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Nouvelles locales

des progrès spectaculaires en médecine

Un enfant tout sourire cet été, embarqué dans un canoë : cette photo de vacances peut paraître banale mais elle ne l’est pas. Car Wyatt est un garçon de 8 ans atteint d’un lymphome de Burkitt, un cancer des ganglions lymphatiques très agressif et résistant aux traitements.

En 2020, il a reçu des « CAR-T Cells », un traitement innovant né aux États-Unis pour lutter contre la leucémie, la forme de cancer la plus répandue chez les enfants. Elle consiste à prélever des lymphocytes chez le jeune patient et à les armer en laboratoire pour qu’ils soient capables d’attaquer les cellules tumorales.

« Le tout premier patient traité par cellules CAR-T en 2012 pour une leucémie est toujours en rémissionsouligne le professeur Véronique Minard-Colin, du service de cancérologie de l’enfant et de l’adolescent de l’Institut Gustave-Roussy, à Villejuif, qui a soigné Wyatt. Le défi est d’en développer des plus puissants pour contrôler la maladie à plus long terme et couvrir un champ plus large de cancers. »

Celui qui est également vice-président de la Société française de lutte contre les cancers et les leucémies de l’enfant et de l’adolescent (SFCE) salue le « des progrès remarquables réalisés entre 1970 et 2000» pour traiter ces maladies rares et complexes. « Nous sommes désormais capables de guérir à 95 % certaines leucémies et certains lymphomes » elle observe.

Des décennies de progrès

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : nous sommes passés de 10 % de chances de survie cinq ans après l’apparition du cancer en 1960 à plus de 80 % aujourd’hui. Pour y arriver, chaque décennie a vu son lot de progrès. Dans les années 1960, le recours à la radiothérapie pour les tumeurs solides a sauvé des vies, mais au prix de séquelles graves (enfants marchant de côté après avoir été irradiés sur un côté du corps par exemple).

Les années 1970 marquent l’avènement de la chimiothérapie dite multiple. « On a compris à cette époque qu’on pouvait faire des choses différentes des adultesexplique le professeur Jean-Hugues Dalle, président du conseil scientifique de la SFCE et chef du service d’hématologie pédiatrique à l’hôpital Robert-Debré, à Paris. Non seulement on peut délivrer plusieurs molécules à fortes doses, mais on peut aussi reprendre le traitement de manière plus rythmée car les enfants ont plus de facilité à le prendre que les patients de plus de 50 ans. »

Dans les années 1980, les autogreffes permettaient de prélever des cellules sur des patients puis de les remettre pour raviver la moelle osseuse. Cette technique, étendue aux allogreffes (cellules provenant d’un donneur) dans les années 1990, a apporté une pierre supplémentaire à l’édifice du contrôle des maladies.

Ce concept d’immunothérapie s’est développé au cours des années 2000, qui ont vu l’arrivée d’anticorps monoclonaux, fabriqués par les fabricants de médicaments, pour cibler directement les tumeurs (notamment le rituximab). Enfin, l’apparition des cellules CAR-T remonte au début des années 2010, et leur utilisation ne cesse de se développer.

Ouvrir de nouvelles voies

« Ils ont révolutionné le traitement de la leucémie, et des résultats prometteurs arrivent sur les tumeurs solides », confirme Olivier Delattre, directeur de recherche Inserm et directeur du centre Siredo à l’Institut Curie (entièrement dédié aux cancers pédiatriques). Autre piste, qui n’en est qu’au stade de la recherche fondamentale : la programmation cellulaire et épigénétique. « Une cellule tumorale est une cellule qui a échappé à sa trajectoire normale de développement.précise le chercheur. Nous essayons de procéder à une reprogrammation pour le détruire ou le remettre sur sa trajectoire.»

Troisième voie, encore exploratoire : l’utilisation de molécules appelées « Protac » ou colle moléculaire. Ils ont la propriété de faciliter la dégradation des protéines anormales à l’origine du développement tumoral. « Depuis 2000, nous avons atteint une sorte de plateau où les progrès sont plus lentspoursuit Olivier Delattre. Il ne suffit pas d’optimiser les traitements actuels. Il faut ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques. »

Stéphane Vedrenne, représentant de la fédération Grandir sans cancer et fondateur de l’association Eva pour la vie, ne dit pas autre chose : « Presque tous les progrès viennent de ceux réalisés pour les adultes. Pour franchir une nouvelle étape, il faut absolument s’attaquer aux cancers spécifiques aux enfants comme les sarcomes, les neuroblastomes et les tumeurs cérébrales.»

Ces cancers rares, souvent de mauvais pronostic, font partie des domaines prioritaires de l’Institut National du Cancer (Inca). « Depuis 2019, nous finançons des projets de recherche appelés High Risk-High Gain qui permettent d’accompagner des innovations de rupture »indique son directeur général Thierry Breton.

Des moyens enfin identifiés

Pour y parvenir, des moyens spécifiques sont désormais dédiés aux cancers pédiatriques, comme le demandent les associations. « Depuis 2017 et l’arrivée d’une génération de députés plus jeunes, souvent parents, notre cause bénéficie d’une nouvelle audition », note Stéphane Vedrenne. Depuis fin 2018, 5 millions d’euros sont alloués chaque année à la recherche fondamentale sur les cancers de l’enfant et 20 millions d’euros ont été exceptionnellement ajoutés au budget 2023. « Il y a indéniablement une volonté politiquesalue Jean-Hugues Dalle. Mais le vrai problème réside dans les ressources allouées à la recherche clinique. »

Passer du laboratoire aux traitements expérimentaux sur les patients nécessite des investissements que les fabricants de médicaments ne sont pas toujours prêts à assumer, malgré une politique européenne encourageante. « Il faut soutenir la création de start-up destinées en priorité aux enfants»suggère Stéphane Vedrenne, dont la fille est décédée à 7 ans d’une tumeur du tronc cérébral. « Plusieurs équipes travaillent sur des pistes thérapeutiques pour augmenter la durée de vie de ces patients, mais elles peinent à financer les essais cliniques » il illustre.

Vivre avec la maladie

Les avancées scientifiques récentes permettent effectivement aux équipes médicales de prolonger la vie de leurs jeunes patients. « Je pense à une petite fille qui est soignée depuis huit ans pour un neuroblastome.déclare le Docteur Estelle Thébaud, chef du service d’oncologie, d’hématologie et d’immunothérapie du CHU de Nantes. Elle et sa famille ont appris à vivre avec la maladie, même s’il n’existe pas encore de remède. »

A Gustave-Roussy, Véronique Minard-Colin suit une jeune fille de 16 ans atteinte d’un sarcome pulmonaire incurable. Dans les prochains jours, elle bénéficiera d’un traitement immunitaire innovant : elle recevra ses propres lymphocytes génétiquement modifiés en laboratoire avec un récepteur (appelé TCR) capable de reconnaître non seulement la surface mais aussi les particules situées à l’intérieur de la tumeur. « Nous fondons de grands espoirs sur cette nouvelle technique qui cible le corps de la cellule. Cela peut ouvrir une ère incroyable et ce sont ces histoires magnifiques qui font la force de notre métier.»

Plus de 2 200 enfants concernés chaque année

Cancers de l’enfant représentent moins de 1% des cancers en France (0,6% sur la période 2014-2020).

2 260 enfants de 0 à 17 ans (dont 440 adolescents âgés de 15 à 17 ans) sont touchés par un cancer chaque année (période 2014-2020).

Les trois cancers les plus courants sont les leucémies (26 %), les tumeurs du système nerveux central (25 %) et les lymphomes (15 %).

LEtaux de survie des enfants de 0 à 15 ans diagnostiqués entre 2000 et 2016 s’élève à 92 % après 1 an et 83 % après 5 ans.

Source : Institut National du Cancer (Inca), 2023

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Gérard Truchon

An experienced journalist in internal and global political affairs, she tackles political issues from all sides
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