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« Je me demande s’il n’y a pas une confusion entre la guerre aux voitures et la guerre à la pollution »

Aujourd’hui à Paris, de 11h à 18h, il est interdit de se déplacer en voiture dans la capitale, sauf à utiliser ses pieds, les transports en commun, un taxi ou un scooter, un vélo, des rollers, un skate, etc. Même les voitures électriques et les deux-roues doivent rester au garage. Les véhicules de secours, bus, taxis, VTC, sont autorisés. C’est l’opération « Paris respire » : 18 septembre, un dimanche sans voiture. Décryptage avec le sociologue Jean Viard.

franceinfo : Pour respirer la ville, la grande ville, faut-il se passer de voitures ?

Jean Viard : Alors tout d’abord l’air en ville en France est globalement mauvais, nous dit l’Europe, on est plutôt en retard, et c’est très dangereux, des études viennent de sortir, notamment sur le lien entre particules fines, cancer du poumon, etc. On ont un vrai problème de santé publique. La deuxième chose en effet, c’est à cause de quoi ? Ce n’est pas à cause des voitures électriques, donc c’est ça qui est très compliqué : veut-on retirer la voiture de la ville ou veut-on dépolluer ? Et ce n’est pas la même question.

D’abord parce que 70 % des Français vivent hors métropole, dans des maisons individuelles. Alors la question de la mobilité, ça va d’un bout à l’autre du centre de la ville pour ceux qui vont au centre, ou à la maison qui est en fait dans les Yvelines, ou ailleurs pour Paris, mais pareil autour de Marseille ou Lyon. Il y a donc ce vrai problème.

Personnellement, j’ai tendance à penser qu’en ce moment nous ne sommes pas assez innovants en matière de déplacements électriques. A la limite, une voiture électrique devrait être un objet où il y a à peine de quoi asseoir deux personnes et qui roule à 50 km/heure. Regardez les jeunes, ils sont en train de mettre la main sur les petites voitures dont on se moquait pour nos mamies il y a 30 ans, c’est le truc à la mode chez les jeunes : les voitures sans permis.

Ces jeunes ne sont-ils pas en train de nous dire : « Mais attendez, c’est ce qu’on veut en ville. Vous n’auriez que des voitures de cette taille en ville, et elles seraient toutes électriques. Il y aurait beaucoup moins d’embouteillages, c’est prendrait beaucoup moins de place, et surtout polluerait moins ». Je pense qu’il y a souvent confusion entre les ennemis de la voiture. La voiture reste toujours un objet de liberté pour les personnes.

Alors qu’il faut développer le vélo, bien sûr, développer les transports en commun, absolument, et penser à tous les trajets car effectivement j’ai mon vélo, je le mets dans le train, etc. Un trajet va d’un bout à l’autre , ce n’est pas un segment, comme on le fait depuis trop longtemps. C’est donc absolument essentiel. Mais je me demande parfois s’il n’y a pas une confusion entre la guerre aux voitures et la guerre à la pollution.

Moins de voitures ? Cela pose évidemment la question des alternatives proposées. Selon vous, où sommes-nous en France ? Sommes-nous à la hauteur de nos ambitions ?

C’est compliqué car le TGV est un objet fantastique. Ça déplace beaucoup de gens, ça a rapproché nos grandes villes. Il est clair qu’on n’a pas assez investi dans les trains, surtout les trains de banlieue. Là, on a un archaïsme profond. Moi, ce que je crains, c’est l’idéologie monomaniaque. Nous avons poussé la voiture trop loin vers l’avant. Nous sommes tous d’accord là-dessus.

Il faut articuler tous ces modes de mouvement. Il y a des endroits, il y aura des petits bus, il y aura des endroits où on pourra tout faire à vélo. Vous savez, parmi les gens qui sont à moins de cinq kilomètres de leur travail, qui pourraient facilement faire du vélo, il y en a très peu qui s’y rendent. Et en plus, c’est socialement divisé. Les managers font plus de vélo que les ouvriers. Il faut aller vers une société moins polluante pour les poumons, et il faut articuler tous ces modes de déplacements selon les différents territoires.

Et comment accélérer le changement ?

Je crois qu’il faut connaître une entreprise pour proposer des solutions rationnelles et simples. En ce moment, si vous voulez acheter une voiture, personne n’y comprend rien, car nous sommes dans un processus de changement. Tu vas dans un garage, ils te disent mais attends, n’achète pas car le modèle va changer, etc. Donc on est dans une énorme période de changement où les gens sont extrêmement perdus.

Plus il y a de voitures en ville, plus elles doivent être électriques. Taxis, poste, pompiers, police, voitures, livreurs : 20% des voitures sont des voitures de service dans une ville, elle devrait être complètement électrifiée, ce n’est pas l’âge de la voiture qui compte, c’est le nombre de kilomètres qu’elle parcourt. Il faut donc faire un travail de sociologie, pour savoir pourquoi les gens prennent leur voiture, où, quand. Il faut penser la polysémie des objets pour une polysémie des usages, et sortir de l’idée qu’on avait avant, où l’on se disait : « J’ai MA voiture et je fais tout avec le même objet ».



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