Nouvelles localesPolitique

La Russie cherche des alliés en Afrique et lance son offensive de charme


Dans la guerre des grains, la Russie tente de rassurer l’Afrique tout en la ralliant à sa cause. « La soi-disant crise alimentaire, qui est toujours attribuée sans vergogne à la Russie, est une fausse histoire »insiste le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov dimanche 24 juillet au Caire, en Égypte, devant des représentants des pays de la Ligue arabe.

Depuis le début de la guerre en Ukraine le 24 février, les prix des céréales et des huiles se sont envolés, frappant de plein fouet le continent africain qui importe plus de 40% de son blé de Russie et d’Ukraine, explique Le New York Times. Les prix alimentaires ont bondi de 23% par rapport à l’année dernière, selon l’ONU, qui estime que 345 millions de personnes dans le monde souffrent d’insécurité alimentaire aiguë.

Les dirigeants européens accusent Moscou d’avoir délibérément provoqué cette crise alimentaire mondiale en détruisant les infrastructures agricoles, en bloquant les exportations de blé et en saisissant les céréales ukrainiennes. « Comme si la crise alimentaire avait commencé le jour où nous avons lancé notre opération militaire spéciale en Ukraine », s’agace le chef de la diplomatie russe, en tournée diplomatique en Afrique, affirmant que « La crise a été aggravée par les sanctions occidentales illégales contre la Russie. »

⋙ Qui est Sergueï Lavrov, la figure de la politique internationale russe ?

Avant de poursuivre sa tournée diplomatique en Éthiopie, en Ouganda et en République du Congo, Sergueï Lavrov a tenu à rassurer ses partenaires arabes sur l’accord signé entre Moscou et Kyiv le 23 juillet à Istanbul, prévoyant « couloirs sécurisés » pour la circulation en mer Noire des navires marchands. Ces corridors devraient permettre d’exporter 20 à 25 millions de tonnes de céréales bloquées en Ukraine et de faciliter les exportations agricoles russes.

Pas de camp à choisir entre la Russie et l’Ukraine, « juste l’accès aux céréales »

Dépendants des céréales ou des armes russes, de nombreux pays africains n’ont pas pris position sur le conflit en Ukraine. « On n’est pas vraiment dans le débat de qui a tort et qui a raison : on veut juste avoir accès aux céréales et aux engrais », a déclaré Macky Sall, président du Sénégal et de l’Union africaine (UA), dans un entretien avec Monde.

⋙ Invasion en Ukraine : quels pays soutiennent la Russie ?

Ce non-alignement revendiqué de l’UA est pourtant flou, voire ambigu. Depuis des mois, le président ukrainien Volodymyr Zelensky réclame un discours aux chefs d’État africains qui a été repoussé à plusieurs reprises. Il aura finalement lieu fin juin mais n’a suscité que peu d’intérêt. Quelques semaines plus tôt, Macky Sall lui-même ainsi que Moussa Faki, le président de la commission de l’UA, s’étaient rendus à Sotchi pour rencontrer Vladimir Poutine.

Imaginer que les pays du Sud se seraient ralliés à la cause ukrainienne face à une invasion russe aux accents colonialistes est « sous-estimer l’ampleur du ressentiment anti-occidental, l’indignation face à ce qu’ils ressentent comme un double standard, la survie des liens forgés à l’époque soviétique et une sympathie de leurs dirigeants pour les thèmes conservateurs portés par Moscou » note le politologue Jean-François Bayart, toujours dans le journal Le monde. Ces pays non alignés, attirés par l’idée d’un monde multipolaire, sont ainsi devenus l’une des principales cibles de la propagande du Kremlin.

⋙ « Babouchka Z » : comment un paysan ukrainien est devenu le nouveau visage de la propagande pro-russe

Avant le début de sa tournée diplomatique, Sergueï Lavrov a souligné dans une interview accordée aux médias d’État russes que « de bonnes relations avec l’Afrique depuis l’époqueUnion soviétique», saluant le rôle de la Russie dans la décolonisation en Afrique : « Nous avons aidé le mouvement de libération nationale, puis la restauration des États indépendants et la croissance de leurs économies ». Il assure que Moscou s’occupe de « un grand respect pour la souveraineté des États africains » tout en les aidant « pour résoudre des problèmes qui leur permettent de vivre dans leur pays comme ils le souhaitent »contrairement aux États-Unis.

Le ministre des Affaires étrangères a également accusé Washington d’essayer de convaincre les dirigeants africains de ne pas poser avec lui, pour empêcher la Russie d’utiliser les photos. « comme preuve qu’elle n’est pas isolée ».

Au fil des ans, la Russie a réussi à s’imposer comme un acteur central sur le continent, notamment dans « offrir une assistance à la sécurité avec moins de conditions que l’Occident »Theodore Murphy, du Conseil européen des relations étrangères, a déclaré à Reuters.

Lire aussi

Greta Thunberg, nouvelle victime de la propagande russe ?

Ces longues secondes

Ces longues secondes « d’humiliation » où Vladimir Poutine a attendu Erdogan

Invoquant son principe de neutralité, la Suisse refuse de soigner les Ukrainiens blessés

Invoquant son principe de neutralité, la Suisse refuse de soigner les Ukrainiens blessés



GrP1

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.
Bouton retour en haut de la page