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images saisissantes des townships sud-africains


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Anne Rearick fait partie de ces photographes qui aiment prendre le long terme, littéralement. Pour le projet « Township », l’Américaine est retournée dans les bidonvilles d’Afrique du Sud pendant plusieurs années, nouant des relations durables avec nombre de ses sujets, une partie de la marque de sa démarche humaniste.

« C’est toujours un long processus », a déclaré Rearick à RFI lors de son voyage en France, « parce que j’aime revenir encore et encore et approfondir ma relation avec un lieu ou une personne. Je pense que les photos deviennent meilleures et je suis plus à aisance; la personne est plus à l’aise.

« Je tombe amoureux des gens que je photographie ».

« Township », basé sur des voyages effectués dans les townships sud-africains entre 2004 et 2015, est l’ensemble des travaux qui ont retenu l’attention des organisateurs du festival de photographie « L’Oeil Urbain », qui se tient chaque année dans le working- banlieue classe de Corbeil-Essonnes, à 30km au sud de Paris. L’exposition de cette année se déroule jusqu’au 22 mai.

« Township » est un voyage visuel saisissant, composé de photographies en noir et blanc, plongeant instantanément le spectateur dans un environnement rarement vu par les étrangers.

Un livre de ses voyages a été publié aux Editions Clémentine de la Férronière, à Paris, en 2016.

Que ce soit à l’intérieur des églises, des hôpitaux, des écoles ou dans la rue, son regard est direct mais jamais intrusif.

La série de Rearick cadre bien avec le thème des 10e édition du festival : « engagement », traduit librement par « engagement social », ou « engagement » pour une cause qu’elle soit humaine ou environnementale.

« Je porte une responsabilité envers mes sujets; je suis honnête et direct avec mon regard », déclare Rearick.

Afrique du Sud, Langa Township, 2004. Filles dansant un dimanche après-midi. © Anne Rearick / Agence VU

« J’essaie de faire des photographies qui dissipent les stéréotypes et révèlent de nouvelles vérités au spectateur », explique-t-elle.

« J’espère que les gens qui regarderont mon travail pourront voir les liens universels qui nous unissent les uns aux autres, pour n’en nommer que quelques-uns : la beauté, la vérité, le courage et la dignité. »

Originaire de la côte est des États-Unis, Rearick a découvert l’Afrique du Sud lors d’un voyage pour le mariage de sa sœur. Elle a rencontré une femme appelée Sindi, une employée de maison qui l’a invitée à se rendre chez elle à Langa, dans l’est du Cap.

Peur et inspiration

Entrer dans l’auberge de jeunesse en béton sombre où Sindi et son fils vivaient avec des dizaines d’autres familles sans eau courante a été un choc culturel pour Rearick.

« Je me sentais vraiment mal à l’aise parce que j’avais l’impression – même en 2004 – que l’apartheid existait toujours et en tant que personne blanche et photographe blanche, je le ressentais particulièrement profondément », se souvient-elle, ajoutant qu’elle était reconnaissante à Sindi pour son soutien.

Elle ressentait autant de peur et d’appréhension que d’inspiration, surmontant progressivement son expérience initiale de confrontation.

Ce fut le début de nombreuses visites et d’amitiés de longue date.

L’un des souvenirs les plus attachants de Rearick de son époque a été de voir Sindi se refaire une vie, finalement quitter le canton et devenir indépendante.

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La photographe Anne Rearick avec Khuste à Idutywa, Eastern Cape, Afrique du Sud. La mère de Khuste, Sindi, était une amie proche. © Anne Rearick / Agence VU

« Les images que je fais ne sont pas le genre d’images que nous voyons ou imaginons normalement de la vie en Afrique du Sud pour les Noirs.

« Je pense qu’ils sont différents et tout mon objectif en les faisant était de montrer un autre côté de la vie et pas une seule histoire », explique le photographe.

Plonger profondément dans un thème est quelque chose que Rearick a fait toute sa carrière et sa forte connexion au lieu s’applique également à la France.

Par exemple, ses photographies du pays basque, forment l’épine dorsale d’une fascinante monographie de 2004 intitulée « Anne Rearick’s Eye », éditée sous le nom de Miresicoletea en basque, avec un autre livre en préparation. Ses photographies basques seront présentées dans l’événement Mérignac Photo, tout au long du mois de mai.

La pandémie de Covid a peut-être temporairement mis un terme à ses voyages, mais elle a qualifié la période de libératrice.

Elle dit que cela lui a permis de faire le point sur son travail d’une manière différente. Plutôt que de prendre des photos, elle a commencé à s’interroger sur l’utilité de son travail.

« J’ai vraiment passé beaucoup de temps à réfléchir sur le travail et à penser à ma place dans le monde de la photographie. Est-ce que cela sert quelqu’un ? Le travail est-il précieux ou y a-t-il d’autres choses que je peux faire ? J’ai toujours des questions quand je photographie , en particulier sur les communautés qui ne sont pas les miennes. »

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Afrique du Sud, Langa Township, mai 2006. Sindi, avec sa sœur Khosh. © Anne Rearick / Agence VU

Faire autrement

Elle souligne qu’elle ferait probablement les choses différemment aujourd’hui lorsqu’il s’agit de photographier des communautés noires en Afrique du Sud.

« Je pense qu’il est temps que les photographes blancs se retirent et laissent les gens de couleur raconter leurs propres histoires », dit-elle, indiquant que ce sont essentiellement des hommes blancs qui se sont chargés de documenter la vie dans les townships.

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Afrique du Sud, Idutywa, mai 2009. Zone rurale. Les fils de Sindi avec des agneaux. © Anne Rearick / Agence VU

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