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Exposition Mona Lisa à vélo perd ses clés à la campagne

Rodez (Aveyron), envoyé spécial.

Exposez Fernand Léger au Musée Soulages de Rodez ! Un ogre de couleur chez le grand prêtre de l’outre-noir ! Benoît Decron, le directeur du musée, l’a fait avec la complicité de Maurice Fréchuret, historien de l’art et ancien conservateur de plusieurs musées de renom. Les deux peintres, que tout semble opposer, se sont pourtant connus, côtoyés et appréciés. Attention et empathie pour l’aîné, né en 1881, respect pour Soulages – de près de quarante ans son cadet (1919) – envers le monument Léger, déjà lourd en 1952. Amboise (Indre-et-Loire) pour la mise en scène et les décors de un spectacle commémorant le 5e centenaire de la naissance de Léonard de Vinci. Ils s’étaient déjà rencontrés en 1945 dans l’importante galerie parisienne Louis-Carré, qui organisa les expositions de Léger à son retour d’Amérique après l’exil et commença à s’occuper de Soulages. Dans une vidéo projetée au fil de l’exposition, Soulages lui-même se souvient d’Amboise, mais aussi de cet échange, chez Louis Carré justement. « C’est ce que je préfère », dit-il devant une grande céramique noire et blanche de Léger. Ce dernier lui donne une grosse claque et s’exclame : « Tu as raison, mon vieux, il n’y a que du noir et du blanc ! »

On pourrait essayer d’élaborer des théories à ce sujet. Comment la couleur chez Léger, franche, radicale, réduite – comme chez Mondrian d’une autre manière – aux trois primaires, rouge, jaune, bleu, et leurs dérivés les plus proches, vert, violet, orange, n’est pas certaine. la toile et, si l’on ose dire, la couleur qui colore, mais celle qui recompose le spectre, c’est-à-dire le blanc, le plus souvent entouré de noir.

Une figure majeure de tout ce qui se fait et s’invente

De manière tout aussi paradoxale, on peut évoquer à son propos les questions de l’abstraction et de la figuration. Mais avant, il faut rappeler son parcours, au coeur des avant-gardes du XX e siècle. Fernand Léger est né à Argentan, dans l’Orne. Son père, marchand de chevaux, est décédé lorsqu’il avait 3 ans. Enfant unique, il est élevé par sa mère. Il sera un étudiant turbulent. L’un de ses camarades est André Mare, qui sera lui-même un artiste cubiste et l’un des inventeurs de la peinture de camouflage de la Première Guerre mondiale. Sans diplôme, Léger arrive à Paris à l’âge de 19 ans. Echouant au concours d’entrée aux Beaux-Arts, il se met néanmoins à peindre dans un style vaguement impressionniste. En 1909, il loue un atelier à La Ruche, où se réunissent des artistes de toute l’Europe. A partir de cette époque, il sera une figure majeure de tout ce qui se fait et s’invente. Il était avec Constantin Brancusi et Marcel Duchamp au Salon de la locomotion aérienne en 1912, lorsque ce dernier déclara devant une hélice d’avion : « La peinture est finie. Qui maintenant peut faire mieux que cette hélice ? » Cette anecdote peut être comparée à la fascination esthétique qu’éprouvera Léger pendant la guerre, mobilisé pendant trois ans, devant la culasse au soleil d’un canon de calibre 75, « magie de la lumière sur métal blanc ». En 1924, il ouvre une académie. Au fil des années, il aura comme élèves Nicolas de Staël, Louise Bourgeois, Asger Jorn… Il s’investit également dans le spectacle, le cinéma. Son séjour, relativement forcé, aux États-Unis tout au long de l’occupation nazie marquera son œuvre. A son retour, il rejoint le PCF. Ce sera la période de ses toiles les plus célèbres, les bâtisseurs, fêtes de pays qui semblent évoquer le Front populaire et la paix retrouvée ; en quoi elle se résume trop souvent.

Il invente un langage plastique et une nouvelle conception de la peinture

C’est plus complexe. Les cyclistes ont été inspirés par les jeunes femmes américaines à bicyclette. Les gammes de couleur se dissocient des formes par les jeux sur les corps et les immeubles des néons et enseignes lumineuses des grandes villes américaines. Les constructeurs peuvent être américains ou soviétiques. Dès ses débuts, avec une accélération dans les années 1920, Léger invente non seulement un langage plastique, mais une nouvelle conception de la peinture. Qu’est-ce que la Joconde avec les clés de 1930 qui réunit sur une même toile une figure de la Joconde, des motifs abstraits proches de ceux de Kandinsky et au centre un trousseau de clés peint, on y revient, comme la culasse d’un canon ? Qu’est-ce que son Composition à l’escalier de 1925 ou son Composition en bleu et jaune de 1928, dont les éléments figuratifs sont traités comme autant de formes abstraites ? La figure humaine elle-même, représentée de face dans la plupart, ne prétend à aucune ressemblance. C’est le signe d’une figure humaine qui parle à tout le monde. En quelque sorte, il peint des icônes, plus proches dans leur modernité de celles de l’époque byzantine que de l’histoire de la peinture de la Renaissance. Et que dire des corps entrelacés de ses Grands plongeurs noirs, qui sont aussi rouges, bleues et vertes, peintes en 1944 aux États-Unis, dont les corps semblent anticiper à la fois les Playmobil et les peintures de Keith Haring quarante ans plus tard ? Léger, athée qui s’investira dans l’art sacré sur le plateau d’Assy, en Haute-Savoie, et à Audincourt, dans le Doubs, voudra alors des murs, plus que des toiles. A Biot, dans les Alpes-Maritimes, la mosaïque de la façade sud du Musée national qui lui est consacrée couvre 1 000 mètres carrés.

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