vernis »confie cet élève du lycée Lavoisier de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). « On redresse, on rabote, on donne une seconde vie au bois », ajoute un de ses camarades, Alexandre, en terminale. Il rêve d’être charpentier à bord des navires et d’apporter ainsi cette matière première « du brut au luxe ».

Tous deux sont intarissables sur leur chef-d’œuvre, une bibliothèque rétro-éclairée, à caissons coulissants. Un meuble dont la forme fait écho à celles des arcs romans. « Une arche de bibliothèque comme le passage de l’antiquité classique au monde moderne »résume Quentin. « On a même utilisé du basalte, pour rappeler l’aspect de ces constructions », vante Alexandre.

Au cours d’une balade entre pins et cyprès, toute la classe s’élance sur un tronçon bucolique de la Via Appia, route pavée construite au IVe siècle avant J.-C., pour découvrir les célèbres arches qu’elle n’a jusqu’ici vues qu’en photos. Avec une seule consigne : dessiner ces vestiges archéologiques écrasés par la lumière.

A une demi-heure de taxi de là, dans un quartier résidentiel, une autre classe, également en route à la rencontre de sa source d’inspiration, s’engouffre dans un ancien garage transformé en atelier d’artiste, recouvert d’une épaisse couche de poussière de bois. Ces élèves du lycée agricole et forestier de Sabres (Landes) ont rendez-vous avec Andrea Gandini. Le Romain, la jeune vingtaine, s’est forgé une réputation de street artiste écologiste en sculptant des personnages dans les souches d’arbres abattus par les services municipaux.

Si cet animateur est bombardé de questions aujourd’hui, c’est que sa démarche a donné des idées à des lycéens des Landes. Qui ont reconstitué un fragment du Colisée à partir de deux énormes rondins de chêne, une réalisation collective qui compte pour leur baccalauréat. « Relever ce défi en équipe offrait l’opportunité d’aborder le bois sous un angle créatif, et pas seulement productif »salue Camille Bordier, enseignante en éducation socioculturelle.

Décloisonner… C’est aussi ce que fait Samir Boumediene, pensionnaire de la Villa Médicis, lorsqu’il rencontre, le lendemain matin, une partie des lycéens en résidence. « Le terme grec tekhné fait référence à la fois à l’art et à l’artisanat, se souvient l’historien. Et la question de la beauté est aussi au cœur de l’artisanat. »

A ses côtés, un autre pensionnaire, le génial touche-à-tout Charlie Aubry. Cette artiste plasticienne, vidéaste, musicienne, hacker d’ordinateurs et d’objets électroniques recyclés montre aux élèves à quel point l’art se rapproche parfois du bricolage, combien il a besoin« l’intelligence manuelle ».

Et quand le compositeur catalan Hèctor Parra projette un extrait de son opéra Sauvagec’est aussi montrer l’immense structure en bois, haute de trois étages, sur laquelle évoluent les chanteurs. « Pour chaque spectacle, nous avons besoin de 300 personnes, y compris pour faire les décors. N’ayez pas peur ! L’opéra n’a rien d’élitiste ! », exhorte-t-il. De quoi ouvrir des horizons. « Alors, je pourrais devenir décorateur dans un opéra ? », demande un futur bachelier en menuiserie.

« Pour la Villa Médicis, Résidence Pro s’inscrit dans une volonté d’ouverture à d’autres publics, plus en prise avec les territoires français »commente son réalisateur Sam Stourdzé, bien décidé à poursuivre l’aventure. « L’objectif est d’accueillir l’an prochain 1 200 élèves de la filière professionnelle pour une résidence d’une semaine, en partenariat avec quatre régions. »

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