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Le Prix Louis-Delluc décerné à « Onoda », une fresque humaniste sur l’histoire vraie et incroyable d’un soldat japonais

Le réalisateur Arthur Harari a remporté mercredi 12 janvier le Prix Louis-Delluc pour son film Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, fresque humaniste sur la folie d’un soldat japonais. Le réalisateur, né en 1981, succède au documentariste Sébastien Lifshitz, qui a remporté l’an dernier, le président de ce prix, l’un des plus prestigieux du cinéma français, a indiqué à l’AFP Gilles Jacob.

Dans son film, Arthur Harari dresse en près de trois heures le portrait d’un soldat japonais qui ne voulait ni la paix ni la mort, et qui continua à se battre trente ans après la Seconde Guerre mondiale. Composé d’une vingtaine de critiques et de personnalités, présidé par l’ancien président du Festival de Cannes, le jury du Prix Louis-Delluc a également décerné, dans la première catégorie film, Vers la bataille, par Aurélien Vernhes-Lermusiaux.

Tourné au Cambodge et en japonais, Onoda avait été projeté à Cannes en ouverture de la section « Un certain regard » mais il était reparti bredouille de la quinzaine cannoise. Sorti en pleine crise sanitaire, il n’a fait que 45 512 salles. Son projet par le prix Louis-Delluc est un grand prix de consolation pour un film salué par la critique, et le jury a également annoncé vouloir qu’une nouvelle sortie en salles soit organisée.

Onoda et son réalisateur, dont c’est le deuxième film après Diamant noir (2016), remportée face à des cinéastes confirmés également en lice (Valérie Lemercier pour Une ligne, Arnaud Desplechin pour Tromperie, Bruno Dumont pour La France…). « C’est un film époustouflant qui rassemble des qualités exceptionnelles de création, de fabrication ou de production. Le sujet en lui-même est ahurissant avec ce soldat qui ne comprend pas que la guerre est finie », a souligné Gilles Jacob, dans le salon de l’hôtel Fouquet’s où se déroulaient les délibérations.

« La mise en scène, pour un deuxième film, est fulgurante, avec une maîtrise du cinéma assez rare. (…) C’est un film sur la solitude et la peur que l’on ressent (…) avec la sueur, la peau et larmes. Le gagnant a été choisi à la quasi-unanimité, ce qui n’est pas fréquent « , il ajouta.

Avec ce deuxième long métrage, le réalisateur revient sur la vie de Hiro Onoda, figure emblématique de l’histoire japonaise, qui, en s’exilant pendant près de trente ans dans la jungle des Philippines, refusa la capitulation japonaise de 1945. et odyssée intérieure d’un perdant de la Seconde Guerre mondiale qui a préféré le déni à la réalité, emmenant avec lui plusieurs camarades d’infortune, mais aussi une fresque historique sur la folie d’un soldat.

Héros ou anti-héros ? Le film ne sort pas du lot, même si c’est justement cette ambivalence qui a séduit le réalisateur. « Je n’arrivais pas à me prononcer sur son courage ou son manque de courage. Je pense qu’il est autant un lâche qu’un homme courageux. C’est ce qui m’a intéressé dans cette histoire, c’est la dimension contradictoire », a-t-il expliqué à Cannes. « Quand j’ai découvert cette histoire, elle m’a tout de suite fascinée. Je pense que c’était la question, en quelque sorte, de refuser d’accepter la réalité telle qu’elle est qui m’a sauté aux yeux. «  Un destin extraordinaire « qui dépasse les questions strictement morales ». « C’est moralement compliqué de juger mais c’est humainement intéressant », il ajouta.

Très travaillée avec ses longs travellings, la mise en scène parvient à souligner le mystère d’un être difficile à cerner mais dont l’entêtement a tout d’une quête mystique. Le tournage de cette production internationale, qui s’est fait en japonais, a aussi été un défi pour Arthur Harari, qui ne parle pas la langue.



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