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La France et les supercalculateurs


Le supercalculateur Frontier (USA) propulsé par les processeurs AMD Epyc est désormais le plus rapide au monde. Mais où en sont la France et l’Europe dans cette compétition cruciale pour l’avenir ?

Le supercalculateur Frontier (USA) propulsé par les processeurs AMD Epyc est désormais le plus rapide au monde. On dit que sa puissance dépasse un exaflop (mille milliards d’opérations par seconde). Cette puissance gigantesque présente un intérêt pour résoudre certains grands défis scientifiques (physique quantique, climat, astrophysique, modélisation moléculaire pour les biotech, etc….). Il est installé à Oak Ridge où l’on retrouve également Titan et Summit qui, en leur temps, ont battu des records de puissance.

Qu’en est-il de la France ?

Le supercalculateur est l’un des marqueurs significatifs de la puissance technologique d’un pays. En effet, la Chine domine le Top 500 avec 173 machines, tandis que les USA ont les plus puissantes. Où en est la France ? La question est légitime, car en 2016, la France se vantait de fabriquer le supercalculateur le plus puissant du monde. Le projet a été naturellement porté par ces infatigables artisans du prochain déménagement (Macron, Breton et les autres). Dans le discours, nous étions déjà les meilleurs. Par exemple : « D’ici 2020, Atos/Bull entend développer une nouvelle génération de supercalculateurs capables de performances exaflopiques.
A noter qu’en 2016, nous pensions en pétaflops (une unité mille fois plus petite qu’un exaflop), ce qui montre la performance que nous visons…
A cette époque, le projet n’en était qu’à la phase… Un.
À l’été 2020, en France, le supercalculateur Jean Zay de l’IDRIS (le centre de calcul du CNRS) sera inauguré en grande pompe. Sa puissance est de 28 pétaflops. Le ministre inaugurateur a déclaré : « Ce système est aujourd’hui l’un des supercalculateurs les plus puissants pour la recherche scientifique en Europe et place la France sur un pied d’égalité avec ses partenaires, l’Angleterre et l’Allemagne. Nous n’insistons pas sur le fait que cet ordinateur est américain développé par HPE (Hewlet-Packard). Le CNES utilise l’architecture IBM eServer pour son calcul intensif… il n’y a rien de français ni d’européen dans la technologie utilisée… A noter que la très respectable puissance opérationnelle de 28 pétaflops représente 28 pour mille (soit moins de 3%) de l’ambition d’Atos de l’exaflop…

Mais où en est Atos/Bull ?

Ça va toujours fort. Elle vient de sortir (2022) un supercalculateur baptisé BullSequana XH3000, qui est en cours de livraison à la DAM (Direction des applications militaires) du CEA (simulation d’armes nucléaires). Il se présente comme l’ordinateur le plus puissant conçu par Atos, et se veut plus polyvalent et accessible aux grandes organisations. Son grand avantage est qu’il sera économe en énergie (« vert » est un must en Europe !). Sa puissance est réputée être de 23 pétaflops… à comparer avec l’objectif attendu de l’exaflop, car le temps de la promesse est arrivé. Les supercalculateurs d’Atos/Bull sont développés sur des processeurs AMD (America Micro Device) – on attend toujours l’ambitieux processeur « made in Europe » SiPearl (powered by ARM cores), fleuron d’une souveraineté européenne retrouvée.

Infériorité européenne

On parle ici de supercalculateurs, nécessaires au progrès scientifique dans de nombreux domaines. Les tentatives de « souveraineté », tant française qu’européenne, qui sont clamées sur les toits, se soldent inévitablement par des échecs nets, tant les résultats sont modestes.
L’objectif exaflopique, par son ambition, marque un tournant. Les USA y sont parvenus. L’Europe est hors jeu : elle est obligée d’acheter américain ou japonais (en attendant les chinois). C’est la réalité de la souveraineté européenne. Il n’y a plus de « coup d’après », même si Macron le revendique : l’infériorité européenne n’est pas seulement dans les processeurs, elle réside aussi dans l’architecture de ces monstres, et ça c’est « intellectuel » : ce n’est pas une question d’argent mais une question de compétence.
Qui peut en douter ?



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