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Nouvelles du Canada

Coupe du monde au Qatar, une catastrophe écologique annoncée


La plupart des spécialistes s’accordent à dire que le Qatar est le pays qui émet le plus de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, près de 50 tonnes par habitant.

Un monde neutre en carbone est donc loin d’être une certitude pour Alejandro Di Luca, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM.

L’un des gros problèmes au Qatar, comme dans d’autres pays du Golfe, est le dessalement de l’eau. L’eau qui y est consommée provient de la mer et il faut donc beaucoup d’énergie pour cette opération, précise M. Di Luca. Au Qatar, l’utilisation des énergies fossiles est très économique et on ne s’est donc pas posé beaucoup de questions pour réduire les émissions de CO2.

On sait depuis vingt ans maintenant que le CO2 est l’un des gaz qui contribue le plus à l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et, par conséquent, à l’augmentation de la température.

Cette augmentation a évidemment de lourdes conséquences. L’exemple des ouragans en est un. Les pluies générées seront 7% plus élevées par degré de réchauffement. Et donc, ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que toutes ces émanations de gaz ont fait monter la température de plus d’un degré sur l’ensemble de la planète. Mais, bien sûr, les impacts sont différents dans chaque partie du globe. Il y a des endroits où ce sera plus dramatique.

Stade de Doha 974

Photo : KARIM JAAFAR

L’un des constats les plus inquiétants de divers chercheurs est que la plupart des pays du Golfe seraient inhabitables en 2100.

Si nous survivons actuellement dans des pays comme le Qatar, c’est parce qu’il y a un niveau d’adaptation des populations locales. Tout est climatisé et, oui en effet, les choses vont empirer. Il n’y a aucun doute là-dessus. Dans les régions où nous avions 50 degrés Celsius, nous aurons 52, 53, 55 degrés. Alors, la question que nous devons nous poser est d’où vient cette énergie qui sert à la climatisation ?

Pour cette Coupe du monde, le Qatar a d’abord opéré un revirement historique en obligeant la FIFA à décaler les dates de l’été à l’hiver. Pour garantir la sécurité du public et des joueurs, un système de climatisation a été mis en place pour les stades à ciel ouvert. Une aberration climatique selon le professeur Di Luca.

Aujourd’hui, toute l’énergie que nous utilisons pour la climatisation provient de combustibles fossiles. Et toute cette énergie dont nous avons besoin, elle émet du CO2. Le Qatar va acheter ce qu’on appelle décalages (compensation) de CO2. J’ai lu que pour la climatisation des stades, on a besoin de 10 000 litres d’eau par jour, et cela demande beaucoup d’énergie. Sans oublier que la population, et surtout tous les touristes qui viendront au Qatar, consommeront aussi de l’eau et bénéficieront également de lieux climatisés.

Il faut aussi calculer les déplacements en avion, tant pour les touristes que pour les joueurs puisque le Qatar est assez éloigné des grandes nations friandes de ballon rond.

Pendant la Coupe du monde, pour se rendre d’un stade à l’autre, le Qatar a prévu 160 vols par jour pour transporter les supporters sur les sites.

Les climatologues s’accordent à dire que 3,6 millions de tonnes de CO2 seront rejetées dans l’atmosphère pendant un mois de compétition.

Pour le professeur de l’UQAM, les décideurs politiques de toute cette région du Golfe n’ont pas vraiment pris conscience de l’urgence climatique. Le dernier exemple en date est celui de l’Arabie saoudite, qui veut organiser les Jeux asiatiques d’hiver en plein désert.

C’est encore un non-sens ! Nous devrions envisager des lieux pour organiser tous ces grands événements où nous pouvons réduire considérablement les effets sur le climat.

Comme tant d’autres, Alejandro Di Luca est inquiet pour la planète. Il aimerait que le monde agisse plus vite. Il reste tout de même optimiste, car la société évolue. Mais il est conscient que les changements prennent du temps et que nous en manquons, d’où ses doutes sur les bonnes intentions carboneutres du Qatar pour cette Coupe du monde.

C’est un pays très riche qui peut se permettre toutes les taxes sur le carbone qu’il veut et c’est ce qu’il va faire. Il se paiera le droit de polluer et quelles qu’en soient les conséquencesfait valoir le professeur de l’UQAM.

En 2026, la Coupe du monde se déroulera dans trois pays : les États-Unis, le Mexique et le Canada. Encore une fois, les déplacements et les distances seront importants. Pour l’occasion, M. Di Luca espère que les organisateurs inviteront des scientifiques qui travaillent sur l’urgence climatique à réfléchir à des solutions environnementales car acheter le droit de polluer n’est plus une solution pour l’avenir de la planète. .

Un logo d'une feuille verte avec l'inscription Carbon Market Watch sur fond bleu

Surveillance du marché du carbone

Photo : Veille sur le marché du carbone

Un rempart contre les pollueurs

Carbon Market Watch, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Bruxelles, audite les marchés du carbone. Son rôle est de regarder si les entreprises respectent leurs engagements sur l’impact réel des émissions de gaz à effet de serre. Lorsque les entreprises se disent neutres en carbone, Carbon Market Watch voit si elles ont atteint ou non leurs objectifs et dénonce les fraudeurs labellisés.

Sept stades de classe mondiale ont été construits. Il y aura beaucoup de déplacements en avion et tout cela a un impact climatique et environnemental très important, estime Gilles Dufrasne, chef d’équipe pour Carbon Market Watch. Avouons-le, il s’agit d’un événement qui aura un impact massif sur le climat dans les années et les décennies à venir. Cette promesse de neutralité carbone est tout sauf crédible, car ils ont sous-estimé les émissions totales liées à l’événement. Et les crédits carbone qu’ils achètent et qui sont censés compenser ces émissions sont de très mauvaise qualité et ne représentent pas de réductions supplémentaires.

Mais outre l’événement, il ne faut pas oublier que le Qatar contribue aux émissions de gaz à effet de serre dans le monde, puisqu’il est l’un des plus gros exportateurs d’énergies fossiles et notamment de gaz.

Face à ces constats dramatiques, la plupart des spécialistes appellent à une vraie réflexion des organisateurs sur l’attribution des grands événements.

Il existe des solutions pour éviter les déplacements massifs et les constructions excessives. Il faut absolument repenser la façon dont cela a été organisé pendant des décennies et changer complètement le type de système.

Une boule qui roule pendant un mois de compétition ne doit pas être responsable d’une Terre qui ne peut plus tourner.

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