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Les congrégations religieuses coûtent des réparations pour agression sexuelle

Six mois après la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), le dispositif d’accueil des victimes recherchées par la Conférence des religieux de France (Corref) est opérationnel. Cinq mois après sa création, la Commission reconnaissance et réparation (CRR), présidée par le magistrat honoraire Antoine Garapon, tire les premiers enseignements de quelque 300 dossiers enregistrés.

Dans un document révélé par l’Agence France-Presse, la CRR a établi un barème de compensation financière selon sept paliers allant de 5 000 € à 60 000 €. Selon cette lettre signée par Antoine Garapon, la méthode « combine une description objective de la violence » – nature des actes, durée, fréquence – et « évaluation des conséquences » – le degré d’impact des violences sexuelles sur la vie personnelle, affective, familiale, sociale, professionnelle et spirituelle dont témoigne la victime. « Ces montants ne sont pas arbitraires mais directement inspirés des sommes allouées par la justice française en réparation de souffrances et d’atteintes à la dignité », précise encore ce document adressé aux responsables d’instituts et de congrégations.

L’Autorité nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), chargée par la Conférence des évêques de France (CEF) d’indemniser les mineurs victimes d’agressions dans le cadre diocésain ou paroissial par des prêtres ou des laïcs, devra en tenir compte. Elle n’a pas encore établi ses critères : « Il serait difficile pour les victimes de ne pas avoir accès aux mêmes types de reconnaissance et de réparation », a toutefois déclaré la présidente de l’Inirr, Marie Derain de Vaucresson, lors de l’Assemblée des évêques à Lourdes la semaine dernière.

Selon le dispositif décidé par la Corref, la CRR accompagne les victimes, mineurs ou majeurs vulnérables, tandis que la charge financière est supportée par l’institut dont dépend l’agresseur. « C’est une dette de justice qui engage, dit Antoine Garapon. Payer cette somme poussera la congrégation à faire des choix, retarder peut-être des travaux ou un investissement, et se trouvera un peu amoindrie dans son pouvoir. Être capable de mettre de l’argent dans montre la détermination à sortir de la maltraitance, mais l’argent sans paroles serait insuffisant. »Un dialogue s’engage alors entre les provinciaux et supérieurs majeurs et les victimes parfois réunies devant une congrégation : « Lorsque les victimes se réunissent pour demander des informations, cela favorise un dialogue plus équilibré », reconnaît Antoine Garapon.

A cette implication des instituts dans la réparation des dérives s’ajoute la réflexion des groupes de travail mis en place par la Corref en novembre dernier, et coordonnés par Frédéric Mounier (ancien journaliste pour La Croix). A ce jour, il y a 24 805 religieux et religieuses en France. Moines et moniales, moniales et religieuses apostoliques, c’est-à-dire engagées dans le monde pour l’éducation, les soins, le service, elles étaient encore 66 462 en 2000. Une évolution qui conduit à une recomposition démographique et géographique de ces congrégations et instituts, dont les forces vives sont souvent hors de France. « Le travail des groupes est marqué par la situation : ils réfléchissent de manière très concrète sur ce qu’est la vie religieuse au 21et siècle « , note Frédéric Mounier. Une (ré)interrogation sur la vocation des instituts, même des plus anciennes congrégations.

C’est aussi l’objet du groupe « traditions religieuses » animé par le jésuite Patrick Goujon, et aussi celui piloté par la sœur dominicaine Anne Lécu intitulé « Mauvais arbres, bons fruits » dans certaines communautés plus récentes. La religieuse auxiliaire Isabelle Le Bourgeois animera le groupe « discernement et vocation », tandis que Pierre-Yves Pecqueux, prêtre eudiste, accompagnera le groupe « partage de bonnes pratiques ». Enfin, le groupe sur la gouvernance est placé sous la responsabilité du bénédictin Achille Mestre. Ce sont des enjeux très concrets qui occupent les groupes, avec des questions comme « Peut-on juger un membre de la province avec impartialité ? », ou alors « Que signifie le vœu d’obéissance au XXIet siècle ? ». Aux premières rencontres, retient Frédéric Mounier, « ce sont des occasions uniques de se parler, de découverte réciproque, de partage d’expériences entre différentes spiritualités, souvent confrontées aux mêmes difficultés ».

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