Nouvelles locales

La Vita nuova, quand les artistes italiens s’en mêlent

Nice (Alpes-Maritimes), envoyé spécial

A vrai dire, voici une exposition dont on se demande pourquoi elle n’a pas vu le jour plus tôt. Retour sur les années 1960. Ou plus précisément, aborder les « nouveaux enjeux de l’art en Italie », de 1960 à 1975. Vita nuova. C’est la belle invitation du Musée d’Art Moderne et Contemporain (Mamac) de la capitale de la Côte d’Azur.

La période choisie ne doit rien au hasard. Quinze ans après la fin de la guerre, pas totalement débarrassée du fascisme mais occupée par l’armée américaine et rongée par une mafia italo-américaine, la péninsule tente de se débarrasser de ses oripeaux. L’agitation est générale, tant dans le domaine social que dans les domaines politique et artistique. Quinze années de création, de 1960 – premiers pas publics d’une nouvelle génération d’artistes – à 1975, année marquée par la mort de Pier Paolo Pasolini.

Le corps devient un objet politique

Valérie Da Costa, commissaire de l’exposition, a choisi une approche en trois temps. C’est d’abord la société de l’image, signe de nouveaux modes de représentation pour des sujets jusque-là tabous ou peu traités. Avec, au centre, la femme (sujet ou artiste). « With » (1962), de Marisa Busanel – une combinaison, comme mouvante, froissée, plaquée sur des planches de bois noires – donne l’idée à la fois de liberté et de danger, de désir et de passivité. La beauté qui s’en dégage est asphyxiante. Tout aussi révolutionnaire pour l’époque était la série de photos de Lisetta Carmi « I Travestiti » (1965-1970). D’autres artistes visuels réagissent à la violence. C’est le cas de Luciano Fabro avec « Italia del dolore » (1975).

Deuxième partie du voyage : reconstruire la nature. Où l’on se rend compte, à l’instar de Pino Pascali (et sa toile peinte tendue sur six structures en bois courbées, « Cascate », de 1966), qu’une prise de conscience s’est opérée dès la fin des années 1960 Laura Grisi étudie la vitesse du vent, « La mesure du temps » (1969), tandis que Piero Gilardi propose, en 1967, les performances de la « Vestito natura ». Avouons ici une préférence pour la dernière partie : Mémoire des corps. Cette trace toujours recherchée, qui glisse comme du sable entre les doigts.

Le corps comme élément de référence. Un objet politique qui interroge sans cesse, trop souvent occulté : « Rifarsi » (1973), où Eliseo Mattiacci s’enduit le visage de boue. Carol Rama préfère les yeux sans visage (merci Franju) avec « Vedo… vedo », 1967. Un corps peut sortir d’une « crisalide » (1972), comme le fait Claudio Cintoli. Le corps, encore, et le corps à corps, de sa propre histoire dans la grande histoire, proclame aussi la mise en scène performative de Fabio Mauri intitulée « Che cosa è il fascismo » (1971).

Un regain de tension socio-politique qu’on aurait aimé retrouver à la Villa Arson, dans « L’Avenir derrière nous », qui scrute « l’art italien depuis les années 1990 ». La comparaison est dure. La dichotomie entre les artistes d’aujourd’hui et la société dans laquelle ils sont censés créer (qui est en constante évolution) est terrible. La Vita nuova, la nouvelle vie, n’en demeure pas moins un manifeste artistique d’une brûlante actualité.

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