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Duo Abélard, les pianistes français qui enchantent les premières parties de Rammstein


C’est un acte d’ouverture inattendu mais magnifique qui illumine les stades des concerts de Rammstein avant même que les héros de la soirée n’arrivent. Sur une petite scène loin des grosses machines légendaires des Allemands, deux pianistes virtuoses ouvrent le bal. Lorsque les premières notes de anneaux du duo Abélard, la rumeur est muette. Et la magie des mélodies des chansons d’un des plus grands groupes de métal du moment opère sur un public venu pour le gros son. Héloïse Hervouët, la brune, et Katherine Nikitine, la blonde, proposent avec enthousiasme et brio un apéritif avec un show passionnant. Mutter, Diamant, Früling à Paris, Zeit, Deutschland… 9 titres s’enchaînent et en l’absence de Till Lindemann c’est le public qui donne la parole. Un public qui ne boude pas son plaisir si l’on en croit les très nombreux messages et vidéos postés sur les réseaux sociaux (qu’ils gèrent eux-mêmes).

RTF

Rien pourtant ne prédestinait les deux amis à se retrouver dans les stades, acclamés à chaque concert par des dizaines de milliers de personnes qui ne les connaissaient sans doute pas quelques instants plus tôt. En tout cas dans ce milieu qu’est le métal puisqu’ils sont loin d’être novices en classique. Tombées dans la musique dès leur plus jeune âge, couronnées de distinctions et concertistes aguerries, les jeunes femmes de 36 et 37 ans mènent chacune de brillantes carrières de solistes et enseignent dans des conservatoires. A Genève pour Katherine, à Monaco pour Héloïse, qui joue dans l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

Leur amitié remonte à 2007/2008, au Conservatoire de Lyon où ils ont étudié en classe de piano. Déjà à l’époque, ils se produisaient ensemble et leur duo faisait mouche. Et puis chacun a suivi son chemin dans une région différente et ils se sont perdus de vue… Jusqu’à ce jour de 2019 où tout a basculé. Un autre duo féminin, Jatekok, faisait déjà la première partie de Rammstein. Pour les besoins d’un remplacement, Adélaïde Panaget et Naïri Badal contactent Katherine, qu’ils connaissaient de longue date et qui les avait déjà aidés. Elle reprend alors contact avec son ancien duettiste. La veille du concert, ils choisissent leur nom de scène, en référence à la célèbre histoire d’amour médiévale entre Héloïse et Abélard, « un signe que nous y mettrions tout notre coeur ». « C’était un peu évident de jouer ensemble et on s’est retrouvé avec plaisir »dit Katherine. « Ça marche très bien musicalement et humainement ».

Le groupe allemand est séduit et propose alors d’assurer la moitié des concerts à venir. C’était sans compter sur l’arrivée d’un méchant virus… Reporté à 2021, il faudra encore attendre 2022 pour que la tournée démarre enfin. Et c’est ainsi qu’Héloïse et Katherine mettent entre parenthèses leur vie de pianistes classiques pendant quelques semaines et se retrouvent à enchaîner 22 dates de tournée du Stadium, les 16 dernières en Europe (dont les deux concerts français à Lyon les 8 et 9 juillet) et les 6 premières aux États-Unis et au Canada.

« J’étais déjà un peu fan de métal et quand on m’a proposé ce remplacement j’étais fou de joie » se souvient Katherine. « Nous sommes toujours en adoration devant les compositeurs avec qui nous travaillons comme Mozart, Beethoven mais là, ce qui est exaltant et merveilleux, c’est de jouer la musique de compositeurs vivants ». Héloïse découvre à cette époque cet univers dans lequel elle plonge sans retenue. « Pour le premier spectacle à Rostock en 2019, nous avons eu une seconde d’intimidation devant ce stade avec 30 000 personnes devant nous. Mais on s’est dit ‘allez, on y va et on se donne à fond’ et on y est allé avec beaucoup de joie et d’excitation. C’est ce qui nous porte à chaque fois sur scène et on trouve ça extraordinaire ! Maintenant, j’écoute Rammstein depuis trois ans et j’ai beaucoup d’admiration pour ce qu’ils font. ».

Malgré toute cette admiration, rejoindre la tournée a nécessité un énorme travail d’adaptation, facilité par la rigueur et la concentration requises en musique classique. « On change complètement le dispositif par rapport à un pianiste solisteexplique Héloïse. Il y a jusqu’à 300 personnes qui travaillent sur un concert, avec les aspects sécurité, son et lumière à gérer. Il a fallu apprendre à jouer sur des claviers numériques qu’il faut apprivoiser ». Pour leur set list, nous avons aussi dû faire des choix. « C’était difficile parce qu’on aime toutes leurs chansons »continue Katherine. « Mais nous avons choisi ceux qui allaient le mieux au piano, ceux où la mélodie est très présente, sur de belles harmonies, donc qui sont compatibles avec notre univers ». « Et alors nous avons notre fantastique arrangeur Jonas Atlan, qui nous fait de sublimes arrangements des chansons », complète Héloïse. Un choix validé par le groupe, différent de celui proposé par le duo Jatekok, qui «reflète notre personnalité, font-ils remarquer.

On peut remercier Rammstein d’avoir expérimenté sans complexe ce mélange des genres (c’est un peu sa marque de fabrique, d’ailleurs). Miser sur cette réinterprétation de leurs titres dans le premier volet est un choix artistique à contre-courant, culotté mais payant. Les deux pianistes sont aussi fermement convaincus que, quel que soit le style musical, l’émotion est à la base de tout, pour les musiciens comme pour les fans. « Nous avons un grand respect pour ce public qui vient parfois de très loin. »souligne Katherine. « Nous avons une vraie responsabilité et ce n’était pas gagné d’avance.

On sait qu’on tombe nez à nez avec des métalleux qui s’attendaient à plus de métal dans la première partie. Ils sont captifs de notre piano pendant 45 minutes alors nous voulions être au courant.

« Nous avons travaillé comme des fous, en respectant les structures des chansons pour que les gens puissent chanter en même temps, cela leur permet de participer et d’être avec nous. Le premier concert au Danemark a été un grand soulagement, avec un accueil du public d’une incroyable chaleur. Dès la première chanson on a vu que les gens s’accrochaient, ils chantaient, applaudissaient. Ça nous a beaucoup rassurés ! ». « ça nous prend »complète Héloïse. « Il y a beaucoup d’énergie et d’adrénaline qui nous traversent et les nuits ne sont pas faciles ensuite ».

Membres d’une famille nombreuse lors de la tournée, ils appréhendent un peu la fin de l’aventure Rammstein. « On a tellement de paillettes dans les yeux qu’on peut être un peu aveuglé », Héloïse s’amuse. Chacun a déjà un emploi du temps chargé qui les attend au retour des Etats-Unis, entre concerts pour l’un, sortie d’un disque pour l’autre et reprise des cours au conservatoire. Mais les deux jeunes femmes n’espèrent qu’une chose, continuer une route ensemble »qui donne beaucoup de sens à [leur] musique ». Ils ont beaucoup de désir et… de secrets qu’ils ne peuvent pas encore dévoiler. Le tout jeune duo Abélard nous réserve certainement de belles choses. Surtout, écoutez !

Pour retrouver Héloïse et Katherine : Duo Abélard sur Instagram ou sur Facebook



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