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des bandes dessinées. Jimi Hendrix, l’Indien noir électrique


Au-delà du choc esthétique et de la puissance du récit, ce qui frappe d’emblée, c’est l’ampleur du défi intellectuel, et la somme de travail déployée par les deux auteurs, Jean-Michel Dupont, toujours plus pointu dans le scénario, et Mezzo, osons pour l’écrire, l’un des meilleurs dessinateurs du monde. Il y aura un avant et un après « Kiss the Sky » pour les fans d’Hendrix et pour ceux qui le découvriront. Chaque boîte, grâce au travail d’archivage de Dupont, est une mine d’histoire culturelle et politique de l’Amérique des années 1950 et 1960. Chaque coffret est un petit trésor dessiné, tellement évident que Mezzo y attache un soin extrême et s’ouvre à l’imaginaire par la puissance de son noir et blanc maîtrisé avec un art insurpassable. Deux perfectionnistes de la BD pour un génie de la guitare électrique. Un chef-d’œuvre.

Cela fait huit ans depuis « Love in Vain », qui racontait la vie brisée de Robert Johnson et un morceau de l’histoire du blues dans le sud raciste des États-Unis. Pourquoi avez-vous choisi de vous intéresser à Jimi Hendrix maintenant ?

JMD Avec Mezzo, notre idée était de retrouver la même alchimie en nous replongeant dans une autre histoire de vie, toujours au cœur de la musique populaire des américains déclassés, d’où le choix de Jimi Hendrix, qui est un peu pour bercer ce qu’était Robert Johnson dans le blues : un musicien révolutionnaire doublé d’un personnage fascinant au destin tragique. Avec, en plus, une véritable filiation entre les deux hommes, puisque, avant de devenir un prince du psychédélisme, Hendrix a d’abord été un bluesman accompli. De plus, certaines acrobaties qui lui sont souvent attribuées, comme jouer avec ses dents ou avec la guitare dans le dos, sont des tours inventés bien avant lui par des musiciens de blues !

Mezzo Pour les auteurs, Hendrix est une perle. Dans son cas, la réalité dépasse la fiction. Au début, on pourrait penser qu’il n’a aucune chance de s’en sortir, mais il a en lui une force extraordinaire, une détermination incroyable qui lui permettront de surmonter toutes les épreuves et handicaps pour être reconnu, respecté et même au-delà puisque, à moitié un siècle après sa mort, sa musique est toujours vivante et son aura toujours intacte.

Comment décririez-vous l’alchimie entre vous ?

JMD Je crois qu’au-delà de notre passion commune pour la musique et les musiciens, elle repose sur une envie partagée de raconter des histoires réalistes, mêlées de chroniques sociales, mais aussi fortement teintées de fantasme et de fantasme. Ce qui pourrait être défini comme un réalisme magique…

Est-ce à dire que, dans vos biopics, vous comptez laisser une part à l’imaginaire ?

Mezzo Non pas dans le sens où il s’agirait de romantiser les faits, mais plutôt de puiser dans le personnage et son parcours des éléments singuliers qui permettent, sans trahir la réalité, de donner à l’histoire et aux images une dimension onirique, voire fantastique. .

JMD L’imagination joue également son rôle dans la façon d’injecter du drame dans les faits pour donner vie à l’histoire et créer de l’empathie pour le personnage chez le lecteur. Et, avec Hendrix, il y a de la matière : avec son enfance misérable et traumatisante, il aurait dû vivre une existence misérable, voire sombrer dans la délinquance ou la folie, mais, au contraire, il reste debout grâce à sa guitare. , avec lequel il va se construire pour devenir une rock star. Un succès fulgurant mais aussi éphémère, puisqu’il sera ensuite brisé par le système, mais c’est une autre histoire, qui sera contée dans le tome II de « Kiss the Sky ».

SON IMAGINATION A ÉTÉ NOURRIE DE BD DE SCIENCE-FICTION ET D’HISTOIRES RACONTÉES PAR SA GRAND-MÈRE D’ASCENDANCE CHEROKEE. JEAN-MICHEL DUPONT

Mezzo Ce qui est aussi intéressant chez lui, c’est le paradoxe d’un homme timide et introverti dans la vraie vie qui se transforme lorsqu’il est sur scène en un personnage presque surnaturel, à la fois sexuel et spirituel. Il comparait ses concerts à des masses électriques qui le transportaient dans une autre dimension, un autre espace, le ciel, la planète Mars dont il pensait venir, comme un météore échoué sur Terre.

JMD Il avait une imagination nourrie par la lecture assidue de bandes dessinées de science-fiction, mais aussi par les histoires que lui racontait sa grand-mère paternelle d’origine cherokee. Les Cherokees se considéraient comme des gens du paradis, et cette croyance les a inévitablement influencés, tout comme la culture chamanique des Amérindiens. A tel point que lui-même, durant son enfance, se considérait davantage comme un Amérindien que comme un Afro-Américain.

Mezzo En fait, il inventa sa propre spiritualité, une cosmogonie extérieure et intérieure qui le fit voyager sans cesse entre ciel et terre. C’est le sens du titre de notre livre, « Kiss the Sky », inspiré des paroles de sa chanson « Purple Haze ».

En même temps, « Kiss the Sky » est aussi une chronique réaliste de l’Amérique du milieu du XXe siècle.e siècle…

JMD Une Amérique évidemment très raciste, mais sans aucune commune mesure avec le Mississippi ségrégationniste de Robert Johnson. Hendrix n’est pas un sudiste, il vient de Seattle, dans le nord-ouest des États-Unis, une ville très cosmopolite, avec de nombreux immigrants japonais, chinois et philippins, ainsi qu’une importante communauté juive d’Europe de l’Est. Dans les écoles où il est passé, Noirs, Blancs et Asiatiques se côtoyaient sans problème et des flirts mixtes entre élèves étaient même possibles. Cela explique probablement sa prise de conscience très tardive du racisme, lorsqu’il est devenu musicien professionnel dans le Sud et a joué dans le célèbre Chitlin’Circuit (réseau de salles de spectacles des régions Est, Sud et Haut Midwest des États-Unis – NDLR), ces tournées de concerts conçues pour un public noir banni des salles de spectacles réservées aux blancs.

Icône CitationLe dessin doit pouvoir faire entendre, sentir et vibrer le spectateur, en évitant le piège de la sur-expressivité. Mezzo

Hendrix était-il difficile à dessiner ?

Mezzo Oui, son physique est un peu un casse-tête pour un dessinateur réaliste car il change beaucoup selon l’angle et l’éclairage ! Et sa palette d’expressions est très large. L’un des grands défis était aussi d’exprimer par le dessin sa relation fusionnelle avec sa guitare, de montrer ce personnage fondamentalement lié à son instrument, qui ne vit, ne pense et ne respire qu’à travers lui jusqu’à devenir une sorte d’homme électrique ou de guitare. homme. Le dessin doit pouvoir faire entendre, sentir et vibrer le spectateur, en évitant le piège de la sur-expressivité.

Aujourd’hui, comment définir l’art de Jimi Hendrix ?

JMD Il a transformé à jamais l’approche de la guitare électrique. Non seulement dans son phrasé et sa technique, mais aussi dans sa volonté d’utiliser son instrument pour produire des sons de toutes sortes, au-delà de simples notes de musique. L’exemple le plus frappant étant sa célèbre interprétation de l’hymne américain au festival de Woodstock.

Mezzo Oui, des sons qui lui passent par la tête et qu’il reproduit de plus en plus fort, comme pour remplir tout l’espace. Sa guitare est une personne à qui il arrache des cris. Elle est un autre membre de son corps, qui serait amputé sans elle, une sorte de haut-parleur de son ventre. Elle est l’héroïne.

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