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Le Danube, voie de secours pour les céréales ukrainiennes


Sur la plage de Sulina, à l’embouchure du delta du Danube, les touristes se prélassent avant l’invasion estivale. Une atmosphère paisible à première vue, si ce n’étaient les dizaines de cargos qui barraient l’horizon. Selon les sites de localisation des navires, ils sont près d’une centaine sous pavillon ukrainien, turc ou encore égyptien, attendant parfois jusqu’à trois semaines avant d’entrer dans le corridor de Sulina, le seul accessible pour rejoindre les deux ports. Des Ukrainiens pas encore paralysés, Izmail et Reni, sur le Danube.

Là, ils chargent des produits en provenance d’Ukraine, comme l’huile de tournesol (la moitié du commerce mondial), mais aussi des céréales, dont le pays est le quatrième exportateur mondial. Maïs, blé, orge, prêts à être expédiés vers d’autres continents. « Entre 20 et 25 millions de tonnes de céréales sont bloquées et ce chiffre pourrait passer cet automne à 70-75 millions de tonnes », a alerté le 6 juin le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Seuls quatre millions de tonnes ont pu être exportées via le Danube jusqu’à présent.

Vingt jours à attendre en mer…

Le risque d’une crise alimentaire mondiale, doublée d’une flambée des prix, s’accroît, et la solution d’urgence a été d’exporter vers la mer Noire, via la Roumanie. Bucarest possède le plus grand port du bassin pontique à Constanta. Les navires y sont chargés par des camions mais aussi des péniches qui viennent d’Izmail ou de Reni. Ces barges remontent le Danube puis traversent un canal qui relie le plus long fleuve d’Europe au port maritime roumain.

Mais pour éviter les congestions et diversifier les routes commerciales, les ports danubiens, qu’ils soient ukrainiens, moldaves ou roumains, comme Braila et Galati, peuvent aussi amarrer des cargos pour ensuite exporter directement par voie maritime.

Sur les quais de Sulina, seule entrée et sortie du Danube pour ces grands navires capables de transporter 7 000 à 8 000 tonnes de céréales, un mastodonte vient d’accoster.

L’équipage ukrainien et géorgien du Svyatoy Georgiy est soulagé, après vingt jours d’attente en mer. Ils pourront rejoindre Izmaïl le lendemain pour charger des céréales. Mais en attendant, il doit être contrôlé par les douanes roumaines.

L’impact de la guerre à Sulina

« C’est la première fois que je vois autant de ces gros cargos à Sulina », s’étonne Adrian Anastase, un pêcheur de 32 ans. Dans cet ancien port franc isolé de 3 000 habitants, uniquement accessible par bateau, l’invasion russe du pays voisin se fait doublement sentir. Cela a commencé avec l’attaque de l’île des Serpents le premier jour de la guerre. Située à moins de 40 kilomètres, elle a fait l’objet de nombreux bombardements. « On les entend, le sol se met alors à trembler », témoigne le jeune homme. Avec la prise de l’île par les Russes, les navires ne peuvent plus voyager vers le nord par le bras de Chilia, qui menait directement aux ports d’Ukraine, ce qui amplifie le travail côté roumain, et donc les retards.

Selon l’administration du Danube, le nombre de cargos passant par Sulina est passé de deux ou trois à environ huit par jour. Cependant, il en faut beaucoup plus. « Nous faisons de notre mieux, mais les ports sont saturés et il n’y a pas assez de personnel douanier », avoue Victor Luca, qui vient de quitter le Svyatoy Georgiy. L’homme tire machinalement sur sa cigarette, les traits épuisés. Il fait partie de l’équipe roumaine de conducteurs de bateaux sur le Danube, seuls habilités à piloter des navires sur le fleuve. Là aussi, les salariés manquent. « On pourrait aller plus vite avec plus de chauffeurs, mais obtenir un diplôme prend au moins six mois »Il regrette.

L’Ukraine cherche donc d’autres voies. Le pays a commencé à exporter via la Pologne et envisage un troisième corridor via les pays baltes.

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