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La planète est chaude : même les raisins attrapent des coups de soleil


LANDIRAS, France | Certains cépages très réputés du sud-ouest de la France pourraient bien être menacés par le changement climatique, alors que la canicule de ces derniers jours a brûlé de nombreux raisins.

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« Nous avons eu une période de grande sécheresse pendant des mois, nous n’avons pas d’eau et nous nous demandons comment la vigne résiste. Les jeunes vignes souffrent beaucoup et on le voit car les hauteurs de végétation ne sont pas normales », explique Isabelle Bouyx, propriétaire du domaine viticole Château d’Arricaud, situé au sud de Bordeaux, à Landiras.


On y voit, en rouge, des raisins meurtris par le soleil et la chaleur.

Photo Clara Loiseau

On y voit, en rouge, des raisins meurtris par le soleil et la chaleur.

Dans ses allées de vignes, plantées en 2017, la vigneronne constate avec tristesse que la chaleur a malmené ses plantations.

« Avec le soleil et la chaleur, ces raisins ont pris un coup de soleil », lâche-t-elle en saisissant une jeune grappe.

Vent qui tourne

Pour Joël Ortiz, conseiller œnologique des Antennes-Associations pour le Développement Agricole et Rural (ADAR) en Gironde, force est de constater que les effets du réchauffement climatique ont un impact direct sur les plantations.

« Il y aura des pertes pendant la récolte, c’est sûr, mais ça ne devrait pas être trop gros pour le moment », explique-t-il.

Outre les canicules vécues ces derniers jours et où le mercure dépassait parfois les 40 degrés Celsius, ce sont aussi les hivers plus doux qui modifient complètement le cycle de vie de la vigne.

« Les plantes sortent plus tôt de leur état végétatif et lorsqu’en avril il y a des épisodes de gel, cela endommage gravement les pousses. […] La récolte commence de plus en plus tôt. En ce moment nous sommes 15 jours, voire trois semaines plus tôt dans l’année qu’il y a quinze ans », note également M. Ortiz.

perdre son identité

Pour ces derniers, il est clair que des changements doivent intervenir dans la manière de travailler.

« On réfléchit à de nouvelles solutions, comme enherber la vigne pour retarder le réchauffement du sol en sortie d’hiver, ou encore moins tailler la vigne pour que le feuillage protège mieux les plantes en cas de fortes chaleurs », explique-t-il. . -il.

A terme, il faudra aussi penser à adapter les plants, notamment en installant, par exemple, de nouveaux cépages que l’on trouve dans le sud-est du pays et qui sont habitués à cette chaleur, pense-t-il.

Pour Loïc Pasquet, vigneron et propriétaire du domaine Liber Pater, dont certaines cuvées se vendent 30 000 euros la bouteille, les solutions évoquées par M. Ortiz sont loin d’être suffisantes.

« Il va falloir réapprendre à être vigneron, en regardant ce qu’on faisait avant et en utilisant les connaissances d’aujourd’hui. Et il faut être autorisé à réintroduire les vieux cépages bordelais et surtout à mieux nourrir », soutient-il. « Il faut essayer toutes les méthodes avant de penser à utiliser d’autres cépages, car sinon on risque de perdre notre identité bordelaise », prévient M. Pasquet.

Les cicatrices du feu clairement visibles

Après près de douze jours de combat contre les incendies qui sévissaient dans le sud-ouest de la France, il était encore possible de voir de la fumée s’échapper à quelques endroits, a pu voir Le journal.

Hier encore, certains villages français de ce coin de France étaient interdits. Près de 30 000 personnes ne pouvaient toujours pas rentrer chez elles.

La police bloquait toujours les entrées principales.

Toute la journée, deux avions ravitailleurs ont fait des allers-retours au-dessus de la forêt landaise pour continuer à déverser de l’eau sur les points encore chauds qui subsistent dans la forêt.

Cependant, il a été possible de constater les dégâts laissés par les flammes à Landiras, en empruntant un petit chemin de terre bien connu des habitants locaux.

forêt abandonnée


La végétation a laissé place à la cendre dans ce pays boisé de Landiras.

Photo Clara Loiseau

La végétation a laissé place à la cendre dans ce pays boisé de Landiras.

Sur des kilomètres, les troncs noircis par la suie se succèdent. Au sol, la végétation laisse place à la cendre.

« Le problème, c’est que personne ne s’occupe ni n’entretient ces forêts, donc il ne faut pas s’étonner que quand le feu prend, ça s’enflamme », lâche, avec agacement, Loïc Pasquet, vigneron et propriétaire du domaine Liber Pater, dans Landiras, en Gironde.

En posant la main dessus, on sentait encore la chaleur qui émanait de la terre.

Dans l’air, l’odeur des pins brûlés était encore omniprésente à certains endroits autour du village.

« J’ai vu le feu se déclarer le 12 juillet, c’était à quelques centaines de mètres de mes vignes. Les flammes montaient jusqu’à la cime des arbres », explique M. Pasquet.

Avant d’être évacué, M. Pasquet a pris soin de faire des pare-feux pour sauver ses vignes de l’incendie. Il n’y a pas eu de perte côté vignoble.

Crise climatique et humanitaire en Europe

Suivez notre journaliste Clara Loiseau, de passage en Europe, ces prochains jours, pour témoigner des effets de la canicule sans précédent qui frappe le vieux continent, conséquence directe du réchauffement climatique. Les records de température ont provoqué une crise climatique et humanitaire, notamment des incendies qui ravagent des régions, des citoyens chassés de chez eux, des travailleurs qui meurent de chaleur au travail et des économies locales durement touchées.



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