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Les exilés de « Salina », qui a toujours revendiqué la liberté

Avignon, envoyé spécial

Abandonnée sur la plage par un cavalier inconnu, la petite fille pleure les larmes de son corps. Le spray arrose ses couches. Le soleil brûle sa peau fine et claire, et un troupeau d’hyènes approche. Mais le soir venu, le bébé a résisté, il pleure encore et pleure de faim. Ainsi, dans la tribu Djimba, Mamambala se lève et vient chercher l’enfant. Elle sera sa fille adoptive, portera le nom de Salina, en hommage à la mer. Ainsi commence le dixième roman de Laurent Gaudé, paru en 2018, récompensé par plusieurs prix l’année suivante. « C’est un de mes textes où je me suis montré le plus déraisonnable : une quinzaine de personnages, une histoire en trois parties… On est au top. Je n’ai cessé de penser à une phrase de Vitez qui disait : « l’œuvre dramatique est une énigme que le théâtre doit résoudre », disait-il.

La Compagnie des Apicoles, qui depuis plusieurs années a choisi de créer toutes les œuvres de Gaudé, a relevé le défi. Sur scène, Bruno Bernardin et Khadija El Mahdi, qui signent la mise en scène, sont avec Chantal Gallier, Célia Idir, Lahcen Razzougui et Giovanni Vitello ces femmes et ces hommes, qui défendent leur honneur et leurs traditions, dans un combat incessant entre l’antiquité des comportements et de la modernité. Ainsi Salina, mariée de force au sale et violent Saro Djimba, alors qu’elle est amoureuse de Kano, ne cesse de revendiquer la liberté d’aimer et d’épouser qui elle veut. Khaya, mère de Saro (l’aîné) et de Kano ne se laisse pas abattre. Mais Mamambala, en signe de désespoir et de réprobation, préfère se suicider à l’annonce du mariage forcé.

Présentée ici en plein air dès la nuit tombée, dans une simplicité de décor, avec quelques toiles tendues et costumes de Judikaël Loucif, Salina prend une force mystérieuse et poétique qui ravit même les cigales blotties dans les arbres majestueux qui abritent le terrain de jeux. Trois fois condamnée à l’exil, Salina demandera justice jusqu’au dernier jour. Lorsque son mari, Saro, qui l’a violée pour en faire un fils, est blessé au combat, elle ne l’aide pas. Peut-être qu’elle aurait pu le sauver. Mais elle préfère ne pas se renier et affronter la solitude du désert, l’exil et le bannissement. Elle dissimulera même les vertèbres du défunt afin que Khaya ne puisse achever son rituel funéraire. Aujourd’hui, le corps de Salina, une fille puis une femme aux origines inconnues, entrera dans le cimetière, porté par son fils adoptif Malaka, conteur de cette épopée sombre et lumineuse à la fois.

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