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La France préside le Conseil de l’UE : des dossiers à suivre par le Maroc

La présidence française du Conseil de l’Union européenne (UE), qui a débuté en janvier pour une durée de six mois, aura un impact sur le partenariat Maroc-UE, a estimé l’analyste en relations internationales au Policy Center For The New South (PCNS), Hamza Mjahed. Dans une note d’orientation publiée sous le titre « La France à la tête de l’Union européenne : enjeux, contraintes et perspectives de la présidence française », l’expert s’attarde sur quatre dossiers que Rabat doit suivre de près. D’abord, selon l’expert, la Conférence sur l’avenir de l’Europe, qui révélera le degré d’ambition de l’UE pour engager une nouvelle réforme institutionnelle et la refonte des politiques dans tous les domaines, comme les relations commerciales et la politique étrangère, deux dimensions essentielles dans les relations du Maroc avec son plus grand partenaire commercial. Deuxièmement, la boussole stratégique qui, selon l’auteur de cette analyse, permettra à l’UE d’envisager, à l’avenir, d’intervenir militairement, avec une empreinte de 5 000 soldats, dans des zones de crise qu’elle considère comme des menaces pour sa sécurité, telles que le Sahel.

Cela signifie que le Maroc devra composer avec une Union qui se veut géopolitiquement plus imposante sur les questions liées à la sécurité et à la stabilité du voisinage immédiat du Maroc. Troisièmement, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, dont l’adoption pourrait porter atteinte à l’intégrité des échanges commerciaux du Maroc avec l’UE, en affaiblissant l’industrie et l’agriculture marocaines, a-t-il déclaré, soulignant que le Maroc devra accélérer ses propres efforts de décarbonation. Concernant le quatrième volet de la réforme de l’espace Schengen, il a expliqué que la migration a approfondi le partenariat entre le Maroc et l’UE, devenant une facette importante de la relation, insistant sur le fait que le Maroc devra accorder une attention particulière aux réglementations que l’UE adopter. Evoquant également les enjeux, les contraintes et les perspectives de ladite présidence, M. Mjahed a rappelé que le Conseil de l’UE, qui réunit les ministres des Etats membres de l’UE, joue un rôle important dans le partage du pouvoir législatif et budgétaire. avec le Parlement européen, ainsi que la coordination des politiques de l’Union.

Cela dit, la présidence française du Conseil pourrait concrétiser les grandes ambitions de la France pour l’UE, a-t-il expliqué, ajoutant que la doctrine du président français Emmanuel Macron serait d’approfondir l’intégration politique de l’Union et de donner à l’Europe l’esprit et les moyens de faire face à les bouleversements écologiques, sécuritaires, énergétiques et technologiques qui menacent la place de l’Union dans un monde en profonde mutation. Cependant, Hamza Mjahed note que la réalisation de ces objectifs n’échappera pas aux défis auxquels l’UE est confrontée (Covid-19, relance de l’économie européenne basée sur les transitions numériques et écologiques, pression migratoire dans le voisinage européen, etc.), classant ainsi la grands enjeux de la présidence française en deux dimensions : géo-économique et géopolitique. Sur le plan géo-économique, l’auteur précise que l’importance des transitions écologique et technologique s’est accrue avec la crise sanitaire, dans le sens où elles sont toutes deux désormais au centre du renouveau économique de l’UE.

Sur le plan technologique, la France veut assurer « le positionnement de l’Europe » dans le monde, observe-t-il, ajoutant qu’en construisant de nouvelles filières innovantes à haute intensité technologique (5G, intelligence artificielle, cloud, etc.), l’UE améliorera sa compétitivité technologique, et la présidence française soutiendra une série de plans d’investissements et d’alliances industrielles européennes, ainsi que l’adoption de la réglementation sur les marchés et les services numériques. Concernant l’écologie, l’analyste avance que « l’une des priorités des Français est de progresser dans la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Un succès sur ce dossier serait un énorme pas en avant pour pousser le Green Deal européen au-delà de sa phase naissante. Atteindre la neutralité climatique en 2050 sera une tâche difficile pour l’UE, car elle suggère une profonde transformation de l’appareil productif européen ». Pourtant, l’adoption de la taxe carbone n’est pas seulement une question technique, car elle a des dimensions géopolitiques et géo-économiques, redéfinissant les relations commerciales entre l’UE et ses pays partenaires, compliquant ainsi d’autres facettes des relations allant de la migration à la sécurité en passant par le commerce, estime-t-il.

Concernant les enjeux géopolitiques, l’auteur souligne que la souveraineté de l’UE est aussi un enjeu majeur, et cet enjeu est indissociable de deux événements qui culmineront sous la Présidence française : la Conférence sur l’avenir de l’Europe et la Boussole stratégique. « Le premier a une dimension interne. La conférence identifiera les aspirations politiques des citoyens européens et les réformes potentielles des institutions et des traités qui pourraient approfondir davantage l’intégration politique des États membres de l’UE », explique-t-il. « La seconde, la boussole stratégique, est liée à la dimension externe.

Ce document, qui sera adopté en mars 2022, précisera la doctrine sur la défense et la sécurité européennes pour aboutir à une analyse partagée entre les États membres sur l’environnement extérieur de l’UE et la doter de capacités de projection de puissance (hard power). Le processus de réflexion de Strategic Compass repose sur quatre dimensions : la gestion de crise, la résilience, le développement des capacités et le partenariat », poursuit-il. « Enfin, selon l’auteur, l’Afrique fait l’objet d’un vif intérêt de la part de la présidence française. Après un long report du sixième sommet UA-UE, qui devait se tenir en février 2022, la présidence française entend renouveler l’élan suspendu suite à la crise sanitaire et façonner un nouveau partenariat avec l’Afrique sur les questions migratoires, de sécurité, de commerce, de santé et de climat monnaie ». La France dispose ainsi de piliers solides pour relancer la relation entre l’Afrique et l’Europe, à l’heure où d’autres puissances semblent gagner du terrain en Afrique, conclut-il. Pour la première fois depuis 2008, la France préside le Conseil de l’Union européenne (UE) pour six mois à partir de janvier 2022.



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