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L’affaire des « Irlandais de Vincennes »

François Mitterrand a voulu se vanter d’un coup d’État, il va récolter son premier scandale d’État. Août 1982. Une vague d’attentats vient de s’abattre sur la France. Le 9, le plus terrible d’entre eux intervient rue des Rosiers, à Paris. Six personnes de confession juive sont assassinées dans cet acte terroriste.

La France a peur et l’Élysée veut rassurer. Son locataire souhaite aussi démontrer, un an après son élection, que la gauche sait y faire en matière de sécurité et de protection. Mitterrand nous assure dans son discours du 17 août : « Les Français doivent savoir que ce terrorisme comme les autres me trouvera face à lui. » Le président a promis à l’administration de le faire. A la recherche des coupables, et dans un abus de pouvoir, l’Élysée crée les jours suivants sa propre cellule anti-terroriste. Elle est dirigée par le patron du GIGN, Christian Prouteau, et son adjoint, Paul Barril. Un cabinet noir, dont plusieurs membres seront plus tard condamnés dans l’affaire des écoutes téléphoniques.

Fabrication de preuves

Mais l’enquête patine. « Les échos que nous avons, c’est que le président est furieux, il a promis des réponses, mais personne n’en trouve » racontera en 1989 le lieutenant-colonel Jean-Michel Beau, membre de la cellule, dans son livre l’honneur d’un policier (Éditions de sable). Miraculeusement, une piste apparaît. Il sera pris à toute allure, tête baissée. Bernard Jégat, proche des réseaux indépendantistes irlandais, croit reconnaître le soi-disant Michael Plunkett sur les portraits robots des terroristes du 9 août publiés dans la presse. Jégat informe alors trois journalistes de la Nouvel observateur qui, sans vérification, s’empresse d’en informer l’Élysée. Le nom de Plunkett atterrit le matin du 28 août sur le bureau de Paul Barril. Le numéro 2 de la cellule antiterroriste explique à ses « super-gendarmes » du GIGN avoir trouvé la cachette des terroristes : l’intervention a lieu le même jour, à 17 heures, au 82, rue Diderot, à Vincennes .

« Je sortais faire des courses. Dans les escaliers, je tombe nez à nez avec un homme qui pointe le canon de son arme sur ma tête. dira Steve King, l’un des trois Irlandais suspectés de l’attentat, avec Michael Plunkett et sa compagne, Mary Reid. L’Élysée claironne, se réjouit d’avoir « suivi un réseau terroriste international ». Bien que le caractère de l’attentat de la rue des Rosiers semble incompatible avec l’activisme de ces trois Irlandais, membres de l’Armée de libération nationale irlandaise, les coupables ne font pas de doute, selon la parole officielle. La preuve : une dizaine d’armes de poing ont été retrouvées dans l’appartement de Vincennes, ainsi que de faux papiers et du matériel explosif. Mission accomplie pour François Mitterrand.

Problème, des journalistes enquêtent. À Monde, Edwy Plenel, alors âgé de 30 ans, s’empare du sujet. Le 1er février 1983, il publie l’article qui mit le feu à la poudrière élyséenne : « Les fausses manœuvres des gendarmes du président » . Plenel révèle que la perquisition de l’appartement de Vincennes est entachée de plusieurs irrégularités. La boîte de Pandore est ouverte. Deux mois plus tard, l’enquête judiciaire révèle des vices de procédure dans la perquisition et reçoit des versions contradictoires des gendarmes interrogés. La version officielle tombe, les trois Irlandais bénéficient d’un non-lieu et sont libérés, le 21 mai 1983, après neuf mois dans l’ombre. « J’ai compris qu’il y avait un complot, que la police avait fabriqué des preuves », lâche Plunkett à sa sortie de prison.

Pression sur la police

C’est trois ans après les faits, par deux témoignages décisifs, que le stratagème est révélé. Le premier est celui de Bernard Jégat. Il révèle à Monde avoir remis à Paul Barril, quelques heures avant la fameuse perquisition, des armes, des explosifs et des documents que Plunkett lui avait confiés quelques semaines auparavant pour les dissimuler. « Que ce n’était pas ma surprise de découvrir dans la presse que ce sont ces mêmes armes qui servaient désormais de preuves pour les accuser », conclut Bernard Jegat. « Barril est allé tout déposer avec les Irlandais », confirmé en janvier 1986 Lieutenant Jean-Michel Beau. Ce dernier, qui sera l’un des seuls condamnés dans cette affaire pour avoir ordonné à ses hommes de mentir aux juges d’instruction sur les irrégularités lors de la perquisition, ne digère pas cette injustice. Il accuse Paul Barril, mais aussi Gilles Ménage, directeur de cabinet de François Mitterrand, et François de Grossouvre, proche conseiller du président, d’avoir fait pression pour le museler et faire taire les gendarmes.

Ces deux derniers ne seront jamais inquiétés dans cette affaire. Paul Barril a été jugé en 2002, après une plainte des trois Irlandais survenue en 1992. Une plainte finalement jugée irrecevable pour vice de procédure… Entre-temps, l’affaire des écoutes aura fait oublier celle des Irlandais de Vincennes. François Mitterrand ne sera jamais responsable de ce scandale d’Etat qui aura vu le pouvoir politique sciemment laisser pourrir trois innocents pendant neuf mois de prison.

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