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«Le jour le plus sanglant du Canada» de la Seconde Guerre mondiale, 80 ans plus tard

Le Canada est l’un des nombreux pays alliés négligés qui ont contribué à inverser le cours de la Seconde Guerre mondiale à partir de l’automne 1942. Bien que le raid de Dieppe mené par les Canadiens cette année-là ait finalement échoué, les Alliés ont tiré d’importantes leçons qui ont ensuite contribué à assurer le succès du débarquement en Normandie le jour J. FRANCE 24 revient sur le Raid de Dieppe, 80 ans après.

Le 19 août 1942, le Raid de Dieppe ou Opération Jubilé, comme son nom de code, a été lancé alors que Staline croyait que les alliés occidentaux ne portaient pas leur juste part du fardeau de la guerre et a donc exigé qu’un deuxième front soit ouvert pour attirer Forces allemandes éloignées de la Russie. Les États-Unis, qui venaient tout juste de rejoindre la guerre après le bombardement japonais de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, ont également pensé qu’il valait mieux lancer et accélérer une attaque directe contre l’Europe continentale. Le haut commandement britannique, en particulier le Premier ministre Winston Churchill, était parfaitement conscient de ces pressions politiques. Le raid de Dieppe s’est déroulé sous les auspices du quartier général des opérations combinées (COHQ), qui était responsable de la conduite des opérations de raid britanniques. L’objectif du COHQ était de tenter de s’emparer d’un port lors de ce raid, de le tenir un court instant puis de se replier rapidement.

Le principal contingent du raid était composé de soldats de la 2e division d’infanterie du Canada. À l’origine, les planificateurs du COHQ voulaient que la British Marine Division mène le raid, mais la pression politique des Canadiens au pays et de plusieurs officiers supérieurs canadiens en Grande-Bretagne (en particulier le lieutenant-général Harry Crerar) a abouti à l’offre du poste au Canada. Cette pression est née de la conviction que l’armée canadienne stationnée en Grande-Bretagne ne jouait pas un rôle actif dans la victoire de la guerre, malgré le fait que cette armée était délibérément préservée afin qu’elle puisse jouer un rôle majeur dans l’ultime invasion alliée de la France. Le Canada jouera éventuellement un rôle crucial le jour J puisqu’il se verra attribuer l’une des cinq plages du débarquement.

Le rôle du Canada dans la Seconde Guerre mondiale n’est généralement pas bien connu en Europe de l’Ouest ou même par ses alliés, les Britanniques et les Américains. Ceci malgré le fait que le Canada a déclaré la guerre à l’Allemagne le 10 septembre 1939, juste une semaine après la Grande-Bretagne et bien avant les États-Unis, en tant que nation indépendante plutôt qu’en tant que membre du Commonwealth. De plus, non seulement elle possédait la troisième plus grande armée alliée de l’Ouest, avec plus de 150 000 soldats faisant partie de la Première Armée canadienne, mais c’était la seule armée pendant la Seconde Guerre mondiale servant outre-mer qui était entièrement composée de volontaires. Ce n’est que dans les derniers jours de la guerre qu’une poignée de soldats ont été enrôlés et ont combattu. Le Canada possédait également la troisième force aérienne et marine en importance à la fin de la guerre.

Pour examiner de plus près le raid de Dieppe, FRANCE 24 s’est entretenu avec l’historien militaire canadien Mark Zuehlke, qui l’a décrit comme « le jour le plus sanglant de la guerre au Canada ». Il explique qu’il a écrit le livre « Tragédie à Dieppe » pour « se souvenir et honorer les Canadiens qui y ont combattu et y sont morts, qui ont été grièvement blessés ou qui ont passé le reste de la guerre en captivité, et même le petit nombre de soldats qui ont survécu à la raid et ont continué à servir leur pays dans d’autres batailles de la Seconde Guerre mondiale.

FRANCE 24 : Pourquoi Dieppe, un port de pêche sur la côte normande du nord de la France, a-t-il été choisi comme lieu de ce raid ?

Dieppe a été sélectionné en raison de sa proximité [to the UK and in relation to mainland Europe]. C’était le seul port français suffisamment proche de la Grande-Bretagne pour que les forces aériennes alliées puissent fournir une couverture continue pendant toute la durée du raid avec une force suffisante pour perturber les efforts inévitables de la Luftwaffe pour frapper les navires de raid. Au-delà, Dieppe n’avait aucune valeur stratégique. C’était un port mineur d’utilisation limitée pour la marine allemande.

La planification du raid était vaste, mais aussi fatalement imparfaite. Les plages ne convenaient pas au débarquement des chars et des forces majeures en raison de leur nature pavée. Les défenses allemandes étaient considérées comme inférieures à ce qu’elles étaient et la qualité des soldats allemands sous-estimée. En fin de compte, les raiders ont à peine quitté les plages et les pertes subies en ont fait le jour le plus tragique et le plus sanglant pour le Canada de la Seconde Guerre mondiale – 913 Canadiens sont morts, 1 946 ont été faits prisonniers. Le raid n’a rien donné de vraiment valable.

Pouvez-vous expliquer le rôle que les forces françaises libres ont joué dans le raid ?

Le rôle de la France libre dans le raid était quelque peu limité et confiné à l’implication des commandos de la France libre. Les dossiers sont un peu confus sur leur implication avec certains rapports disant qu’il y avait 15 commandos français impliqués et d’autres disent 20. Ils n’ont pas débarqué sur les plages devant Dieppe, mais plutôt sur les flancs où les n°3 et n°3 britanniques. 4 Commandos débarquent avec pour mission d’éliminer les batteries de canons allemands qui pourraient tirer sur la plage face à Dieppe. Leur rôle principal était de servir de guides et de traducteurs pendant le raid. Si le raid s’était avéré plus fructueux, ils auraient également été chargés de récupérer quelque 14 personnalités de la résistance française dans l’idée d’obtenir des renseignements d’eux au Royaume-Uni. Ces commandos ont été les premiers Français libres à combattre sur le sol natal depuis la capitulation de la nation en 1940.

Curieusement, les planificateurs du quartier général des opérations combinées n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour s’appuyer sur les connaissances françaises locales de la force allemande, des défenses ou même de la nature des plages sur lesquelles les raiders allaient débarquer.

Quelle était la signification du raid de Dieppe dans le contexte plus large de la Seconde Guerre mondiale ? Pouvez-vous expliquer pourquoi et comment cela a aidé les Alliés à faire en sorte que le jour J soit un succès ?

Le raid de Dieppe n’a pas eu beaucoup d’importance réelle pour l’effort de guerre global. Ce que l’on peut dire, ce n’est pas tant ce qu’on a appris qui a contribué au succès de la Normandie mais plutôt ce qu’on a appris sur ce qu’il ne faut pas répéter. Dieppe a prouvé qu’essayer de capturer une installation portuaire par un assaut frontal était voué à l’échec. D’où la décision de débarquer sur les plages de Normandie assez éloignées de toute installation portuaire. Caen n’était pas loin, mais sa valeur était relativement limitée. Au lieu de cela, les Alliés ont apporté leurs propres ports flottants appelés Mulberries. Les restes de certains d’entre eux se trouvent à Arromanches où ils ont été déployés.

L’échec de la recherche adéquate des plages de Dieppe pour leur aptitude aux opérations de débarquement amphibie n’a pas échappé aux planificateurs normands. Une étude approfondie des plages a été entreprise, tout comme l’étude des défenses allemandes. Les Alliés n’avaient pas vraiment de surprise lorsqu’ils attaquèrent les plages le 6 juin 1944. Dieppe avait été insuffisamment appuyé par des éléments navals et aériens. Le soutien naval était limité à quelques petits destroyers et l’armée de l’air alliée s’est engagée dans ce qui était la plus grande bataille aérienne menée sur le front occidental. Pour la Normandie, les forces navales étaient puissantes, composées de cuirassés, de croiseurs lourds, de multiples destroyers et d’autres navires. Bien avant l’invasion, l’armée de l’air alliée a obtenu le contrôle quasi total des cieux au-dessus et bien à l’intérieur des terres pour empêcher l’armée allemande de renforcer les plages ou même de les défendre.

Comment le Canada a-t-il aidé à renverser le cours de la guerre à partir de l’automne 1942?

L’armée, la marine et l’aviation canadiennes ont joué un rôle vital dans l’obtention de la victoire finale en 1945. Le pays tout entier était aussi économiquement et socialement déterminé à gagner la guerre. L’une des cinq plages du débarquement de Normandie (Juno) a été donnée au Canada. De Juno Beach, les Canadiens ont remonté le flanc gauche de l’avancée alliée, libérant des villes françaises telles que Le Havre, Dieppe (la 2e division a reçu cet honneur), Dunkerque, Calais et Boulogne. Ils ont également libéré Rouen et de nombreux autres petits villages et villes. Un bon nombre de ces communautés ont des monuments commémoratifs et des plaques honorant les Forces canadiennes qui ont apporté la liberté à leurs citoyens. Depuis la France, ils ont poursuivi cette avance du flanc gauche à travers la Belgique, jusqu’aux Pays-Bas (où l’on se souvient affectueusement des Canadiens pour avoir soulagé les Néerlandais de la famine subie pendant l’hiver de la faim de 1944-1945), et poussaient dans l’ouest de l’Allemagne à la fin de la guerre. Un important contingent canadien a également combattu de juillet 1943 à février 1945 en Italie, avançant de la Sicile jusqu’au nord de Ravenne avant d’être transféré dans le nord-ouest de l’Europe pour rejoindre la Première armée canadienne dans la libération des Pays-Bas.

Au total, 1,086 million de Canadiens ont servi pendant la Seconde Guerre mondiale et 42 042 d’entre eux sont morts. La plupart sont enterrés dans les cimetières de guerre du Commonwealth répartis sur les fronts de bataille où ils ont combattu en Europe. Il y a un tel cimetière à l’extérieur de Dieppe. Je pense que les Français dans la région de Dieppe, et dans une certaine mesure dans la majeure partie de la Normandie où les Canadiens se sont battus jusqu’à et y compris leur avance en Belgique sur la côte, ont une certaine idée du rôle que les troupes canadiennes ont joué pour se libérer de la tyrannie allemande. . Mais la mémoire collective est une chose fragile et exige que chaque génération veille à ce que la génération suivante soit informée des événements de la Seconde Guerre mondiale et du rôle que le Canada a joué dans ce grand conflit qui a changé à jamais notre monde (en particulier l’Europe).


France 24

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