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Enrico Berlinguer, un communiste loin de Moscou

Vous ne naissez pas communiste, vous le devenez. Enrico Berlinguer est né il y a cent ans, le 25 mai 1922, dans une famille où se cultive la mémoire du Risorgimento, l’unité italienne, et dans une ville de Sardaigne, Sassari, berceau d’une autre grande figure : Antonio Segni, chrétien Président démocrate de la République de 1962 à 1964. Pour la petite histoire, il a courtisé Mariuccia, la mère d’Enrico. Pour la grande histoire, ce dernier devient communiste en jouant au poker, à partir de 1934, avec le communiste Pietro Sanna. Dans l’Italie fasciste, il se tourne vers Radio London. En 1943, il rejoint le Parti communiste italien (PCI). Il est alors dans le moule stalinien. Il n’est pas encore la démangeaison du mouvement communiste international.

Cette vocation apparaît en novembre 1956, lorsque les chars soviétiques pénètrent dans Budapest, ville qu’il fréquente régulièrement puisqu’elle est le siège de la FMJD, l’Internationale des jeunes communistes. Il est lui-même, depuis 1950, secrétaire de la Fédération italienne de la jeunesse communiste. Lors d’une réunion de la direction du PCI, Giuseppe Di Vittorio, le secrétaire de la CGIL, qui s’est distancié de « l’intervention », a été destitué par ses camarades. Un seul le défend : Enrico Berlinguer. « En Hongrie, il y a eu une explosion du mécontentement populaire et cela exige que nous en expliquions les causes », il professe. Le jeune Enrico bafoue les dogmes, jusqu’à les faire bafouer par le parti lui-même, dont il devient secrétaire adjoint en 1969 et secrétaire en 1972.

un eurocommunisme aux caractéristiques différentes

Il prône une voie italienne vers le socialisme. « Nous n’en sommes probablement qu’au début, déclare-t-il lors du congrès de Bologne du PCI en février 1969, alors que l’Europe connaît une forte contestation sociale. Le mouvement ouvrier et démocratique de l’Europe capitaliste n’a pas de chemin droit et facile devant lui. Loin de là ! Mais une telle récupération semble provenir de processus profonds, avoir une signification et une valeur particulières : pour l’Europe elle-même et pour la fonction que la classe ouvrière européenne et l’Europe démocratique peuvent remplir dans le processus révolutionnaire mondial. » Il reprend le thème du « polycentrisme » laissé en friche par le leader du PCI pendant et après la guerre, Palmiro Togliatti, selon lequel le mouvement communiste international devait avoir plusieurs centres. Cela conduira, dans les années 1970, Berlinguer à promouvoir, avec le PCF et le PC d’Espagne, un eurocommunisme aux caractéristiques différentes de celles du modèle soviétique. En juin 1969, lors de la conférence des partis communistes, il expose les divergences entre le PCI et le Pcus à la lumière de la répression de Prague un an plus tôt.

il poursuit une politique de « compromis historique »

En 1977, il va beaucoup plus loin. Il déclare ne pas vouloir « L’Italie quitte l’OTAN » pour ne pas fâcher soldes en international », mais aussi « parce que (il) (s)e se sentent plus en sécurité de ce côté » mener une politique indépendante . Cependant, il s’empresse de souligner qu’en Occident « certains ne voudraient même pas nous laisser commencer à faire (le socialisme), y compris dans la liberté ». Une autre déclaration est choquante. En 1981, suite à la prise du pouvoir par le général Wojciech Jaruzelski en Pologne, il déclare que le « poussée propulsive (…) de la révolution socialiste d’Octobre, le plus grand événement révolutionnaire de notre temps », a été épuisée dans les sociétés d’Europe de l’Est. Pour lui, il faut « Solutions originales » développer le socialisme en Occident.

Originales, les solutions le sont. Ils se heurtent souvent à ses partenaires communistes dans d’autres pays. De 1973 à 1979, il mène une politique de « compromis historique » : soutien parlementaire aux gouvernements démocrates-chrétiens, au nom de la lutte contre le terrorisme et du nécessaire renouveau démocratique. A la fin des années 1970, il prône une politique « d’austérité ». Dans un contexte de crise et après les conquêtes sociales de 1968-1969, la classe ouvrière doit faire, prône-t-il, « sacrifice » en échange d’un « nouveau modèle de développement » qui ne repose plus sur la croissance de la consommation, mais introduit « éléments du socialisme » et concentre les dépenses sur les personnes : culture, santé, formation. On est loin du sens donné aujourd’hui au terme « austérité ».

Peu à peu, le cordon ombilical est coupé avec Moscou. En février 1984, il s’y rend accompagné de Massimo D’Alema, l’un des fossoyeurs du PCI en 1991. Berlinguer, habitué des pays de l’Est, et qui a survécu à un accident de la route en Bulgarie en 1973, voit les couronnes qui leur sont offertes. Il dit alors à son acolyte :« Voici la première loi générale du socialisme réel : les dirigeants mentent toujours, même quand ce n’est pas nécessaire. La seconde est que l’agriculture ne fonctionne pas. (…) La troisième, attention, c’est que les bonbons collent toujours au papier. » C’est son dernier voyage à Moscou. Il meurt le 11 juin 1984, quatre jours après s’être effondré lors d’un meeting à Padoue. Il ne verra pas, le 17 juin, son triomphe du PCI, avec 33,33 % des voix, en tête des élections européennes. Une première et une dernière.

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