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Nouvelles locales

« J’ai appris à répondre à beaucoup d’arguments radicaux »

La Croix : Quel est le métier d’aumônier en prison ?

Wafa Messaoud : L’aumônier musulman des prisons fait la même chose que les autres aumôniers : il accompagne spirituellement et religieusement les détenus. Ils sont certes privés de liberté, mais ils ne sont pas censés être privés d’un de leurs droits, celui de bénéficier d’un soutien religieux. Ensemble, nous parlons spécifiquement de religion et essayons de les orienter de la meilleure façon pour apaiser leur cœur et leurs soucis liés à l’emprisonnement.

Notre activité consiste principalement en deux choses : des entretiens individuels, où nous visitons les détenus dans leur cellule, ce que nous avons pu refaire depuis quelques mois. Et puis il y a les « causeries de groupe », sous forme de culte avec des femmes, qui ont lieu le vendredi après-midi. Chaque religion a gardé son jour saint : les juifs se réunissent le samedi et les chrétiens le dimanche.

Comment se déroule ce temps d’adoration ?

MW : Je donne un sermon, qui ressemble plus à une leçon de religion. Le but est de leur apprendre quelque chose et de répondre à leurs questions. Chez les femmes, il n’y a pas de prière, car sa mise en œuvre est trop compliquée. Mais chez les hommes, tout est fait pour qu’ils puissent accomplir la prière du vendredi.

Il fut un temps où nous avions une forme de constance dans la présence des détenus et donc nous arrivions à suivre un programme précis. Ces derniers temps, ça a été très mouvementé : ça rentre, ça sort. On a l’impression qu’on n’a pas toujours les mêmes détenus.

Quels chemins de foi ont suivi les détenus de Fleury-Mérogis ?

MW : Il y a une prise de conscience, qui est principalement due à l’épreuve de la détention elle-même. Ils ne s’y attendent pas et soudain ils se tournent vers Dieu, disant qu’ils regrettent les « péchés » qu’ils ont commis ou les bêtises qu’ils ont pu faire. Nous sentons que notre présence a un impact. Certains l’expriment clairement et nous disent qu’ils ont besoin de nous voir régulièrement, alors que la plupart d’entre eux n’avaient aucune pratique religieuse avant d’être en prison. En revanche, d’autres, plus minoritaires, sont là pour des actes de radicalisation.

Lutter contre la radicalisation en prison devrait être l’une de vos principales occupations…

MW : La radicalisation est très difficile à évaluer pour nous. Mais je n’ai pas l’impression que ça se passe vraiment en prison, pour la simple raison que ces détenus ne se mélangent pas ou très peu avec les autres. Il leur faut parfois plusieurs mois pour s’intégrer.

Bien sûr, lors de promenades ou d’autres activités, certains sujets religieux ou politiques sensibles peuvent être abordés, ce qui donne souvent lieu à des conflits. Mais comme nous sommes présents de façon hebdomadaire, nous sommes très rapidement informés de ces événements. Notre rôle sera alors de calmer le jeu.

Quelle attitude adopterez-vous vis-à-vis des détenus susceptibles de faire des déclarations ou d’avoir des comportements problématiques ?

MW : Il faut bien travailler ses arguments, basés sur la théologie musulmane, les versets du Coran et l’application de la sunna du prophète1. La plupart du temps, lorsque j’entends des interprétations problématiques, j’explique que le contexte de révélation de tel ou tel verset n’est pas du tout adapté à la société dans laquelle nous vivons. Après neuf ans comme aumônier, j’ai appris à répondre à beaucoup d’arguments radicaux. Ça devient dur de m’affronter !

Le problème, c’est que l’administration nous empêche d’accueillir, pour nos prêches, plus d’un détenu signalé pour radicalisation, contre trois auparavant. Pourtant, ce sont eux qui ont le plus besoin d’un recadrage théologique, afin de leur faire comprendre que tout ce qu’ils ont appris jusqu’ici les a trompés et conduit à la radicalisation. Au final, ce sont ces détenus, hommes et femmes, qui en sont le plus dépourvus.

Parmi les hommes en particulier, leur nombre est tel que les prisonniers ont le droit de se voir en promenade, mais pas de suivre le sermon. Cela n’a aucun sens, car c’est lors de ces échanges que la radicalisation peut s’opérer. Si tout le monde pouvait assister au service, je pense qu’il y en aurait au moins un qui se sentirait perturbé, dans le bon sens, par ce que l’aumônier a dit.

Les Journées nationales des prisons (JNP), qui se tiennent en ce moment, ont pour thème « La pauvreté à l’intérieur, la pauvreté à l’extérieur ». Les aumôniers peuvent-ils aussi être soumis à la précarité ?

MW : L’aumônerie des prisons, en règle générale, est très mal en point. Contrairement à celui des hôpitaux et à celui des armées par exemple, nous n’avons pas le même statut et donc pas de vrai salaire. Nous faisons une sorte de « volontariat rémunéré » : nous sommes rémunérés en fonction de nos interventions, et cela nous évite d’être couverts par la sécurité sociale. Un vrai statut et un vrai salaire pourraient aider à motiver plus de personnes à intégrer ce genre de mission.

Aussi, nos moyens dépendent de notre dénomination. Les catholiques ont saisi l’idée de mission humanitaire derrière notre activité. Et ils bénéficient de plus de moyens, parce que l’Église donne plus. Au contraire, dans notre pays, les mosquées ne financent pas les aumôniers, ni les objets religieux pour les prières (Coran, foulard, tapis, etc.).

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