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« Il y a une lassitude liée au décalage entre la réalité et les annonces ministérielles », témoigne un principal

« Il y a une grande fatigue à laquelle s’ajoute une forme de lassitude liée au décalage entre la réalité et les annonces ministérielles », a expliqué mercredi 12 janvier sur franceinfo Didier Georges, proviseur du lycée Jean-Drouant à Paris et secrétaire national du SNPDEN (Syndicat national des cadres de l’éducation nationale) chargé de la communication, alors qu’une grève avait lieu jeudi 13 janvier à laEÉducation nationale contre le protocole Covid-19 mis en place dans les écoles.

franceinfo : Pourquoi rejoignez-vous le mouvement de grève ?

Didier Georges : A cause d’une grande fatigue comme tout le monde à laquelle s’ajoute une forme de lassitude qui est liée au décalage que l’on perçoit entre la réalité du terrain et les annonces ministérielles sur un certain nombre de points. Vu de la rue de Grenelle, les choses semblent faciles mais c’est nous qui gérons le mécontentement, notamment des usagers. Nous avons mis en place des dizaines de protocoles différents, le premier étant très spectaculaire, sur des choses que nous n’avions jamais faites. On nous parle de remplacements d’enseignants absents quand on en a pas ou peu quand il n’y a pas de Covid, on nous parle de moyens qu’on ne voit pas passer. Les moyens sont là, mais il n’y a pas de ressources humaines. Les annonces sont donc en décalage avec la réalité et les parents ne comprennent pas pourquoi leur enfant n’a pas de prof de maths, mais le fait est qu’il n’y a pas de prof de maths.

Qu’attendez-vous avec cette mobilisation ?

Faire prendre conscience au ministère que les choses doivent encore être améliorées. Nous allons faire une demande de recherche des contacts pour le personnel d’encadrement car c’est devenu impossible à faire, et une simplification qui concerne le personnel afin que nous soyons moins en difficulté quand nous n’avons plus d’infirmière. Nous avons tous un certain pourcentage d’enseignants malades aujourd’hui.

Avez-vous l’impression d’être entendu par le ministre de l’Éducation?

Il nous entend, il nous reçoit, il nous interroge. Après cela, la réalité de ce qui lui a été restitué par ses services correspond-elle à ce que nous vivons ? Pas toujours, il y a un décalage certain. Lorsqu’il délègue des ressources et l’annonce, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il y aura une action immédiate en face. Il y a souvent un décalage horaire. On parle de masques chirurgicaux, il y en a déjà dans certains établissements et quand il n’y en a pas, le temps qu’ils arrivent, peut-être que cette énième crise sera terminée.

Jean-Michel Blanquer parle de pragmatisme, de bienveillance, de ne pas se mettre en grève contre un virus. Qu’en penses-tu ?

Je n’aime pas trop commenter les propos du ministre, pourtant parfois il faut avoir raison pour avoir raison, surtout quand on est dans une crise où l’on sent que la mobilisation va être extrêmement importante. Je me demande si les mots sont bien pesés. Évidemment, nous devons faire preuve de solidarité, mais nous n’avons pas à prouver que nous l’avons fait. Nous le faisons depuis 24 mois, nous nous battons tous depuis 24 mois, enseignants, enseignants, vie scolaire, personnels dans les écoles, pour que les enfants aient le plus de cours possible. On y est vraiment très attaché. Nous n’avons rien à démontrer. Les parents peuvent en témoigner. La communication du ministre via les médias devant le personnel, les retournements de situation incessants sont épuisants.

Est-il important d’avoir le soutien des parents?

C’est important car ils reconnaissent le travail qui est fait par les enseignants, les personnes qui supervisent leurs enfants au quotidien dans les écoles. Nous en sommes satisfaits. Mais n’oublions pas que les parents ressentent aussi les effets de cette crise. Le nouveau protocole annoncé par le ministre ne résout pas tous les problèmes. Cela simplifie pour les utilisateurs et parents d’élèves le fait de n’avoir que des autotests à faire, mais dans les écoles cela ne résout pas le problème des certificats à fournir sur la base de quoi ? Un autotest ? Ce n’est pas si simple. Pour nous, administrativement parlant, cela ne nous facilite pas beaucoup la vie.

Comment se passera l’accueil des étudiants pendant la grève ?

La participation doit être massive. Certains enseignants qui n’avaient pas l’intention de faire grève le seront à cause des propos tenus par Jean-Michel Blanquer sur la grève contre le virus. Parmi les personnels qui sont souvent à la pointe de cette lutte contre le Covid il y a des encadrants, des aides-éducatrices, du personnel de cantine et d’entretien et ils sont particulièrement là et on n’en parle pas beaucoup. Il y a une vraie marre. De nombreux collègues n’auront pas de personnel de vie scolaire demain et ont donc dû fermer la cantine, fermer les internats. Il est assez inédit que nous soyons massivement obligés de suspendre un certain nombre de services scolaires.



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