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Elizabeth II, Gorbatchev, Godard : disparition de figures emblématiques du XXe siècle


« Elizabeth II emmène le XXe siècle dans sa tombe », commente le journal français Humanité sur la plus ancienne tête couronnée d’Europe. La souveraine du Royaume-Uni est décédée la semaine dernière à l’âge de 96 ans. Des anciennes colonies britanniques à la Russie ou la Chine, où elle a été la première monarque britannique à avoir mis les pieds, Elizabeth II a parcouru un monde soumis à des hauts et des bas. de l’histoire. Elle a vécu la Seconde Guerre mondiale, a vu la dissolution de l’Empire britannique et a eu 15 premiers ministres au cours de ses sept décennies de règne. La symbolique est également forte après la mort de Mikhaïl Gorbatchev, qui a changé la face du monde en devenant le fossoyeur involontaire de l’URSS. Le dernier dirigeant de l’Union soviétique est décédé fin août à l’âge de 91 ans en Russie. Le Franco-Suisse Jean-Luc Godard, décédé mardi dernier à l’âge de 91 ans, a marqué de son empreinte des générations de cinéphiles avec ses films cultes comme « A bout de souffle », ses innovations formelles qui ont fait de lui une figure de la Nouvelle Vague. , et ses provocations. Il a tourné une cinquantaine de longs métrages depuis le début des années 1960 et est l’un des cinéastes les plus étudiés au monde.

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Ces dernières années, les disparitions de Nelson Mandela ou de Fidel Castro avaient également suscité des commentaires sur « la fin du XXe siècle ». D’autres figures du XXe siècle sont encore vivantes : Jimmy Carter, Ali Khamenei ou le Dalaï Lama, mais aussi certains membres des Rolling Stones ou des Beatles… Pour Gilles Gressani, directeur du magazine « Le Grand Continent », Elizabeth II , Gorbatchev et Godard sont « des figures absolument centrales et très difficiles à répéter ». « Des figures emblématiques, politiques, sociales qui traversent les bouleversements de ce qui pourrait être l’histoire brûlante, qui s’est faite dans les conflits et dans les grandes transformations », a-t-il déclaré à l’AFP. Selon Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), « la mort d’Elizabeth II est en quelque sorte un point final à la Seconde Guerre mondiale ». « La Reine a participé directement à la victoire de 1945 et les Britanniques considèrent que l’Union européenne à ses débuts est l’alliance des vaincus, que le Royaume-Uni, avec une identité forte, est l’un des vainqueurs de 1945 et que le monarque, jusqu’à sa mort, l’incarnait ».

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Hérauts du 21ème siècle ?

Mais pour M. Gomart, la disparition de ces trois personnalités ne signifie pas la fin du XXe siècle, qu’il place plutôt au 11 septembre 2001, lors des attentats d’Al-Qaïda aux États-Unis. « Parce qu’en 2001, trois choses sont en jeu : la Chine entre dans l’OMC ; le 11 septembre, c’est l’attaque contre les Etats-Unis, sur le territoire américain – sans précédent depuis Pearl Harbor – non pas par un Etat mais de manière asymétrique, par le djihadisme, et ce a pour principale conséquence de détourner les Etats-Unis de la montée en puissance de la Chine », a-t-il déclaré à l’AFP. Surtout, il estime que la reine, Gorbatchev et Godard « sont, d’une autre manière, des hérauts du XXIe siècle », partageant un rapport très particulier à l’image.

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Concernant Elizabeth II, « il y a une modernité et une capacité à réinventer la royauté dans un pays qui connaît fondamentalement le déclin » par son « usage politique de l’image qui, à mes yeux, annonce le XXIe siècle », citant « sa compréhension de la rôle de la télévision qui est très précoce avec son sacre » en 1953, premier grand événement à être diffusé à l’échelle internationale à la télévision. Il note que Gorbatchev avait compris que « le choc des images entre ce que l’URSS produisait et ce que l’Occident produisait était devenu intenable ». « C’est comprendre qu’un système impérial, étatiste, collectiviste n’était plus adapté à la nature de la concurrence internationale et aux aspirations d’une population elle-même réceptrice ou réceptrice d’images de l’Occident (…) car au fond l’URSS s’effondre quand les Soviétiques cessent d’y croire, plus que par des coups extérieurs ». Il souligne également que Godard « a pensé la manière dont l’image est devenue le médium prédominant. Il la comprend très puissamment ».

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Un moment de grande fracture

Pour l’historienne du cinéma Isabelle Marinone, Jean-Luc Godard, « c’est un repère dans le temps, et dans le temps de l’histoire du cinéma en particulier ». « C’est quelqu’un qui a pensé à la fois les images et l’histoire (…) il a toujours cassé les rythmes, les époques, dans ses engagements, mais aussi dans la manière de se positionner par rapport à son métier de réalisateur. » est peut-être la seule cinéaste à avoir vraiment réfléchi à l’idée que le cinéma s’opposait à la télévision et qu’il fallait regarder le cinéma comme un vecteur de mémoire, de remémoration, alors que la télévision n’était là que pour créer l’oubli », a-t-elle confié. « Il y a chez Godard cet effet d’éléments qui se superposent notamment dans ses derniers films (…) des jugements de valeur qui vont parfois entrer en conflit avec des effets de références historiques », analyse-t-elle. « Cet ensemble très riche, mais parfois très confus, montre ce début de XXIe siècle : une confusion des registres et des genres, où l’on a des événements extrêmement graves qui surviennent en même temps que des choses totalement futiles qui sont le lot quotidien de nos vies », citant la publicité ou le « narcisses sm » de selfies.

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Gilles Gressani souligne qu' »il va falloir se poser la question de savoir quelle est la dimension spécifique de nos années ». « Ce que nous vivons actuellement, c’est un interrègne », estime-t-il, « c’est-à-dire cet espace entre deux époques », qui est « un moment de très grandes fractures ». « On sait de façon intime que le monde change parce qu’il y a la crise pandémique, la guerre en Ukraine, le terrorisme, les crises économiques, la crise climatique, ça crée un sentiment de vertige et d’angoisse ». Des changements « qui n’ont pas encore abouti à une organisation claire », note-t-il. « Il est normal qu’aujourd’hui nous n’ayons pas l’équivalent de ces icônes du 20e siècle, qui le sont devenues parce qu’elles ont su traverser les crises et les transformations ». Mais « on peut agir dans ces transformations, il ne faut pas se replier dans une période de passivité », interpelle-t-il.

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