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Divertissement

Edouard Louis, ou le naufrage


Edouard Louis ou la transformation C’est le titre du film : une transformation que je voudrais aussi analyser ce matin, puisqu’elle me semble une forme d’affaiblissement d’une figure qui apparaissait il y a dix ans comme un radical sur la scène littéraire et politique française. Edouard Louis, vous le savez, c’est cet écrivain qui s’est révélé à 21 ans pour un livre qui a fait sensation : En finir avec Eddy Bellegueule – un récit autobiographique très serré et très armé dans lequel il revient sur son passé dans un milieu sous-prolétaire de la campagne picarde, depuis sa position de jeune homme venu s’installer à Paris, étudiant la sociologie dans l’une de ses écoles les plus prestigieuses, qui deviendra plus tard une figure de la gauche intellectuelle radicale, liée notamment à Didier Eribon et Geoffroy de Lagasnerie. Je me souviens avoir reçu ce livre comme une sorte de choc : il était dur, il était plein de vulgarité, de honte, de violence, des choses rarement lues auparavant : le lieu littéraire d’une division, d’une exposition d’une autocrise assez spectaculaire. Au-delà du phénomène médiatique qu’il est immédiatement devenu et donc volontairement déformé par tous les discours qui l’entourent, j’ai admiré ce geste radical qui reposait sur la singularité absolue d’une forme. Depuis, c’est comme si ce chiffre diminuait lentement, et ce film, qui sort aujourd’hui, est certainement une étape supplémentaire dans ce mouvement profondément décevant.

Edouard Louis et la transformation, est un documentaire qui emmène l’écrivain dans différents décors : les rues d’Amiens, autour de l’institut qu’il a fréquenté et où s’est déroulée la première étape de sa transformation, au contact de confrères au capital culturel consolidé, supérieur au sien. propre; une étude où il lit lui-même des extraits de ses propres œuvres ; les scènes de théâtre où ses textes étaient interprétés, par lui-même ou par d’autres. Il semble ému, doux, raisonnable, joueur, apaisé, presque à l’opposé de la façon dont il a émergé dans l’espace culturel il y a dix ans.

Hors des champs

29 minutes

Abandonner ?

Le théâtre est une étape de la transformation que j’observe depuis des années, et qui est moins un cheminement social et culturel du prolétariat vers les élites, qu’un changement profond de la situation d’énonciation qui lui correspond. Edouard Louis était il y a dix ans un « je » abîmé, qui fondait son identité sur une forme littéraire cruelle ; Maintenant c’est un « lui » qui joue lui-même, dans un geste de mégalomanie qui se confond avec beaucoup de franchise, c’est assez désarmant. Il semblerait que toute son œuvre, depuis En finir avec Eddy Bellegueule ne cherche qu’à réparer ce premier acte de déchirure – son livre Qui a tué mon père ? Publié notamment en 2018, il transforme le meurtre symbolique du père en une réconciliation empathique. Pire encore, la mise en scène de ses propres textes, prononcés par des comédiens puis par lui-même, produit une sorte de mise à distance qui épuise complètement la révolte initiale : depuis des années j’ai vu Edouard Louis devenir une sorte de fétichiste, politiquement inefficace, qui étrangement s’auto- détruit dans la simplification progressive des représentations – et des siennes en premier lieu – toute sa puissance, tant artistique qu’idéologique.

Ce film de François Caillat, qui insiste sur sa volonté de montrer une silhouette douce et mesurée, recycle une expérience de manière quelque peu artistique, qui se veut sans doute poétique. L’histoire de l’abandon scolaire devient courante. En finir avec Eddy Bellegueule Cela faisait travailler les tripes du lecteur, jouait avec le dégoût et l’inconfort qu’il produisait ; Le documentaire raconte la même chose : un repas à base d’aliments industriels, des insultes homophobes, des coups, la honte vécue au lycée, mais en thématisant sans cesse la référence à la doctrine bourdieusienne : en prenant cette expérience dans la littérature et le style, elle ne devient plus vulgaire. mais trivial et ne produit qu’une vague empathie. Le film me convainc ainsi que la figure d’Edouard Louis, qui a déposé les armes depuis longtemps, est devenue totalement inoffensive.




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Gérard Truchon

An experienced journalist in internal and global political affairs, she tackles political issues from all sides
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