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Colombe Boncenne, comme un air d’île

La maladie a commencé par des croûtes noires, de minuscules îlots dessinés sur les jambes de la mère du narrateur. Dès le diagnostic posé, leucémie, il a fallu partir, quitter la roche bretonne battue par les vents et revenir sur le continent. Documentariste, « co », comme le surnommait Eugène, le rebouteur de l’île, accueille sa mère malade dans son appartement parisien, vivant au rythme des hospitalisations, des améliorations et des rechutes. Amoureuse de Farell, un scénariste canadien encore entre deux avions, elle rencontre Selma, une ethnologue impliquée dans un groupe de colleurs qui affichent dans la ville des slogans contre les violences faites aux femmes. Par son intermédiaire, elle rencontre Daphné, la femme sirène qui, fascinée par Andersen, plonge dans un aquarium les jambes enfermées dans une queue de poisson.

Coincée dans son appartement, accrochée au verdict des médecins et tourmentée par le désir de retourner sur l’île, elle entame un voyage immobile qui mettra au jour des violences longtemps niées, subies par plusieurs générations de femmes de sa famille. Travaillant dans les coulisses, Selma la magicienne, voyageuse au long cours à bord du Marion Dufresne, guide la narratrice dans une histoire de l’art féminin et nourrit à distance son tropisme insulaire.

Enquête intime où la mort est en embuscade, le roman n’est pas sourd aux bruits du monde, à la colère qui gronde dehors : celle des femmes, celle des gilets jaunes qu’on voit passer en arrière-plan tandis que le narrateur fait du bénévolat dans une association d’aide alimentaire. Suivant un fil d’Ariane ténu, Colombe Boncenne chemine dans le silence, trouve des échos, convoque des textes, des sons ou des images, comme la scène d’ouverture de Verseaude Kleber Mendonça Filho, où une femme déjà âgée se souvient, lors de sa fête d’anniversaire, d’un cri de plaisir libérateur.

Histoire courageuse traversée par le sentiment d’île, l’ambivalence des territoires clos qui rassurent et confinent à la fois, sirènes est aussi un livre sur le corps des femmes, sur leurs souffrances, leurs désirs, leurs métamorphoses. Avec des mots simples et un humour au bord des larmes, Colombe Boncenne mêle le trivial et le merveilleux, le quotidien et les mythes, l’intérieur et l’extérieur. Transfigurant l’histoire du deuil, il chemine lentement vers la libération, le soulagement, le changement.

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