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En Tunisie, purge chez les magistrats

Semaine morte dans les tribunaux tunisiens. L’association des magistrats a suspendu pour une semaine (renouvelable) les activités de tous les tribunaux à partir du lundi 6 juin. Seuls les services de secours interviennent notamment pour les autorisations d’inhumation ou les cas de terrorisme. L’objet de la colère ? La destitution de 57 magistrats par le président Kaïs Saïed.

Depuis son coup d’État du 25 juillet 2021, Kaïs Saïed, qui concentre tous les pouvoirs, n’a cessé de renforcer son emprise sur la justice. Par décret présidentiel du 1euh juin, il peut désormais révoquer, sur simple soupçon et sans recours possible, tout magistrat « en raison d’un acte qui lui est imputé et qui est de nature à compromettre la réputation de la justice, son indépendance ou son bon fonctionnement ».

Certaines des personnalités limogées sont soupçonnées d’avoir dissimulé des preuves dans les enquêtes sur les assassinats des opposants politiques Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013 et d’avoir dissimulé l’existence d’un éventuel « appareil secret » au sein du parti islamiste Ennahda. D’autres seraient la cible de corruption ou d’enrichissement illicite. Un magistrat est accusé d’adultère. « Le président règle aussi ses comptes avec des juges qui ne sont pas dociles », dit une source anonyme.

« On va vers l’usine d’une dictature »

« Même les plus grands criminels ont droit à la justice, l’état de droit est la base de la démocratie ! », étrangle le professeur de droit public Sana Ben Achour, signataire ainsi que 140 personnalités et 25 organisations de la société civile d’un communiqué de presse s’élevant contre « élimination du pouvoir juridictionnel ». « On va vers l’usine d’une dictature », elle s’inquiète.

Pourtant, en dehors des sphères politiques et intellectuelles, les Tunisiens ne semblent guère reprocher à leur président ses penchants populistes et autocratiques depuis son élection en octobre 2019. « Les magistrats ont très mauvaise presse, beaucoup de Tunisiens sont reconnaissants que les noms vilipendés soient écartés. Et que Rached Ghannouchi ait également été interdit de voyage les ravit : le leader historique d’Ennahda est l’homme politique le plus détesté de Tunisie », commente encore la source.

Deux sondages récents donneraient à Kaïs Saïed un large vainqueur au premier tour, avec 65 à 70 % des suffrages, si une élection présidentielle devait se tenir dans les prochaines semaines.

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