Nouvelles locales

Éditorial. La Tunisie menacée


Par Pierre Barbancey

Quel que soit le résultat du référendum organisé lundi, que la participation soit massive ou non, Kaïs Saïed en sortira grand gagnant. La Tunisie, qui avait réussi à se débarrasser du dictateur Zine El Abidine Ben Ali après une révolution si extraordinaire qu’elle s’était propagée dans tout le monde arabe, pourrait bien se retrouver sous l’emprise d’un homme qui, sous une apparence débonnaire, est en train de de s’octroyer les pleins pouvoirs.

C’est d’autant plus grave que le président en place a pu passer, aux yeux des Tunisiens, notamment des jeunes, comme capable de résister aux islamistes d’Ennahdha et à son leader Rached Ghannouchi, président du Parlement, tant dans le domaine de rigueur religieuse qu’à l’égard des prébendes et du népotisme. C’était oublier que ces mêmes islamistes ont aidé Kaïs Saïed à arriver au pouvoir lors de la présidentielle d’octobre 2019. L’opposition n’est qu’une façade. Ainsi, contrairement à la Constitution de 2014, dans la Constitution Saïed, la mention « d’état civil », qui garantissait jusqu’alors une relative séparation religieuse, disparaît. Au contraire, il affirme que la Tunisie « fait partie de la communauté islamique » et « L’Etat doit travailler pour atteindre les objectifs de l’Islam ». Comme la charia, par exemple. De même, aucun objectif économique n’est évoqué alors que les prérogatives du Parlement – dissous depuis mars – sont rognées, voire inexistantes face à un exécutif ultra-puissant.

Il est donc à craindre que le référendum ne consacre la stature présidentielle inamovible et inatteignable, décidant de tout pour tout le monde. La Tunisie tomberait alors de Charybde à Scylla. Dans un espace politique vidé, où crient les progressistes, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) reste un solide rempart démocratique, une organisation rare capable d’éviter le pire en se mobilisant autour du triptyque véritablement révolutionnaire : pain, liberté et justice. social.

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