Nouvelles locales

des bandes dessinées. Cet été, bullez d’humanité ! #3


René.e aux bois dormants, par Elene Usdin, éditions Sarbacane, 272 pages.

Commencer à lire « René.e aux bois dormants », c’est comme s’embarquer dans un long rêve, dont le récit emprunte la syntaxe faite de déplacements et de métamorphoses. En compagnie d’êtres aussi énigmatiques que le gentil géant Vehicule et la magicienne Isba, nous nous retrouvons entraînés dans un flot d’images et de sensations qui semblent, à première vue, échapper à toute logique. Il s’agit de se laisser emporter sans a priori dans les méandres de ce fleuve, où l’on dérive de surprise en surprise.

C’est presque comme Alice’s Wonderland, puisqu’il ne manque ni la poursuite d’un lapin, ni la traversée du miroir. Mais le voyage s’avère tortueux et les transformations du personnage principal sont de plus en plus angoissantes. Petit garçon, puis fleur, puis petite fille, René a pris les traits d’un chat lorsqu’il a été kidnappé par de sinistres oiseaux. Pour eux, ce n’est qu’une graine, il suffit de trouver une fosse suffisamment profonde pour l’y planter. Il est alors urgent de sortir de ce rêve qui s’est peu à peu transformé en cauchemar, comme si c’était d’entre les morts qu’il fallait revenir. Sommes-nous encore en train de rêver, sommes-nous déjà morts ? La mort est considérée ici comme une re-naissance, d’où, peut-être, le prénom de l’enfant : Re-né.e.

Icône JournalDécouvrez en avant-première les planches de la bande dessinée, « René.e aux bois dormants », dans le N°815 ​​du magazine L’Humanité

Artiste protéiforme, à la fois peintre pour le cinéma, illustratrice et photographe, Elene Usdin met tous ses talents au service de cette fable initiatique. Son approche très picturale n’enlève rien au récit. Au contraire, celle-ci est souvent assurée par le seul jeu des formes et des motifs, comme lorsque la ville vue à travers la fenêtre de Renée devient un mouchoir géant. De nombreuses pages reposent sur l’opposition puissante des couleurs primaires, chaudes et froides. D’autres passages sont plus monochromes, et même en valeurs de gris. On distingue alors le rêve du mythe, le passé du présent.

La dimension citoyenne et engagée de l’album apparaît petit à petit. D’abord implicitement, puis de plus en plus explicitement, le scandale des razzias d’enfants autochtones au Canada est évoqué : dans les années 1960, vingt mille enfants indiens ont été arrachés à leurs parents et donnés en adoption à des familles blanches. , parfois sans scrupules. Origines bafouées et culture ancestrale piétinée tissent la trame des multiples récits enchâssés dans le récit principal, où émergent de grands mythes fondateurs et des rituels oubliés. Ainsi Isba, descendant du Wendigo, cette créature maléfique et cannibale commune à la culture de plusieurs nations amérindiennes ; ainsi de Véhicule, être à deux esprits, l’incarnation du troisième genre, à la fois masculin et féminin, aux yeux de certains peuples autochtones d’Amérique du Nord ; ainsi des invocations à la Terre Mère et aux quatre éléments ; comme ces arbres aux troncs parsemés de dents de lait…

Unique à tous points de vue, « René.e aux bois dormants » propose une expérience intellectuelle et sensible unique. De celles que nous n’épuisons pas, même après de nombreuses relectures.


Citizen Comics Prize, les huit finalistes de la sélection 2022

  • « Une révolte tunisienne », Aymen Mbarek, Seif Eddine Nechi, traduction Marianne Babut, Alifbata, 224 pages
  • « Des vivants », Raphaël Meltz, Louise Moaty, Simon Roussin, Editions 2024, 260 pages
  • « Renée aux bois dormants », Elen Usdin, Sarbacane, 272 pages
  • « Faut faire le million », Gilles Rochier, 6 pieds sous terre, 96 pages
  • « # J’accuse… ! » par Jean Dytar, Delcourt, 312 pages
  • « Le poids des héros », David Sala, Casterman, 176 pages
  • « Michel, la fin les moyens, tout ça », Pierre Maurel, L’employé de moi, 80 pages
  • « Le roi des vagabonds », Patrick Spät, Bea Davies, Dargaud/Seuil, 160 pages

des bandes dessinées. Cet été, bullez d'humanité ! #3

New Grb1

Toutes les actualités du site n'expriment pas le point de vue du site, mais nous transmettons cette actualité automatiquement et la traduisons grâce à une technologie programmatique sur le site et non à partir d'un éditeur humain.
Bouton retour en haut de la page