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En Algérie, les adieux au journal « Liberty »

 » La fin d’une ère « . C’est la formule qui revient le plus dans les commentaires depuis l’annonce du sabordage du quotidien Liberté par son propriétaire, le riche homme d’affaires algérien Issad Rebrab. Le directeur de la publication, Abrous Outoudert, a signé un éditorial intitulé « Infanticide ». Le collectif de 72 salariés, dont une majorité de journalistes, a multiplié les assemblées générales. De nombreuses personnalités ont réclamé que le journal, qui devait fêter ses 30 ans, soit maintenu en vie. Rien n’a fonctionné. « Le propriétaire a même refusé que des journalistes reprennent le titre après son départ », s’indigne le journaliste Ali Boukhlef.

→ HISTOIRE. Trois ans après le début du Hirak, l’Algérie de plus en plus bâillonnée par le pouvoir

La rédaction a produit, mercredi 13 avril, le dernier numéro d’un journal qui incarnait, parmi quatre ou cinq autres titres, les glorieuses années de la presse indépendante du pouvoir en Algérie. Deuxième tirage de la presse francophone derrière El Watanavec environ 50 000 exemplaires par jour – après avoir atteint 130 000 exemplaires dans les années 2004-2006 –, Liberté est l’un des quatre derniers journaux francophones et surtout les deux derniers à avoir maintenu une ligne éditoriale ouverte à la critique de la gouvernance du président Abdelmadjid Tebboune.

Harcelé par le pouvoir

Le titre était certes déficitaire, mais deux plans sociaux récents avaient réduit les pertes, et le lancement d’une nouvelle édition électronique portait la promesse de la monétisation d’une partie de son contenu.

Issad Rebrab, 78 ans, PDG du groupe Cevital, 6 anset fortune de l’Afrique en 2020 selon le magazine américain Forbes, avait tenté en 2015 de prendre une position forte dans les médias. Mais son acquisition du groupe arabophone El Khabar, le premier du pays, avait été annulée par la justice suite à une « plainte » de l’exécutif. Un de ses fils a expliqué aux employés de Liberté que les raisons qui ont conduit à la fermeture du journal – une décision « irréversible » – étaient en ordre « personnel et intime ».

Mais que s’est-il passé pour qu’Issad Rebrab (parti à la conquête du monde il y a dix ans avec le rachat de Brandt et Oxxo en France, et du pôle sidérurgique de Piombino en Italie) ne veuille plus assumer un journal avec les quatre salariés qui étaient martyrs du terrorisme dans les années 1990, et avec un public encore nombreux et fidèle ? Pour Saïd Sadi, opposant, ancien candidat à la présidentielle et proche de l’homme d’affaires, « la fermeture de Liberté est la conséquence du harcèlement de Rebrab par le gouvernement ».

Incarcéré pendant huit mois

A la surprise générale, l’homme d’affaires est emprisonné pendant huit mois après la chute du président Bouteflika en avril 2019. Le directeur de cabinet, Ahmed Gaïd Salah, entame alors une supposée opération « mains propres » qui vise à la fois les nouveaux oligarques proches des frères Bouteflika et les vieilles fortunes plus lointaines du pays.

« Il a subi ce déclin comme une blessure narcissique, témoigne un codétenu, lui qui pensait avoir fait du bien au pays avec plus de 100 000 emplois créés. » La mort de Gaïd Salah fin 2019 a ouvert la voie à sa libération et à sa réhabilitation. Mais un énorme malentendu s’est rapidement installé entre le président Tebboune, en quête d’un franc soutien, et l’homme d’affaires, réclamant un vote à main levée sur ses projets d’investissement bloqués.

Une tache noire sur le passif de l’ère Tebboune

Le directeur de Liberté a été convoqué à plusieurs reprises par les services de sécurité mécontents des gros titres. Deux de ses journalistes ont été emprisonnés en 2020 et 2021 ; l’un d’eux, Mohamed Mouloudj, est toujours en détention.

Les intérêts du groupe Cevital ont également été directement touchés par l’initiative du gouvernement, comme la récente interdiction temporaire d’exporter des produits alimentaires. « Le vieil homme a craqué »dit affectueusement un de ses anciens collaborateurs.

La disparition de Liberté est une tache noire sur le passif de l’ère Tebboune. Elle annonce d’autres déboires imminents, tant l’offre médiatique est précaire, sous les coups de la censure sécuritaire et de la répression des journalistes. « La télévision privée a le statut de chaînes étrangères, la radio terrestre est un monopole public, la presse électronique a été étouffée dans l’œuf. La loi interdit la formation de groupes multimédias, etc. Même sous le terrorisme, le tableau n’était pas si sombre », témoigne Mohamed Ouanoughene, journaliste du quotidien. qui conclut : « Mieux vaut disparaître dans un tel contexte. »

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La répression contre la presse s’intensifie

L’Algérie compte 266 prisonniers d’opinion, selon le Comité national de libération des détenus.

Depuis le Hirak, le mouvement de contestation né au printemps 2019, des dizaines de journalistes ont été arrêtés et plusieurs condamnés à des peines de prison ou avec sursis. Certains sont toujours incarcérés, comme Mohamed Mouloudj de Libertéen détention provisoire depuis septembre 2021.

Le ministère de la Communication a retiré leur agrément aux chaînes France 24 en juin 2021 et Al-Arabiya en juillet 2021.

En décembre dernier, Reporters sans frontières dénonçait l’intensification des attaques contre la presse. L’ONG a classé l’Algérie au 146e rang mondial (sur 180) pour la liberté de la presse en 2021.

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